Faire (tout) ce que l’on peut – Vermont 100 numéro 5

Il n’a jamais été question que j’abandonne. Bien sûr, l’idée m’a traversé l’esprit à quelques reprises durant la journée, mais en ce qui me concerne, c’est une chose normale durant un ultramarathon de 100 mile. Je ne m’en fais pas trop avec ça. L’idée stupide et irréfléchie surgit dans mon esprit, elle tourne un peu en rond avant de trouver la sortie. Je la laisse ainsi passer sans m’y accrocher et règle générale, j’ai un regain d’énergie qui survient tout de suite après, regain d’énergie qui me propulse vers l’avant pour le meilleur. Seulement, ce n’est pas toujours aussi évident.

Dès le départ de ce cinquième Vermont 100, je savais que ça ne serait pas facile. La raison est simple: j’ai passé une bonne partie de l’hiver avec une blessure au bassin, incapable de courir ne serait-ce que 100 mètres, ni même de m’entrainer décemment soit à la nage ou sur un vélo stationnaire. Ma préparation était donc loin d’être au point pour ce genre d’épreuve. Pas d’excuse ici, c’est tout simplement comme ça. Ayant repris la course graduellement à la mi-avril, je savais bien que je n’avais pas le kilométrage adéquat dans les jambes. Aussi, une légère douleur récurante au tendon d’Achille gauche me causait de l’inquiétude. Mais je comptais, peut-être naïvement, sur ma bonne connaissance du parcours, mon expérience et ma volonté.

Ça n’a pas fonctionné.

Il n’a jamais été question que j’abandonne, mais en soirée, alors que j’en étais rendu à me trainer lamentablement, à dormir debout et à ne même plus pouvoir courir ni en descente ni sur les plats, il a bien fallu que je me rende à l’évidence: j’étais hors-service.

Pourtant, après un début de course moyen et une très mauvaise nuit de sommeil (pas même trois heures en continu, juste par morceaux), j’avais réussi à me mettre dedans. Après avoir retrouvé mon équipe constituée de ma blonde, de mes filles ainsi que de mes amis Charles et Geneviève à la station d’aide Pretty House, au 34ième kilomètre, j’ai pris le bon rythme. Je sentais une fatigue inhabituelle et mon tendon élançait dans les montées, mais pour le reste, ça roulait. Contrairement à mon habitude, je me retenais dans les descentes, limitant ma vitesse pour me pas exploser mes quadriceps. Et je réussissais à le faire sans me freiner «physiquement», ce qui aurait été plus dommageable qu’autre chose. Quand je ressentais de la douleur, je me mettais à siffler ou à rythmer à voix basse la cadence de mes pas, tout simplement pour détourner mon esprit et le ramener dans de meilleures conditions. Par moments, je faisais un comparatif avec ma course de 2013 qui avait été catastrophique moralement parlant. Là, si le corps n’était pas tout à fait au point, j’avais réussi à effacer une bonne partie du doute et j’étais confiant de terminer sous la barre des 24 heures, peut-être même de rentrer sous les 22 heures. Le moral y était.

À Stage Road, deuxième station où il m’était permis de revoir mon équipe, j’avais le sourire. Près de 50 kilomètres de fait. Je suis reparti aussi vite que j’ai pu.

Dans les heures qui ont suivies, j’ai couru une longue montée en compagnie d’un coureur qui participait au Grand Slam et qui allait courir le Badwater 135 en plus. Pour ceux qui ne connaissent pas les ultramarathons, le Grand Slam consiste à courir le Western State 100, le Vermont 100, le Leadville 100 ainsi que le Wastach Front 100 dans le même été (juin, juillet, août, septembre). Un exploit en soi. Y intégrer le Badwater 135 entre le Vermont et Leadville est un exploit quasi-surhumain. De jaser avec Jordan relativisait mes propres douleurs. J’ai fini par le devancer dans la montée, mais pas de quoi pavoiser. Il venait de courir le WS100 trois semaines plus tôt et se ménageait pour Badwater. En temps normal, il m’aurait bouffé tout cru…

À mi-parcours, au premier passage à Camp 10 Bear, j’ai retrouvé ma bande. Je me suis efforcé de sourire, je ne voulais pas leur faire revivre mon cauchemar de 2013. Bien que le doute commençait à pointer le bout de son nez dans mon esprit, j’arrivais à le repousser. Encore une fois, je suis reparti le plus vite possible… mais je venais de m’asseoir dans une chaise, ce que je fais rarement dans un ultra… Mauvais signe…

Durant la longue et pénible montée qui suit Camp 10 Bear, je me suis fait dépasser par au moins cinq coureurs, ce qui a commencé à me jouer dans la tête. Une fois en haut, j’en ai rattrapé deux ou trois (dont un qui vomissait violemment), mais quelques kilomètres plus loin, d’autres m’ont fait le même coup. Je me suis changé les idées en jasant un moment avec Julie, une fille de New York puis avec le champion américain des derniers championnats mondiaux de 24 heures qui ont eu lieu à Turin en Italie, en avril, Richard Riopel. Après la station Birminghams, j’ai pris de l’avance, sur eux. Je sentais le vent tourner, je sentais ma forme revenir. À Margaritaville, kilomètre 94, j’ai repris contact avec toute mon équipe. Je tenais bien le coup. Mais quelques kilomètres plus loin, je pouvais à peine courir.

Camp 10 Bear, deuxième passage (111 km). À ce moment, je repars avec Geneviève pour la prochaine section de 7 km. Il est encore assez tôt, on ne prend pas de lampe frontale. De repartir accompagné me remet d’aplomb. Mais d’un coup, la fatigue se fait sentir. Mon tendon d’Achille élance de plus en plus. La pluie se met de la partie et dans les sections en forêt, on se retrouve dans la boue et la noirceur. Je me sens complètement lessivé. Je dors debout et Geneviève doit taper dans ses mains pour me ramener à la réalité. Je zigzague sur les sentiers. Je ne pense qu’à une chose: m’arrêter, me fermer les yeux et dormir. Dans la descente qui nous amène à la station Spirit of 76 et dans laquelle je devrais m’amuser comme un fou, je titube. Je ne veux juste pas me casser la gueule et je rêve d’un endroit où m’asseoir.

Quand on rejoint enfin toute l’équipe à la station, je demande un quinze minutes de grâce et me laisse tomber sur une chaise où je m’enfonce en fermant les yeux. Je sens tout le monde – Nathalie, mes filles, Charles et Geneviève – inquiets autour de moi. Au bout des quinze minutes, je change de chaussures (je laisse tomber mes fidèles N2 de Pearl Izumi pour les Paradigm 1.5 de Altra, plus coussinés), me relève et déclare aussitôt que c’est terminé pour moi avant de me laisser retomber sur la chaise, la tête entre les mains. Personne ne m’a encore vu dans cet état. Pas même moi. Je suis plus détruit qu’à l’UTMB. Puis, je pense à mes filles qui me regardent et je me dis que je ne veux pas qu’elles me voient abandonner de cette façon. Je me relève, la mort dans l’âme, et annonce que je repars pour la prochaine section. Dix-huit kilomètres. Les dix-huit putains de kilomètres que je déteste le plus de cette course. Cette fois, je suis avec Charles. Je suis en bonne compagnie. Je me dis intérieurement que je vais passer à travers, que je ne peux que reprendre du mieux – quand on est au trente-sixième dessous, on ne peut que remonter, non? Charles est là pour me soutenir. Les trois ou quatre premiers kilomètres de la section s’annoncent prometteurs. Je semble reprendre du mieux. Ce n’est qu’un leurre. On quitte le sentier boueux pour reprendre les chemins de terre. Me voilà cuit. Pour de bon. On se fait dépasser à la tonne. Des coureurs que je n’ai jamais vu de la journée. Puis par Julie, rencontrée plus tôt. Par Jordan, le Grand Slammer. Par Richard, le gars des 24 heures. Un copain coureur, Daniel, avec qui j’ai couru un peu le matin, passe devant nous. On le salue. On jase un peu. Il semble en plein forme. Je ne suis qu’un zombie.

Encore une fois, je dors debout. Charles me ramène sur terre à plusieurs occasions. Mes jambes ne répondent plus. Plusieurs fois, je m’efforce de courir. Je n’arrive même pas à faire 20 mètres. Ma technique d’un arbre à un autre ne fonctionne même plus. Je veux m’étendre par terre. Dormir. À la station d’aide Cowshed, je m’assois et bois un café. Il y a un autre coureur assis à côté de moi, totalement explosé. J’ai envie d’abandonner là. Il reste environ 7 kilomètres à faire avant de rejoindre Nathalie, mes filles et Geneviève. J’ai peine à y croire à ces sept kilomètres qui restent à faire. Peine aussi à croire que je vais abandonner. On repart. Le café fait effet. Je me sens réveillé. J’essaie de courir. Mon tendon d’Achille élance de plus en plus, avec force. Mes quadriceps sont barrés. J’ai du mal à marcher dans les descentes. Voilà. À contre-coeur, j’annonce à Charles que c’en est assez. Une fois rendu à la station Bill’s, 142.3 km, ce sera terminé pour moi. Ça ne sert plus à rien. Je ne cours plus depuis longtemps. J’ai du mal à me tenir debout. J’ai peut-être réussi à vaincre le sommeil, mais c’est trop peu, trop tard. Je pourrais terminer, oui. Mais en marchant… Lentement… Pas question de faire endurer ça à ma blonde, mes filles, mes amis. Je pourrais leur dire d’aller se coucher à leur hôtel, et continuer seul comme je l’ai déjà fait, terminer à l’aube, mais ils ne voudront jamais. Pas dans l’état où je suis. Et puis, est-ce que j’ai réellement envie de marcher un autre 4 ou 5 heures? Pour les dix-sept kilomètres restant? Non. C’est une course, bon Dieu! Pas une marche! Je ne considère même pas cela comme un abandon, simplement un arrêt par la force des choses. Et puis, d’une manière ou d’une autre, abandon ou pas, je m’en fous pas mal, pour être franc.

Arrivé à Bill’s, j’annonce à l’équipe médicale que c’est terminé pour moi. On me pèse malgré tout – mon poids est ok – et on me dirige vers une chaise longue où je m’étends avec peine. Je pourrais facilement prendre une heure de repos ici, puis repartir. Mais non, encore une fois. Il n’en est pas question. Nath m’amène mes vêtements propres et elle m’aide à me changer derrière la grange. De retour à ma chaise, la bénévole qui m’a accueilli m’apporte une soupe tiède. Je mange un grille-cheese. Au bout d’une demie-heure, on ramasse nos trucs et mon équipe me ramène en voiture à ma tente, au site de départ/arrivée, à Silver Hills, avant de quitter pour leur hôtel. Seul, assis dans le noir, je bois une IPA en canette que je ne savoure même pas. Je suis crevé. Je me glisse avec difficulté dans ma petite tente une place. Et je m’endors d’un coup, complètement brûlé.

Game over.

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À Stage Road, avec Simone et Marion. Tout va bien! Rock on!

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Premier passage à Camp 10 Bear avec Charles, Simone et Marion.

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Quand faut y aller, faut y aller… Même si ça me tente plus ou moins…

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Quelle équipe! Simone, Marion et Nathalie – manque Charles, Geneviève et Julia qui prend la photo.

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Départ de Camp 10 Bear 2, accompagné de Geneviève. Je ne le sais pas encore, mais c’est le début de la fin pour moi, malgré les efforts de Gen pour me garder en piste.

Tout ne peut pas toujours aller comme on le voudrait. Il faut accepter cela. Une semaine jour pour jour après la course, je ressens encore une bonne fatigue. Mentalement, je sais que j’étais prêt pour le VT100. Physiquement, le corps manquait «d’huile» et de kilométrage au compteur. Mes quadriceps sont revenus à la normale, mais mon tendon d’Achille me fait encore souffrir et, contrairement à mon habitude, je n’ai pas encore recouru depuis. Je compte bien le tester en douce dans les prochains jours, mais le déchirer pour de bon ne serait sûrement pas la meilleure chose à faire… Patience.

La bonne nouvelle concerne la blessure qui m’a mis sur le carreau tout l’hiver et une partie du printemps. Pas une seule fois elle ne s’est manifestée ni fait ressentir tout au long des 140 kilomètres et plus parcourus. Un dossier qui semble enfin réglé. Je l’espère bien.

Pour la suite des choses. Fin septembre, je cours un 24 heures. Une première pour moi: 24 heures sur une boucle de 5-6 km. Pour la Fondation du Centre Jeunesse de la Montérégie. Une cause qui me tient profondément à coeur. Il est donc question d’ici là de prendre le plus grand soin des petits bobos et de concentrer toutes mes énergies vers cet évènement. Ensuite, on verra bien. Un nouveau 100 mile se profile peut-être pour janvier 2016…

Je croyais prendre une pause du Vermont 100 après cet été. Maintenant, j’ai une sérieuse revanche à prendre. Je compte bien être présent sur la ligne de départ en juillet prochain, et cette fois, dans une meilleure forme que jamais! Ensuite, il sera temps de passer à autre chose. Pour un temps. À d’autres courses, je veux dire.

The game is not over, after all… It never is.

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Réflexions, récupération et une IPA de l’Oregon.

One should therefore be gentle but firm with what just occurred. Overreacting to a lack of mindfulness instigates discursive thinking. Gentleness is the key.

– Sakyong MIPHAM

 (Merci à ma fille Julia pour les photos prises tout au long de la journée.)

Bromont Ultra 100: Un dur de dur

Je m’étais bien promis de ne plus abandonner une course. 

Promesse rompue.

C’est la fatigue qui m’a eu.

Honnêtement, je me doutais un peu que j’aurais à faire face à l’effet post-UTMB à Bromont. Mais je croyais quand même avoir assez de réserves pour terminer mon troisième 160 km de la saison en y allant peinard, sans trop me presser. Grossière erreur! Aussi, je m’attendais à un parcours du genre Vermont 100. Mes camarades organisateurs du Bromont Ultra nous ont plutôt balancé un proche – très proche! – cousin du Virgil Crest (VC100) dans les pattes! Outch!

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Le site de départ du Bromont Ultra, le vendredi soir, à la veille de la course.

Si j’ai sous-estimé le parcours qui m’attendait, jai aussi sur-estimé mes capacités physiques et mentales pour cette course. Je n’étais tout simplement pas prêt à m’attaquer à un autre 100 mile si peu de temps après le Mont-Blanc. Je ne vais pas me morfondre avec cet abandon. J’ai donné tout ce que j’avais à donner ce weekend et ç’a tenu sur une distance de 57.8 km (selon ma Suunto Ambit). Suite à un bon départ en compagnie de Louis A., de Fred G. et d’un autre coureur, j’ai senti que les choses se compliqueraient après une quinzaine de kilomètres seulement. J’avais le souffle court. Je peinais dans les montées. J’étais incapable de me concentrer sur l’instant présent et je n’arrêtais pas de me répéter – malgré moi – que la journée serait longue. Mauvais signe…

Deux averses surprises m’ont amené au bord de l’hypothermie, ce qui ne m’a pas aidé à conserver mes forces. Je fonctionnais déjà avec des batteries faibles et une petite lumière rouge clignotante.

Aux environs du 35ième kilomètre, au moment d’entamer la montée des pentes de ski, j’ai eu un regain d’énergie. Et de confiance. Le mot d’ordre maintenant était de terminer le premier 80 km, puis de voir pour la suite. Rapidement, j’ai déchanté. J’étais dans la section la plus difficile du parcours. Difficile et interminable. Je n’avais pas de réelles douleurs physiques – rien de notable du moins – mais la fatigue s’incrustait et mon morale dépérissait à chaque kilomètre. Je me forçais à manger à intervalles réguliers, avalant deux gels à l’heure en moyenne. Je m’étais aussi toujours bien nourri aux stations d’aide: patates bouilles, bananes, melon d’eau. Je buvais régulièrement et gobais des S!Caps pour la balance de sodium/potassium. Je faisais tout ce qu’il fallait pour tenir le coup, pour garder le cap. J’avais comme mantra: «Tu termines la première boucle de 80 et après tu verras comment tu te sens. Tu vas y arriver. Ça va aller!» Mais ça n’allait foutrement pas…

Dans une descente, quand j’ai commencé à bailler à m’en décrocher la mâchoire, je me suis dit qu’il était peut-être temps de mettre fin à ma saison de course 2014.

Et c’est ce que j’ai fait en arrivant au camp de base (55 km approx.), après plus de huit heures de course et 2400 mètres de dénivelé positif. J’étais vidé, crevé.

TKO.

Bromont Ultra 80 and 160 km course

J’ai dit que je ne me morfondrais pas avec cet abandon. Et je ne le ferai pas. Deux jours plus tard, je ressens encore de la fatigue et mes jambes sont aussi lourdes que si j’avais terminé l’épreuve. Je sais que j’ai fait le bon choix. C’est maintenant l’heure du repos.  Après tout, il s’agit de revenir en force en 2015!

Le Bromont Ultra a tout pour devenir un classique des ultramarathons au Québec. Un dur de dur. Et je suis certain que sa réputation va rapidement faire son chemin jusqu’à nos proches voisins américains. Pour une première édition, Gilles, Audrey, Alister et tous les autres organisateurs ont frappé fort. Bien sûr, il y aura quelques ajustements à faire, notamment en ce qui concerne les nombreux passages au camp de base pour les coureurs du 160 kilomètres. Mais cet évènement ne peut que s’améliorer, c’est certain.

Pour moi, un des obstacles majeurs sera toujours cette boucle de 80 kilomètres à faire deux fois, comme au Virgil Crest 100. Je ne suis pas un fervent amateur de ce genre de parcours, en témoignent mes deux précédents abandons au même VC100. Je préfère de loin les boucles complètes (Vermont, Massanutten, UTMB), les point-to-point (Western State) ou encore les out-and-back (Leadville). Mais les parcours que l’on double me donnent définitivement du fil à retordre. Cela dit, je comprends tout à fait qu’ils soient plus simples à gérer d’un point de vue logistique.

Mais peu importe. Mon prochain défi sera peut-être de venir à bout d’une de ces bêtes, justement.

On verra bien…

Pour l’instant, bravo à toute l’équipe et à tous les bénévoles pour leur dévouement et leur incroyable travail. Organiser un évènement de cette ampleur relève de l’exploit. Mission accomplie!

Aussi, un bravo à tous les coureurs et toutes les coureuses, toutes distances confondues! J’étais présent dimanche après-midi pour assister à l’arrivée des participants du 80, 55 et 25 kilomètres. De vous voir tous et toutes vous donner à fond et terminer avec fierté et le sourire aux lèvres était tout simplement beau et inspirant.

Bien sûr, un immense bravo et respect total à mes amis qui ont terminé les 160 kilomètres: Joan (1ère place), Fred (2ième), Pierre, Louis et Martin. You rock, guys! 

Un peu de motivation. Histoire de bien terminer pour mieux recommencer…

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 Just. Keep. Moving. Forward.

Vermont 100: Une quatrième fois

J’avais le souvenir de mon VT100 2013 en travers de la gorge. L’an dernier, la tête et le coeur n’y étaient tout simplement pas et j’avais passé la majeure partie des 160 kilomètres à m’apitoyer sur mon sort, triste et con, et à vouloir abandonner pour un oui ou pour un non. Le soutien et les encouragements de ma blonde, de mes filles et de mes amis Charles et Geneviève m’avaient permis de demeurer en piste et de terminer «l’épreuve», mais j’en avais bavé solidement en me trainant de peine et de misère.

J’avais très envie d’effacer ça. Et surtout, de ne pas recommencer le même maudit manège.

Première chose: J’ai promis à ma bande – toujours constituée de ma blonde, Nathalie, mes trois filles et de Charles et Geneviève – que j’allais garder le sourire quoiqu’il arrive et que je m’arrangerais pour que le moral soit au plus haut niveau.

Deuxième chose: Je me suis promis de ne pas me plaindre, d’apprécier la beauté du parcours, d’avancer coûte que coûte, de courir et de ne pas me trainer les pieds.

Si j’ai bien rempli le premier point, j’ai eu plus de mal pour le deuxième. Cela dit, mes quadriceps en sont un peu la cause…

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4:00 du matin samedi. Le départ. Toujours aussi relax. On est une dizaine de québécois à faire la course. On se serre la main, on se souhaite bonne chance. Je me mets en ligne dans la dernière minute en compagnie de Louis A. Il fait frais, légèrement humide. Je porte des shorts Pearl Izumi Ultra et une simple camisole North Face. Mes pieds sont chaussés de mes Pearl Izumi N2 Trail bleu/vert qui ont 320 km au compteur. Je n’ai pas l’intention de les changer, à moins d’un pépin majeur. Je me sens bien, reposé.

Une fois lancé, le rythme s’installe tranquillement. Je cours avec Louis, en jasant. Louis est plus rapide que moi. Il passe sous les 3 heures au marathon. Mais comme on court un 100 miles, il n’y a pas de presse. Quand il aura envie d’augmenter la cadence, je le laisserai filer pour ne pas me bruler. Les premiers kilomètres se font sans accrocs, à une bonne cadence. On dépasse pas mal de monde. Puis, comme il se doit, je dois faire un arrêt dans les bois… car il y a des choses auxquelles on échappe pas… Je souhaite bonne route à Louis, j’éteins ma lampe frontale et prends la tangente à travers les fougères.

Trois ou quatre minutes plus tard, c’est un troupeau de coureurs/coureuses qui m’a dépassé… Je repars à l’attaque sans trop pousser, histoire d’aller reprendre ma place plus à l’avant. J’y arrive assez bien et je rejoins Louis (il a du s’arrêter lui aussi) maintenant accompagné de Vincent F. et Denis L. Nous voilà tous les quatre galopant au même rythme sur les routes du Vermont.

Le jour se lève. Je remplis ma bouteille aux points d’aide Densmore Hill puis, plus loin, Dunham Hill sans perdre de temps. Notre petit groupe se sépare aux environs du 20ième kilomètre. Denis est resté un peu en retrait, Louis et Vincent ont pris les devants. Je ne force pas pour les rejoindre. Je garde mon rythme, m’efforce de manger régulièrement, soit un gel ou soit ma nouvelle découverte, des minis barres d’énergie à base de Chia. À chaque heure, je prends aussi une S!Caps – capsule de sodium/potassium. Les choses vont bien, mais… Je sens mes quadriceps un peu raides. Je ne m’en fais pas trop avec ça, sauf que ce n’est pas normal sitôt dans la course.

À Taftsville Bridge, pendant qu’on remplit ma bouteille, je descends deux ou trois verres de Gatorade et je repars avec un morceau de banane et deux de melon d’eau. J’ai tout à coup l’impression d’être lent. Terriblement lent. J’ai l’impression de me faire dépasser avec une facilité déconcertante. À l’approche de Pretty House, première station d’aide où les crew sont permis, je me dis que mon équipe doit être découragée de me voir prendre autant de temps avant d’arriver. J’estime être en retard de beaucoup. Qu’à cela ne tienne. Je me colle un sourire au visage, rattrape une coureuse devant moi et jase un peu avec elle. À l’intersection devant nous, je vois passer une mini-fourgonnette qui se dirige vers la station d’aide tout près. Je continue de jaser avec la coureuse qui en est à son premier VT100. Courant maintenant à une cinquantaine de mètres derrière la mini-fourgonnette, je remarque le numéro de coureur peint sur le vitre arrière: 111. Mon numéro! Au même moment, je vois Nath qui sort la tête par la vitre coté gauche et qui m’annonce en souriant que je suis 20 minutes EN AVANCE sur le temps prévu, donc sur mon meilleur temps! J’ai un peu de mal à y croire, mais ça me donne un sacré bon coup de fouet. Et m’assure à nouveau, comme si besoin était, que je suis nul en calcul et en maths.

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Arrivée à Pretty House plus tôt que prévu. Mes filles et mon amie Geneviève qui m’accompagnent

jusqu’à la table de ravitaillement. Ma petite Marion, elle, est cachée derrière moi… (Photo: Far North)

 Mon arrêt à Pretty House a été court. Les deux sections suivantes jusqu’à Stage Road où m’attendait à nouveau mon équipe se sont déroulées sans problème. J’en ai  couru une partie avec un gars du Tennessee. Très sympathique.

Stage Rd, donc. Je retrouve Nath, mes filles, Charles et Geneviève. Encore une fois, je ne m’attarde pas. J’ai 50 kilomètres dans les jambes et une bonne montée m’attend à la sortie de la station d’aide.

L’an dernier, j’avais commencé à m’auto-démolir dans cette section.  Cette fois, je tiens le coup. Avec des hauts et des bas. Je rejoins Vincent. On court un bout ensemble. Il prend de l’avance, je le rattrape. Je prends de l’avance, il me rattrape. Le yo-yo comme ça sur plusieurs kilomètres. Même chose avec un autre coureur qui porte une camisole verte (à un certain moment, je le rattrape et le dépasse pour la nième fois, il me dit alors: «Good job», et je comprends qu’il est cuit, je ne le reverrai plus…).

Arrive ensuite cette chose étrange. Une de mes chaussures se met à faire squick! Et quand je dis squick! c’est squick! squick! À chaque pas. Je ne suis même pas capable de discerner si c’est la chaussure droite ou la gauche ou les deux. Squick! Squick! Squick! Je vais devenir fou. Vincent me lance de loin qu’il va savoir où je serai la nuit venue. Qu’il n’aura pas besoin de lampe frontale, qu’il pourra se guider au son. Je n’ai pas de mal à le croire. Ce squick!-là, c’est le supplice de la goutte chinoise. Je ne durerai jamais la run. Je vais abandonner avant! Merde! Heureusement, on arrive au premier Camp 10 Bear dans une dizaine de kilomètres. La mi-course (ou presque). J’ai une autre paire de N2 qui m’attend. Orange flash. Une paire toute neuve. Un peu risqué, mais too bad, pas le choix! Je n’endurerai pas des squick! squick! pour les 80 quelques kilomètres restants!

À Camp 10 Bear 1, c’est la pesée officielle. J’ai perdu .7lb sur mon poids de la veille, aussi bien dire rien. Je rejoins ma gang (j’ai toujours 20 minutes d’avance sur mon meilleur temps au même endroit), leur dis que je vais changer de chaussures. Quand Nat me demande si ça va, je réponds que ça va ok avec le sourire. Je ne vais pas si ok que ça, elle le sait. Mais je souris, lui fais un clin d’oeil et descends une mini- canette de coke en moins de 2. J’enlève ma ceinture de taille Ultraspire qui me gène depuis un bon moment et glisse quelques gels et barre de Chia dans les pochettes de mes shorts. Je repars le plus vite possible. Quand le mal de coeur me prend, une demi heure plus tard, je réalise que j’ai laissé mes Tums et mes bonbons au gingembre dans ma ceinture de taille. Bravo. J’entreprends une interminable montée le coeur un peu fade. J’essaie de penser à autre chose. Je mesure la chance que j’ai que le ciel soit légèrement couvert. En plein soleil, à 13 heures et des poussières, ce serait l’enfer.

À la station suivante, Pinky’s, le mal de coeur est passé et je fais le plein en eau, bois du Gatorade, avale quelques morceaux de patates bouilles et je repars avec du melon d’eau et des bananes. Je sais par expérience que les prochains kilomètres jusqu’à Tracer Brook se courent plutôt bien. J’essaie d’en profiter, mais mes quadriceps me donnent du fil à retordre.

À la sortie de la station Birmingham’s, en traversant un champ d’herbe, surprise! je me fais piquer à la cheville par une guêpe. Bon. D’accord. Ça fait mal. Mais comme j’ai déjà mal partout ailleurs, ce n’est pas nouveau et je n’en fais pas de cas. Je poursuis ma route en espérant seulement que la cheville ne se mette pas à enfler. Non, rien. Nada. La douleur s’estompe. Parfait. Peu de temps après, je rattrape Louis. Il commence à avoir des problèmes d’échauffements entre les cuisses, ce qui l’avaient contraint à l’abandon l’an dernier. De mon coté, ça ne s’arrange pas avec mes quadriceps. On décide de poursuivre ensemble en ajustant nos rythmes de course. On ne s’arrête pas à Tracer Brook, on attaque directement la longue montée de 2.7 km qui nous mènera à Seven Sees où se trouvent mon équipe.

À Seven Sees, le moral est très bon. On m’apprend que Joan R. est troisième au classement général et que Pierre L. a une vingtaine de minutes d’avance sur nous. Tout va bien. Je remplis ma bouteille puis avise un réservoir où est inscrit: «Pickle Juice». Du jus de cornichons! Essentiellement, la marinade vinaigrée et salée dans laquelle on conserve les dits pickles. Rock on! Je m’enfile deux shooters de «Pickle Juice» sous le regard hautement dubitatif et un peu inquiet de ma blonde. Je lui dis de ne pas s’en faire, que c’est plein de sodium et que ça peut éviter les crampes. Puis, je lui demande de me redonner le petit sac Ziploc qui contient mes Tums et mes bonbons au gingembre que j’avais laissé plus tôt dans ma ceinture de taille. On ne sait jamais, après le jus de pickles…

Louis et moi poursuivons ensemble jusqu’à Margaritaville. Je suis prêt à repartir avant lui. Il me dit d’y aller, qu’il va me rejoindre. Je repars. À quelques reprises, je jette des coups d’oeil par-dessus mon épaule. Il n’est pas en vue. Je ne le reverrai qu’à l’arrivée, plus tard dans la nuit.

De Margaritaville à Camp 10 Bear 2, je reprends quelques places sur des coureurs qui sont visiblement «explosés». Dommage pour eux. Mais ça me redonne confiance.

Il y a une très longue descente qui mène jusqu’à Camp 10 Bear 2. L’an dernier, je m’étais défoncé solide dans cette descente, histoire de reprendre du temps perdu. Résultat: j’avais vidé mes dernières réserves, batterie à zéro… Cette fois, je joue safe. Interdit de passer sous les 5 minutes du kilomètre en descendant. De préférence, demeurer entre 5:10 et 5:30/km. Ce qui ne m’empêche pas à un moment de lancer un grand cri de joie en descendant tellement je me sens bien.

À Camp 10 Bear 2, je retrouve ma gang. Mais avant, je dois passer par la seconde pesée officielle. J’ai perdu 2 livres sur mon poids initial (175 au lieu de 177). Rien d’anormal. Je rejoins Nath et mes filles, refais le plein en gels et en barre d’énergie. Il est encore tôt, donc je ne prends pas ma lampe frontale. Geneviève est prête à m’accompagner pour les 11 prochains kilomètres, jusqu’à Spirit of 76 où Charles prendra la relève*.

Si ce n’est en rien comparable à ce que j’ai vécu en 2013, c’est quand même à partir de là que les choses se déglinguent un peu. Mes quadriceps me font de plus en plus souffrir. J’ai un bon coup de fatigue, mais j’arrive à le surmonter. Mon estomac commence à délirer et je le calme avec un Tums. Je gobe aussi un gel au chocolat/beurre d’arachide + caféine. L’énergie revient. Je suis encore dans les temps pour faire mieux que 2012 et passer sous les 20 heures.

À Spirit of 76, je repars avec Charles. On essaie d’imposer un bon rythme. Mais malgré moi, je ralentis. Je peux courir sur de petites distances, pas tellement plus. Je serre les dents pour courir dans les descentes. Mais je marche la moindre petite butte.

À Bill’s, troisième pesée officielle. 176 livres. It’s all good. Je bois un bouillon de légumes et reprends la route avec Geneviève. Maintenant, dans les montées, je dois m’arrêter fréquemment pour masser mes quadriceps. Physiquement, j’ai l’impression d’être cassé de partout. Le moral est bon, mais je n’ai plus grand-chose pour pousser la machine.

Polly’s. Avant-dernière station d’aide. La dernière où je m’arrête. Comme pour les années précédentes, Charles embarque à nouveau avec moi pour les 7 derniers kilomètres. Je donne tout ce qu’il me reste. C’est à dire… bien peu. Je ne pense qu’à finir. Les deux derniers miles du parcours ont été modifiés et ils sont beaucoup moins roulants que par les années passées. Je marche. Trop. Ça reste moins pire que de ramper… Dès que ça descend un peu, je cours. Mais ça descend très peu. Un coureur sortit de nulle part nous dépasse. En courant. Dans une montée. Je lui lève mon chapeau (imaginaire). Il mérite bien de terminer devant moi, celui-là.

Finalement, on entend des voix devant, plus bas. Le sentier est maintenant bordé de lanternes de chaque cotés. L’arche où est inscrit FINISH LINE apparait enfin dans les bois, dans la nuit. Des gens applaudissent, mes filles viennent vers moi. Charles me tape dans la main et je traverse la ligne d’arrivée.

Il est 00:51, dimanche matin. J’ai 20 heures 51 de course dans les jambes. Et dans le corps. J’embrasse Nath et mes filles, remercie Geneviève et Charles, puis je me laisse tomber sur une chaise.

Another fucking 100 done!

And I love it!

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Après. Je me change rapido près de l’arrivée, avec Nath qui me cache du mieux qu’elle peut. Je mets des vêtements secs et une doudoune d’hiver pour éviter le frisson qui ne saurait tarder. Une bonne IPA américaine m’attend à la chaise, au finish. Je trinque avec Charles et Geneviève. Mes filles sont fatiguées. Je leur dis de rentrer à l’hôtel, que je vais rester un peu pour attendre les autres avant d’aller me coucher dans ma tente. Je vois Vincent, Louis et Nicolas S-V. arriver à tour de rôle, tous les trois en-bas de 22 heures. De mon coté, j’en ai assez. Le frisson m’a gagné, ainsi qu’une intense fatigue. Je me rends non sans difficultés à la tente principale où je bouffe un cheeseburger et une montagne de salade de choux. Ensuite, je reprends le chemin du mieux que je peux vers mon petit campement et je tombe comme une roche sur mon matelas de sol.

Râler. C’est ce que je fais de 2 heures 30 à 7 heures du matin, dans mon sac de couchage, en dormant par à-coups. C’est un peu comme si je m’étais fait piler dessus par une armée de soldats d’élite. À 7 heures, je me glisse hors de la tente, me déplie et vais me baigner/laver dans le petit lac (une marre pour être honnête, pleine de grenouille et d’écrevisses) en plein milieu du champ.

BBQ. C’est là qu’on se retrouve à 10 heures 30. Tout le monde marche un peu bizarre mais avec un grand sourire en plein visage. Après avoir mangé et reçu nos boucles de ceinture (traditionnellement remises à ceux et celles qui terminent sous les 24 heures), nous reprenons la route chacun de notre coté, vers nos maisons respectives.

Mensonge. Il ne faut jamais croire un ultramarathonien qui affirme qu’il ne courra plus d’ultramarathons. Seul l’ultramarathonien en question se croit dans ces cas-là. Mais il oublie vite. Et dès le lendemain, il est prêt à en découdre à nouveau. Nathalie, Charles et Geneviève l’ont très bien compris. Aussi ont-ils gentiment hoché la tête en m’entendant dire que c’était mon dernier Vermont 100 avant deux ou trois ans, que j’allais désormais me concentrer sur de plus courtes distances, bla bla bla. Lundi matin, quand j’ai texté Charles pour lui dire qu’en juillet 2015, l’objectif serait de passer solidement sous les 20 heures, il m’a assuré être partant.

IPA. J’ai oublié le nom de la IPA** que j’ai bu tout de suite après mon arrivée. Dommage car elle était très bonne. Mais de retour à la maison, j’ai plongé la main dans la glacière, sortie une IPA Long Trail et l’ai savourée avec plaisir. Elle manquait peut-être un peu d’amertume à mon gout, mais n’empêche, après avoir couru 160 kilomètres dans les montagnes du Vermont, une bière portant le nom d’IPA Long Trail, ça ne s’invente pas. Et ça se boit le sourire aux lèvres et le coeur léger.

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Cheers!

* Aux États-Unis, dans les courses de 100 miles, des pacers sont autorisés à accompagner un coureur ou une coureuse pour les 30 derniers miles. Le Massanutten 100 et maintenant le Vermont 100 ont des catégories «Solo» qui reconnaissent les athlètes ayant relevé le défi en solitaire. En Europe, à l’UTMB notamment, les pacers ou accompagnateurs sont interdits.

** On m’a renseigné et le nom de la IPA en question: Stowaway IPA.

Frozen Ninja, marathon intérieur et UTMB

Février. Le mois de l’année le plus court qui m’apparait souvent le plus long…

Je ne vais pas me plaindre de l’hiver. Au moins nous en avons un cette année, avec neige et grands froids à volonté. Un hiver bien installé qui me fait ressembler à un Frozen Ninja lors de mes sorties sur route ou en trail. Un bon test d’endurance à tous les niveaux. Mais tranquillement, je commence à rêver au printemps. J’ai hâte de dégeler et de courir léger. Si les «pelures d’oignons» sont parfaites pour survivre par temps froid, je préfère de loin en avoir moins sur le corps. Et surtout, j’ai très, très envie de fouler à nouveau le sol – la terre, les racines et les roches – de mes sentiers préférés.

Je refuse de me plaindre de la température, mais le fait est qu’on y goûte pas mal cette année (j’écris ça et c’est LA journée où il fait doux pour la première fois depuis longtemps…). C’est pourquoi j’ai choisi le mois de février pour diminuer – un peu – mon entraînement. Après un sérieux passage à vide en septembre et mon (second) DNF au Virgil Crest 100, j’ai repris du poil de la bête et mon désir de courir et de me mesurer à d’autres ultras est revenu. J’ai accumulé pas mal de kilomètres en novembre, décembre et janvier, et je n’ai participé qu’à une seule course, soit le Demi Marathon des Microbrasseries début novembre (j’y ai pris grand plaisir sans chercher à faire un record personnel et c’était le but). À présent, je ralentis un peu la cadence histoire de repartir en force au mois de mars.

Et mars commencera de solide façon avec les 50 km intérieur du Marathon Intérieur de Montréal JOGX.

50 kilomètres à courir sur une piste de 200 mètres.  250 tours. Ça va faire mal and it’s all good! Je ne vise pas de temps particulier. Je vise plutôt à être constant. Un exercice mental, oui, mais aussi de pacing. Si j’arrive à tenir un bon rythme de course sur la durée, j’en serai extrêmement ravi. Si tout va pour le mieux, je vais en profiter pour tester mon allure marathon en prévision d’Ottawa. Il est encore tôt et je ne pense pas pouvoir le maintenir tout du long. Je verrai. L’idée principale reste d’être le plus régulier possible, le plus longtemps possible. Penser métronome et tenir le coup. L’an dernier, au Marathon Intérieur, j’avais sérieusement perdu le rythme autour du 33ième kilomètre. Cette année, j’en aurai 7.8 de plus à courir. Je devrai lutter contre l’envie de commencer rapidement. C’est toujours tentant, au départ. On est toujours un peu «innocent» de ce qui s’en vient… Et un (ultra) marathon intérieur, c’est loin d’être une blague!

Une chose est certaine, je risque pas d’avoir froid…

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Frozen Ninja après une quinzaine de kilomètres

au Mont St-Bruno.

En planification de ma saison 2014, je me suis inscrit à quelques «loteries»: Western State, Hardrock et Massanutten. Je souhaitais surtout être pigé pour le Western State. C’eut été le cas et le plan était de m’inscrire au Grand Slam of Ultrarunning qui consiste à courir le Western State, le Vermont 100, le Leadville 100 ainsi que le Wasatch Front 100 dans le même été. Pour ce faire, on a pas le choix, on doit absolument être pigé au WS100. Ça n’a pas fonctionné, la loterie m’ayant laissé en plan. Idem pour le Hardrock – là, je m’y attendais, très peu de places sont disponibles pour cette course. Pour le Massanutten, je suis sur la liste d’attente cette année, en assez bonne position semble-t-il pour être assuré d’une participation. Mais voilà, l’UTMB m’a pris par surprise. Et je ne ferai pas le Massanutten en 2014.

La loterie de l’UTMB (l’Ultra-Trail du Mont-Blanc) attire plusieurs milliers de coureurs/coureuses. J’explique grossièrement. Pour pouvoir s’inscrire à la loterie, il faut récolter 7 points (bientôt 8) en trois courses qualificatives. Les courses de 100 miles donnent généralement 4 points, celles de 50 miles, 3 points et celles de 50 km, 1 ou 2 points dépendant de la difficulté du parcours. Si l’on est inscrit à la loterie et que notre nom n’est pas pigé, on a le choix: soit être transférer à une course de moins longue distance autour du Massif du Mont-Blanc (la TDS) ou bien ne rien faire et augmenter nos chances d’être choisi lors de la loterie l’année suivante. C’est dans cette optique que je me suis inscrit en décembre. Croyant mes chances plutôt minces sinon nulles pour cette année, je me disais que j’aurais une petite longueur d’avance en 2015. Mais le sort en a décidé autrement et voilà que le 29 août 2014, je serai prêt à prendre le départ d’une course absolument magnifique et mythique!

Pour avoir une idée à quoi ressemble l’UTMB, cliquez ici.

Ainsi l’UTMB devient ma course principale pour l’année 2014. Le défi est énorme. Je n’ai encore jamais couru sur un terrain semblable, à cette altitude, avec un pareil dénivelé. Beaucoup de travail en vue. En fait, à chaque pas de course que je fais depuis la mi-janvier, je pense Mont-Blanc…

Les courses à venir en 2014:

– 50 km du Marathon Intérieur de Montréal JOGX (mars);

– Demi Marathon Banque Scotia (avril);

– Marathon d’Ottawa (mai);

– Ultimate XC (juin);

– Vermont 100 (juillet);

– UTMB (août);

Après, on verra. Bien que je n’y sois pas encore inscrit, le Demi des Microbrasseries en novembre est dans mes plans. J’ai aussi un projet personnel de course sur lequel je vais me pencher dans les prochaines semaines.

J’ai la forte impression qu’il me reste encore quelques entrainements déguisé en Frozen Ninja et je suis ok avec ça.

Je sais aussi que le printemps n’est plus très loin. Et ça me plait assez!

UTMB-2010

I worked out

to make myself as strong

as water.

I have dreamed

myself back

to where

I already am.

NORTH, Jim HARRISON

Prendre le temps…

Tout allait bien. D’accord, il y avait la pluie – plutôt un déluge – et les sentiers qui se transformaient de plus en plus en rivières boueuses.  Il y avait les longues heures de course accumulées – à ce moment là, pas loin de 14 heures. La nuit tombait aussi et je courais de mon mieux en évitant de glisser dans la boue et en illuminant les trail markers avec ma lampe frontale.

Je ne blague pas quand je dis que tout allait bien. Ça faisait un peu plus de deux heures que j’avais quitté Hope Lake, la base principale du Virgil Crest Ultras. Le Virgil Crest a ceci de particulier. Tous les coureurs du 50 et du 100 miles  prennent le départ à Hope Lake à 6 heures samedi matin (une course de 50 km a lieu le dimanche à 8 heures). On court 25 miles dans une direction jusqu’à Daisy Hollow, station d’aide #5, puis on retourne en direction d’Hope Lake. Ceux qui courent le 50 miles terminent à ce moment. Ceux (et celles) qui courent le 100 reprennent quand à eux la route jusqu’à Daisy Hollow avant de revenir à nouveau sur leurs pas vers Hope Lake… Compliqué? Non. Mais pas facile.

Donc, deux heures après avoir quitté Hope Lake pour la seconde fois, tout allait bien. Étrangement, mes jambes allaient mieux qu’au beau milieu de l’après-midi. Peut-être la pluie qui leur donnait un coup de fouet. J’étais seul dans la section du parcours qui m’amenait à Lift House 5, station d’aide centrale qui nous accueille avant l’ascension de l’Alpine Loop (une montagne de ski alpin plutôt corsée). Courir seul ne dérange pas, bien au contraire. Même la nuit. J’ai fait le Massanutten 100 en solo et m’en suis très bien porté. Là je croisais à l’occasion les quelques derniers (courageux) coureurs du 50 miles qui retournaient à Hope Lake, la plupart me demandant – un peu désespéré – combien de miles ils leur restaient à parcourir…

J’étais seul, je me sentais physiquement bien, j’approchais les 60 miles de course et BOOM! je n’ai plus eu envie de continuer. Comme ça. J’en avais assez, je n’avais plus de plaisir, plus aucun. Je ne voyais plus l’intérêt de poursuivre. Je ne voyais plus l’intérêt de refaire en entier le même parcours que j’avais fait quelques heures plus tôt. Ce n’est pas la pluie, ni la boue, ni la fatigue, ni la douleur qui m’ont fait arrêter. Simplement, j’étais… las. Profondément las. À la limite de l’écoeurement. Et je ne voulais pas me rendre là.

À Lift House 5, j’ai annoncé que je quittais la course puis j’ai remis mon dossard. Un bénévole m’a gentiment ramené à Hope Lake où j’ai pris mon temps pour me changer, manger deux burgers, boire une bière, discuter avec quelques autres coureurs, dont plusieurs avaient laissé tomber le 100 mile comme moi.  J’ai ramassé tout mon équipement, mes sacs, mes chaussures couvertes de boue, puis je suis rentré à l’hôtel pour dormir. Sans aucun remords.

C’est la deuxième fois que je DNF* au Virgil Crest 100. Naturellement, ça m’ennuie. Mais ce n’est pas très grave. C’est une course, pas une mission pour sauver l’humanité. Ni même mon âme. Je vais rebondir, je n’en suis pas trop inquiet. Je vais seulement prendre le temps…

Prendre le temps de voir où j’en suis d’abord, ce que je veux faire comme coureur d’ultramarathons et comme coureur tout court. Ai-je atteint ma limite? Est-ce que mon désir de me dépasser sur de longues distances est déjà émoussé…? J’ose espérer que non. Mais le fait est qu’en-dehors du Massanutten et du marathon d’Ottawa le weekend suivant, j’ai songé et passé très très près d’abandonner à chacune de mes autres courses: Ultimate XC, Vermont 100, même au XMan Orford (course à obstacle de 7 km) et, dans une moindre mesure, aux 50 km de la Chute du Diable. Il y a là un pattern que je n’aime pas beaucoup.

Serait-il préférable que je mette les ultras de côté pendant un an pour me concentrer sur mes temps au demi et au marathon? Ou alors, ne courir que pour le plaisir de la chose, sans objectifs ni courses officielles? Je ne crois pas que j’en serais capable. Mais ces questions refont fréquemment surface. J’ai un travail à faire à ce niveau. Il commence aujourd’hui.

Je vais prendre le temps de me remettre sur pieds (physiquement et moralement) et aussi reprendre le temps de courir parce que j’aime ça. Après, je verrai. Je pourrais aussi bien me mettre à faire du cirque…

Quand on retourne à la racine, on trouve le

sens

Quand on s’égare dans les branches, on perd

le goût véritable.

Sosan GANCHI ZENJI

VCUCourse

Parcours du VC100.

Je voudrais ici féliciter mes compagnons durant ce – malgré tout – très beau weekend de course:

Aux 50 km: Annie Guay.

Aux 50 miles, Martin Rouillard, Denis Larochelle, Dovid Fein, Annick Lessard et Philippe Lahaie.

Et bien sûr, mes héros du 100 mile: Joan Roch, Pierre Lequient, Louis Arcand et Daniel Héon. Vous avez donné tout ce que vous aviez et avec le sourire! You rock!!!

(*DNF: Did Not Finish.)

Une bonne année

Voilà.

L’année vient de se terminer. Elle a été plutôt bonne, niveau course.

Des records personnels (PR) sur 21.1 km (Banque Scotia en avril), au marathon d’Ottawa en mai et sur 100 miles (Vermont 100 en juillet).  J’ai aussi un meilleur temps «non-officiel» sur 50 miles, puisque j’ai couru la première moitié du VT100 en 8 heures 30, approx.

Quelques déceptions aussi: Bear Mountain, Ultimate XC 50K St-Donat, Virgil Crest 100. Ce dernier m’est un peu resté en travers de la gorge. Un 100 miles qui s’est terminé en 50 miles. Douleurs au périoste qui m’ont poussé à abandonner. Ai-je eu raison de le faire? Aurais-je pu continuer? Honnêtement, je m’en veux un peu d’avoir baisser les bras à mi-parcours. J’aurais dû m’accrocher encore quelques miles juste pour voir. Je me demande encore si ce n’est pas ma tête qui a lâché et non le corps… Mais bon, on ne peut pas refaire le passé, on peut seulement en tirer des leçons. En septembre prochain, I’ll be back with a vengeance. 

Xtrail Asics, Orford

Je n’ai pas écrit de billet sur le Xtrail Asics du Mont Orford. Pas par manque d’intérêt, plutôt par manque de temps. Le 21K du Xtrail est une de mes courses préférées. J’aime l’ambiance, le parcours, la camaraderie. C’est un évènement parfaitement bien organisé, familiale, qui offre de nombreux défis. Et chaque année, la température nous réserve des surprises. À la mi-octobre, il peut faire très beau tout comme il peut faire très mauvais. On ne sait jamais ce qui nous attend, ce qui participe à la beauté de la chose. C’est aussi avec cette course que je termine toujours officiellement ma saison. Après, je prends une pause dans l’entraînement, je diminue le volume.

Le Xtrail a donc été ma dernière course en 2012. Le plaisir y était  à 100% et  en bout de ligne, c’est ce qui compte, non?

Minimalisme.

Je ne suis pas partisan du minimalisme à tout prix. J’y trouve certaines qualités et si je refuse maintenant de porter des souliers trop structurés et trop lourds, je me vois encore mal courir 80 ou 160 kilomètres dans des FiveFingers ou des Minimus. (Je cours de plus en plus sur route avec les Mushas de Mizuno qui sont assez léger en soi. En trail, mes souliers de prédilection restent les Mountain Masochits de Montrail, suivi par les S-Lab et les Speedcross de Salomon.)

Par contre, là où j’ai définitivement adopté le minimalisme en ultra, c’est au niveau des accessoires. Less is more. À moins d’y être contraint – ou en entraînement -, on ne me verra plus beaucoup courir avec un Camelback. Encore moins avec une ceinture d’hydratation. Il peut sembler difficile pour certains de s’adapter à la bouteille qu’on tient à la main, mais honnêtement, on oublie vite. C’est selon moi, la méthode la plus rapide, la plus efficace pour s’hydrater et se réapprovisionner lors qu’une course.

Pour ce qui est des gels, barre d’énergies, que l’on porte avec soi… J’ai réalisé que j’en traînais toujours trop. Beaucoup trop. Je suis d’avis qu’une bonne gestion de l’alimentation aux stations d’aide est la meilleure façon d’éviter d’emporter «tout le dépanneur». Un ou deux gels de secours, dépendent de la distance à parcourir, sont suffisants. Ou un petit sachet de fruits séchés. Ou encore un peu de bretzels. Ce qui fait l’affaire. Mais juste le strict nécessaire. Il faut simplement bien se connaître, bien connaître aussi ce que nous offriront les stations de ravitaillement (règle générale, ça ressemble beaucoup à des buffets all you can eat version ultramarathon: oranges, bananes, melons d’eau, cornichons, M&M, jujubes, bretzels, chips, sandwichs au beurre d’arachides et confiture et plus encore… ). Bien gérer aussi les drop bags que l’on sème à certaines stations quand on court sans soutient extérieur. Pour moi, aux endroits stratégiques, laits de soya au chocolat, biscottes salées, barres de protéines font le travail avec quelques morceaux de fruits frais qui nous sont offerts.

Ma version très personnelle du minimalisme: Des vêtements confortables, de bons souliers. Ma montre GPS. Une bouteille. Un GU au beurre d’arachide. Plein de kilomètres devant. Beaucoup d’entêtement.

C’est le plan pour 2013.

Kilométrage 2012.

Mon plus gros mois: 405.43 km, juin.

Mon plus petit: 150.93, août (trois semaines en Italie).

Je croyais bien atteindre les 4000 kilomètres et plus en 2012. Je suis arrivé un peu court. Résultat: 3582.48 kilomètres.

En fait, je m’en fous un peu. Peu importe le nombre de kilomètres couru, que ce soit 100 ou 5000, ce qui compte vraiment, ce qui a une réelle importance, c’est de se lever et d’y aller. De courir.

C’est là où réside la magie.

Musique(s).

Je l’ai déjà dit, je ne cours pas souvent avec de la musique. Je préfère souvent ma propre musique intérieure, celle de mon coeur, de mes pas, de mes pensées. Cette automne par contre, j’ai fait exception à plusieurs reprises et j’ai couru en écoutant Mumford & SonsThe Airborne Toxic Event et aussi, beaucoup, la trame sonore du film Into The Wild.

Voici la chanson qui m’a le plus inspirée cette année. Guaranteed, Eddie Vedder.

Et quelques images…

Petite méditation:

Quand tu marches, marche.
Assis, sois assis.
Surtout n’hésite pas.
– Yun-Men

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(Mont St-Hilaire, 5 janvier 2013.)