Faire (tout) ce que l’on peut – Vermont 100 numéro 5

Il n’a jamais été question que j’abandonne. Bien sûr, l’idée m’a traversé l’esprit à quelques reprises durant la journée, mais en ce qui me concerne, c’est une chose normale durant un ultramarathon de 100 mile. Je ne m’en fais pas trop avec ça. L’idée stupide et irréfléchie surgit dans mon esprit, elle tourne un peu en rond avant de trouver la sortie. Je la laisse ainsi passer sans m’y accrocher et règle générale, j’ai un regain d’énergie qui survient tout de suite après, regain d’énergie qui me propulse vers l’avant pour le meilleur. Seulement, ce n’est pas toujours aussi évident.

Dès le départ de ce cinquième Vermont 100, je savais que ça ne serait pas facile. La raison est simple: j’ai passé une bonne partie de l’hiver avec une blessure au bassin, incapable de courir ne serait-ce que 100 mètres, ni même de m’entrainer décemment soit à la nage ou sur un vélo stationnaire. Ma préparation était donc loin d’être au point pour ce genre d’épreuve. Pas d’excuse ici, c’est tout simplement comme ça. Ayant repris la course graduellement à la mi-avril, je savais bien que je n’avais pas le kilométrage adéquat dans les jambes. Aussi, une légère douleur récurante au tendon d’Achille gauche me causait de l’inquiétude. Mais je comptais, peut-être naïvement, sur ma bonne connaissance du parcours, mon expérience et ma volonté.

Ça n’a pas fonctionné.

Il n’a jamais été question que j’abandonne, mais en soirée, alors que j’en étais rendu à me trainer lamentablement, à dormir debout et à ne même plus pouvoir courir ni en descente ni sur les plats, il a bien fallu que je me rende à l’évidence: j’étais hors-service.

Pourtant, après un début de course moyen et une très mauvaise nuit de sommeil (pas même trois heures en continu, juste par morceaux), j’avais réussi à me mettre dedans. Après avoir retrouvé mon équipe constituée de ma blonde, de mes filles ainsi que de mes amis Charles et Geneviève à la station d’aide Pretty House, au 34ième kilomètre, j’ai pris le bon rythme. Je sentais une fatigue inhabituelle et mon tendon élançait dans les montées, mais pour le reste, ça roulait. Contrairement à mon habitude, je me retenais dans les descentes, limitant ma vitesse pour me pas exploser mes quadriceps. Et je réussissais à le faire sans me freiner «physiquement», ce qui aurait été plus dommageable qu’autre chose. Quand je ressentais de la douleur, je me mettais à siffler ou à rythmer à voix basse la cadence de mes pas, tout simplement pour détourner mon esprit et le ramener dans de meilleures conditions. Par moments, je faisais un comparatif avec ma course de 2013 qui avait été catastrophique moralement parlant. Là, si le corps n’était pas tout à fait au point, j’avais réussi à effacer une bonne partie du doute et j’étais confiant de terminer sous la barre des 24 heures, peut-être même de rentrer sous les 22 heures. Le moral y était.

À Stage Road, deuxième station où il m’était permis de revoir mon équipe, j’avais le sourire. Près de 50 kilomètres de fait. Je suis reparti aussi vite que j’ai pu.

Dans les heures qui ont suivies, j’ai couru une longue montée en compagnie d’un coureur qui participait au Grand Slam et qui allait courir le Badwater 135 en plus. Pour ceux qui ne connaissent pas les ultramarathons, le Grand Slam consiste à courir le Western State 100, le Vermont 100, le Leadville 100 ainsi que le Wastach Front 100 dans le même été (juin, juillet, août, septembre). Un exploit en soi. Y intégrer le Badwater 135 entre le Vermont et Leadville est un exploit quasi-surhumain. De jaser avec Jordan relativisait mes propres douleurs. J’ai fini par le devancer dans la montée, mais pas de quoi pavoiser. Il venait de courir le WS100 trois semaines plus tôt et se ménageait pour Badwater. En temps normal, il m’aurait bouffé tout cru…

À mi-parcours, au premier passage à Camp 10 Bear, j’ai retrouvé ma bande. Je me suis efforcé de sourire, je ne voulais pas leur faire revivre mon cauchemar de 2013. Bien que le doute commençait à pointer le bout de son nez dans mon esprit, j’arrivais à le repousser. Encore une fois, je suis reparti le plus vite possible… mais je venais de m’asseoir dans une chaise, ce que je fais rarement dans un ultra… Mauvais signe…

Durant la longue et pénible montée qui suit Camp 10 Bear, je me suis fait dépasser par au moins cinq coureurs, ce qui a commencé à me jouer dans la tête. Une fois en haut, j’en ai rattrapé deux ou trois (dont un qui vomissait violemment), mais quelques kilomètres plus loin, d’autres m’ont fait le même coup. Je me suis changé les idées en jasant un moment avec Julie, une fille de New York puis avec le champion américain des derniers championnats mondiaux de 24 heures qui ont eu lieu à Turin en Italie, en avril, Richard Riopel. Après la station Birminghams, j’ai pris de l’avance, sur eux. Je sentais le vent tourner, je sentais ma forme revenir. À Margaritaville, kilomètre 94, j’ai repris contact avec toute mon équipe. Je tenais bien le coup. Mais quelques kilomètres plus loin, je pouvais à peine courir.

Camp 10 Bear, deuxième passage (111 km). À ce moment, je repars avec Geneviève pour la prochaine section de 7 km. Il est encore assez tôt, on ne prend pas de lampe frontale. De repartir accompagné me remet d’aplomb. Mais d’un coup, la fatigue se fait sentir. Mon tendon d’Achille élance de plus en plus. La pluie se met de la partie et dans les sections en forêt, on se retrouve dans la boue et la noirceur. Je me sens complètement lessivé. Je dors debout et Geneviève doit taper dans ses mains pour me ramener à la réalité. Je zigzague sur les sentiers. Je ne pense qu’à une chose: m’arrêter, me fermer les yeux et dormir. Dans la descente qui nous amène à la station Spirit of 76 et dans laquelle je devrais m’amuser comme un fou, je titube. Je ne veux juste pas me casser la gueule et je rêve d’un endroit où m’asseoir.

Quand on rejoint enfin toute l’équipe à la station, je demande un quinze minutes de grâce et me laisse tomber sur une chaise où je m’enfonce en fermant les yeux. Je sens tout le monde – Nathalie, mes filles, Charles et Geneviève – inquiets autour de moi. Au bout des quinze minutes, je change de chaussures (je laisse tomber mes fidèles N2 de Pearl Izumi pour les Paradigm 1.5 de Altra, plus coussinés), me relève et déclare aussitôt que c’est terminé pour moi avant de me laisser retomber sur la chaise, la tête entre les mains. Personne ne m’a encore vu dans cet état. Pas même moi. Je suis plus détruit qu’à l’UTMB. Puis, je pense à mes filles qui me regardent et je me dis que je ne veux pas qu’elles me voient abandonner de cette façon. Je me relève, la mort dans l’âme, et annonce que je repars pour la prochaine section. Dix-huit kilomètres. Les dix-huit putains de kilomètres que je déteste le plus de cette course. Cette fois, je suis avec Charles. Je suis en bonne compagnie. Je me dis intérieurement que je vais passer à travers, que je ne peux que reprendre du mieux – quand on est au trente-sixième dessous, on ne peut que remonter, non? Charles est là pour me soutenir. Les trois ou quatre premiers kilomètres de la section s’annoncent prometteurs. Je semble reprendre du mieux. Ce n’est qu’un leurre. On quitte le sentier boueux pour reprendre les chemins de terre. Me voilà cuit. Pour de bon. On se fait dépasser à la tonne. Des coureurs que je n’ai jamais vu de la journée. Puis par Julie, rencontrée plus tôt. Par Jordan, le Grand Slammer. Par Richard, le gars des 24 heures. Un copain coureur, Daniel, avec qui j’ai couru un peu le matin, passe devant nous. On le salue. On jase un peu. Il semble en plein forme. Je ne suis qu’un zombie.

Encore une fois, je dors debout. Charles me ramène sur terre à plusieurs occasions. Mes jambes ne répondent plus. Plusieurs fois, je m’efforce de courir. Je n’arrive même pas à faire 20 mètres. Ma technique d’un arbre à un autre ne fonctionne même plus. Je veux m’étendre par terre. Dormir. À la station d’aide Cowshed, je m’assois et bois un café. Il y a un autre coureur assis à côté de moi, totalement explosé. J’ai envie d’abandonner là. Il reste environ 7 kilomètres à faire avant de rejoindre Nathalie, mes filles et Geneviève. J’ai peine à y croire à ces sept kilomètres qui restent à faire. Peine aussi à croire que je vais abandonner. On repart. Le café fait effet. Je me sens réveillé. J’essaie de courir. Mon tendon d’Achille élance de plus en plus, avec force. Mes quadriceps sont barrés. J’ai du mal à marcher dans les descentes. Voilà. À contre-coeur, j’annonce à Charles que c’en est assez. Une fois rendu à la station Bill’s, 142.3 km, ce sera terminé pour moi. Ça ne sert plus à rien. Je ne cours plus depuis longtemps. J’ai du mal à me tenir debout. J’ai peut-être réussi à vaincre le sommeil, mais c’est trop peu, trop tard. Je pourrais terminer, oui. Mais en marchant… Lentement… Pas question de faire endurer ça à ma blonde, mes filles, mes amis. Je pourrais leur dire d’aller se coucher à leur hôtel, et continuer seul comme je l’ai déjà fait, terminer à l’aube, mais ils ne voudront jamais. Pas dans l’état où je suis. Et puis, est-ce que j’ai réellement envie de marcher un autre 4 ou 5 heures? Pour les dix-sept kilomètres restant? Non. C’est une course, bon Dieu! Pas une marche! Je ne considère même pas cela comme un abandon, simplement un arrêt par la force des choses. Et puis, d’une manière ou d’une autre, abandon ou pas, je m’en fous pas mal, pour être franc.

Arrivé à Bill’s, j’annonce à l’équipe médicale que c’est terminé pour moi. On me pèse malgré tout – mon poids est ok – et on me dirige vers une chaise longue où je m’étends avec peine. Je pourrais facilement prendre une heure de repos ici, puis repartir. Mais non, encore une fois. Il n’en est pas question. Nath m’amène mes vêtements propres et elle m’aide à me changer derrière la grange. De retour à ma chaise, la bénévole qui m’a accueilli m’apporte une soupe tiède. Je mange un grille-cheese. Au bout d’une demie-heure, on ramasse nos trucs et mon équipe me ramène en voiture à ma tente, au site de départ/arrivée, à Silver Hills, avant de quitter pour leur hôtel. Seul, assis dans le noir, je bois une IPA en canette que je ne savoure même pas. Je suis crevé. Je me glisse avec difficulté dans ma petite tente une place. Et je m’endors d’un coup, complètement brûlé.

Game over.

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À Stage Road, avec Simone et Marion. Tout va bien! Rock on!

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Premier passage à Camp 10 Bear avec Charles, Simone et Marion.

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Quand faut y aller, faut y aller… Même si ça me tente plus ou moins…

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Quelle équipe! Simone, Marion et Nathalie – manque Charles, Geneviève et Julia qui prend la photo.

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Départ de Camp 10 Bear 2, accompagné de Geneviève. Je ne le sais pas encore, mais c’est le début de la fin pour moi, malgré les efforts de Gen pour me garder en piste.

Tout ne peut pas toujours aller comme on le voudrait. Il faut accepter cela. Une semaine jour pour jour après la course, je ressens encore une bonne fatigue. Mentalement, je sais que j’étais prêt pour le VT100. Physiquement, le corps manquait «d’huile» et de kilométrage au compteur. Mes quadriceps sont revenus à la normale, mais mon tendon d’Achille me fait encore souffrir et, contrairement à mon habitude, je n’ai pas encore recouru depuis. Je compte bien le tester en douce dans les prochains jours, mais le déchirer pour de bon ne serait sûrement pas la meilleure chose à faire… Patience.

La bonne nouvelle concerne la blessure qui m’a mis sur le carreau tout l’hiver et une partie du printemps. Pas une seule fois elle ne s’est manifestée ni fait ressentir tout au long des 140 kilomètres et plus parcourus. Un dossier qui semble enfin réglé. Je l’espère bien.

Pour la suite des choses. Fin septembre, je cours un 24 heures. Une première pour moi: 24 heures sur une boucle de 5-6 km. Pour la Fondation du Centre Jeunesse de la Montérégie. Une cause qui me tient profondément à coeur. Il est donc question d’ici là de prendre le plus grand soin des petits bobos et de concentrer toutes mes énergies vers cet évènement. Ensuite, on verra bien. Un nouveau 100 mile se profile peut-être pour janvier 2016…

Je croyais prendre une pause du Vermont 100 après cet été. Maintenant, j’ai une sérieuse revanche à prendre. Je compte bien être présent sur la ligne de départ en juillet prochain, et cette fois, dans une meilleure forme que jamais! Ensuite, il sera temps de passer à autre chose. Pour un temps. À d’autres courses, je veux dire.

The game is not over, after all… It never is.

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Réflexions, récupération et une IPA de l’Oregon.

One should therefore be gentle but firm with what just occurred. Overreacting to a lack of mindfulness instigates discursive thinking. Gentleness is the key.

– Sakyong MIPHAM

 (Merci à ma fille Julia pour les photos prises tout au long de la journée.)

Colossal UTMB

La pluie.

À une dizaine de minutes du grand départ, la pluie se met à tomber. Rien de terrible, un petit crachin. Mais au-dessus de nos têtes, au-dessus de Chamonix et du Mont-Blanc, les nuages sont menaçants. On y coupera pas. L’édition 2014 de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc commencera sous la pluie. Je ne m’en fais pas trop. Certains coureurs autour de moi enfilent déjà leurs coupe-vent ou leurs imperméables. Je n’en fais rien. Je porte un tee-shirt et des manchons en laine mérinos, je vais avoir trop chaud si j’ajoute une couche. Et il ne fait pas particulièrement froid. J’essaie de rester concentré, zen. De m’imprégner du moment. Je suis quand même sur la ligne de départ du mythique UTMB, bordel! Je ferme les yeux, prends une grande inspiration. Je pense à ma blonde et mes filles restées à la maison, au Québec. Mon coeur se serre, ma gorge se noue. Je voudrais qu’elles soient là, avec moi, pour partager ce moment avec elles, pour que je puisse leur sourire, leur lancer un clin d’oeil, leur dire que je les aime… Mais elles n’y sont pas. Il n’y a rien que je puisse y faire. Zen, donc. J’ai une course qui m’attend. Une longue, longue course. À nouveau, une bonne inspiration. Je sais très bien que ma famille, même éloignée, saura me donner la force et le courage nécessaires pour passer à travers l’épreuve quand les choses se corseront, je sais que lorsque viendra le temps de puiser tout au fond de moi-même pour me relever et continuer, elles seront , à mes côtés.

Je souris. Puis j’ouvre les yeux. Il reste moins de cinq minutes. La pluie redouble. Tout le monde trépigne d’impatience et de nervosité.

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L’excitation du départ avant la pluie.

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Selfie de coureur.

Quand la musique qui annonce le départ commence, un immense frisson me parcourt. Conquest of Paradise de Vangelis. À la fin des années 90, le boxeur Stéphane Ouellet utilisait ce morceau pour son entrée sur le ring et ça avait un effet monstre, magique pour l’amateur que j’étais. Cette fois, cette musique joue un peu pour moi et je trouve ça plutôt cool! C’est bien ce que je m’en vais faire, non? Conquérir un paradis qui n’a rien d’artificiel et qui saura m’en faire baver? Grand frisson, grand sourire… On égraine les secondes et puis hop! nous voilà partis. La pluie? Oui, et alors? Je m’en fous pas mal!

Le départ est chaotique. Excepté pour les coureurs élites placés devant et les quelques autres qui les suivent directement. Pour la majorité des coureurs dont je fais partie, on passe par une sorte d’entonnoir avant de pouvoir prendre sa place et courir convenablement. Je ne suis pas placé trop loin derrière (je ne me suis pas mis plus à l’avant pour m’empêcher de partir trop vite), mais je n’échappe pas à l’effet de congestion. Une fois ce désagrément passé, je commence à courir sous les encouragements électrisants de tous les gens placés de chaque côté du parcours qui traverse Chamonix. Je trouve peu à peu mon rythme. Je me rappelle avoir lu qu’il est préférable de courir en deçà de ses capacités et c’est ce que je m’efforce de faire, même si j’ai envie d’ouvrir la machine. Pas question de me brûler dans cette première section qui autrement pourrait se courir très rapidement.

Les premiers 8 kilomètres jusqu’à Les Houches se font sans problème. La pluie a cessé, mais l’humidité se faite ressentir. Je suis content de ne pas avoir enfiler mon coupe-vent, j’aurais crevé. Je pense à ce coureur que j’ai dépassé au 3ième km et qui boitait, déjà hors combat. La déception que ce doit être! Tous ces mois, ces heures d’entrainements, tous les sacrifices pour se fouler la cheville après vingt minutes de course. Ce doit être terrible!

Après Les Houches, on attaque la première montée. Tout se passe toujours bien. Mes bâtons sont rangés dans mon sac, je ne compte pas m’en servir avant un moment. Je suis surpris de dépasser autant de personne dans la montée, ce qui est loin d’être ma force. Et pourtant, je ne suis pas à bloc, j’évolue de manière confortable. Tant mieux. Je bois régulièrement et je gobe un gel au demi heure. J’alterne entre ceux aux beurre d’arachides, aux bananes et aux fraises/bananes sans caféine, conservant ceux caféïnés pour la nuit ou pour les gros coups de fatigue.

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Derrière…

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… et un peu plus loin, devant.

 Quand la pluie se remet à tomber, elle le fait sérieusement. Les sentiers deviennent boueux en un rien de temps et je me fais la réflexion que si ça dure longtempss, ça ne sera pas joli! Peut-être pas comme à l’Ultimate XC 2013, mais pas loin… Aux trois quarts de la pente, le vent se met aussi de la partie et cette fois, je n’ai pas le choix, je m’arrête à l’abri pour enfiler mon coupe-vent et j’en profite pour prendre mes bâtons en main, les laissant toutefois repliés. Pas pour longtemps. La pluie rend le terrain glissant, «gras» comme on dit ici, et je dois passer aux bâtons si je ne veux pas m’étaler de tout mon long sur les sentiers.

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(Crédit photo: Maindru Photo.)

Dans la descente qui mène à Saint-Gervais, première grosse station de ravitaillement, je manque de me casser le cou à plusieurs reprises, étirant même de bonne façon, lors d’une glissade, mon ischio-jambier droit qui m’a fait souffrir au marathon d’Ottawa. Je ne remets pourtant pas en question le choix de mes Pearl Izumi N2 (ni de mes M2 quand je changerai à Courmayeur au matin), mais le fait est que par terrain boueux, glissant et abrupte, ils manquent de mordant. Aussi, je me retrouve à descendre «sur les freins», ce qui n’aidera en rien mes quadriceps pour les kilomètres à venir. En principe, j’aurais du me laisser aller dans la descente, freiner le moins possible pour ne pas stresser les muscles. Au lieu de ça, après avoir éviter quelques vols planés catastrophiques, je suis descendu sur les talons, ce qui n’est pas nécessairement une bonne idée.

Arrivé à Saint-Gervais (21 km), je nage en plein brouillard, littéralement. D’abord, la station me parait énorme comparé à celles dont j’ai l’habitude ici et aux États-Unis. Ensuite, il y a beaucoup, beaucoup de monde. Et lorsque je me retrouve aux tables devant des plateaux de fromages et de saucissons, je suis carrément déstabilisé.

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Brouillard à Saint-Gervais, autant dans les rues que dans ma tête…

 Je me secoue un peu, trouve où remplir mes bouteilles d’eau et descends plusieurs rasades de San Pellegrino. En me rendant à la table où on sert de la soupe, j’aperçois quelqu’un que je connais debout au milieu de la place et qui encourage les coureurs. Je me dirige vers lui avec le sourire et réalise à la dernière seconde qu’il s’agit de Sébastien Chaigneau, un des meilleurs coureurs de trail en France, gagnant du Hardrock en 2013. Si moi je le connais, lui n’a aucune espèce d’idée de qui je suis…  Nos regards se croisent et je le salue d’un hochement de tête en continuant mon chemin. Je décide qu’il vaut mieux ne pas m’attarder ici et le temps d’une soupe avalée cul-sec, je repars.

Les 10 kilomètres suivants se déroulent sans encombres  – je n’en ai en fait aucun souvenir – et il me semble que j’arrive rapidement à Les Contamines (31 km). Autre grosse station avec annonceur et animation, là où les coureurs ont droit à leur aide personnelle pour la première fois. Comme je suis solo, ça ne me regarde pas et je fais ce que j’ai à faire du mieux possible. Je remplis mes bouteilles, prends des provisions, descends quelques bonnes doses de San P., et bien sûr, je prends une soupe. Ce sera ainsi à chaque station ou presque.

En quittant la tente de ravitaillement pour repartir, je lève les yeux et vois une pancarte où est écrit: ABANDON avec une flèche qui pointe à droite. Au même moment, j’entends l’annonceur qui lance: « Ceux qui ont abandonné ou qui veulent rentrer sur Chamonix, l’autobus quittera dans dix minutes…» Bon, je cite de mémoire mais ça ressemblait pas mal à ça. J’avoue que pendant une fraction de seconde, j’ai été tenté. L’idée m’a effleuré l’esprit. Abandonner. C’était si simple. Si facile. Juste là, à droite, en direction de l’autobus…

Je suis reparti. Vers la gauche, vers le chemin le plus long. Et je n’ai jamais repensé à cette connerie sur la pancarte.

Plus de pluie, maintenant, mais la nuit bien installée et une montée pas trop abrupte, régulière, pour les 8 prochains kilomètres.

À La Balme (39 km), une tente chauffée, une jolie bénévole aux yeux bleus qui remplissait à volonté mon gobelet de San P. avec un sourire timide et magnifique (je dis San Pellegrino, mais c’était peut-être une autre marque, allez savoir, moi je ne me rappelle plus, je voyais surtout ses yeux et son sourire, mais d’ici la fin, on va s’entendre pour du San P.). J’ai profité de la chaleur de la tente et je me suis changé en vitesse. J’ai viré mes vêtements détrempés, tee-shirt et manches en mérinos, mon foulard, pour les remplacer par un Icebreaker à manches longues, mon imperméable et un Buff en mérinos. J’ai sorti mes gants aussi, vu ma propension à geler facilement des mains. Je me suis assuré d’avoir tout remis dans mon sac puis je suis ressorti.

À l’extérieur, il y avait un gros feu et je m’en suis approché pour me réchauffer. Certains coureurs étaient assis là, d’autres, allongés sur les bancs autour. Avoir fait de même, je ne m’en serais jamais remis. C’était trop bon!

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Le feu à La Balme. On y était tellement bien qu’il valait mieux ne pas y rester longtemps…

En quittant La Balme, c’est la longue montée vers le Col du bonhomme puis la Croix du bonhomme à 2486 mètres. S’ensuit une solide descente vers la station Les Chapieux (49 km). Je ne perds pas de temps à Les Chapieux, je reprends la route en moins de deux. Étant donné que j’ai mis ma Suunto Ambit en mode autonomie de batterie de 50 heures et que les données GPS sont imprécises, je ne me préoccupe pas de ma vitesse, ni de ma cadence, ni vraiment du kilométrage. J’ai plutôt bloqué l’écran sur les paramètres d’ascension, de descente et d’altitude et sachant que nous avons 9600 mètres de dénivelé positif sur les 168 kilomètres, je sais ainsi ce que nous avons fait et ce qu’il reste à faire. Là encore, ce n’est peut-être pas la précision la plus optimum, mais ça donne une bonne idée de l’ensemble.

Les 15 kilomètres suivants nous amènent de Les Chapieux à la station du Lac Combal, en passant par le Col de la Seigne à 2516 mètres. La montée et la descente du Col de la Seigne sont magnifiques. Il a beau faire noir, les centaines de lampes frontales qui se suivent forment un serpent lumineux qui rampe sans fin à travers les montagnes.

Nous sommes maintenant en Italie.

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Crédit photo: Kristen Kortebein (Trailporn.com)

 Au Lac Combal (64 km), je change justement les piles de ma frontale. Je mets un peu de temps à repartir, un manque de focus généralisé dans les stations d’aide, moi qui suis plutôt un adepte du in and out rapide. Résultat: coup de froid. Je frissonne. Heureusement, avant la prochaine montée, il y a peut-être 2-3 km à peu près plats. J’en profite pour courir à bon rythme et me réchauffer. Je commence aussi à lever les yeux vers le ciel. J’espère y voir des étoiles. Le jour va se lever bientôt et avec lui, je le souhaite, le soleil et non la pluie…

Je suis exaucé car, lorsque je passe l’Arête du Mont-Favre, le jour se lève enfin sur le Mont-Blanc et sur nous. Et le temps s’annonce radieux.

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Alors que la grande majorité des coureurs se trouve encore en Italie au lever du soleil, les coureur élites, eux, se rapprochent de la Suisse et de la station La Fouly où les attend Bryon Powell d’iRunFar. (Crédit photo: Bryon Powell)

Bien que le soleil ait fait son apparition, j’ai encore froid. Il est temps d’arriver à Courmayeur où je pourrai procéder à quelques changements.

Après l’Arête du Mont-Favre, on descend jusqu’à la station Col Chécrouit où je m’arrête même si je n’ai pas à la faire, même si mes deux bouteilles d’eau sont encore presque pleines. Manque de focus, une fois de plus. J’attrape un morceau de fromage et le mâche sans grande conviction. Je reprends la route en me demandant pourquoi je me suis arrêté…

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De la station Col Chécrouit, on descend sur Courmayeur. 4 kilomètres seulement. Mais ils sont violents.

Les 4 kilomètres suivants qui nous amènent sur Courmayeur sont terribles. En fait, en plein le genre de sentier que j’aurais aimé dévaler à fond de train avec des jambes fraîches. Mais là… Mes quadriceps commencent déjà à montrer des signes inquiétants. Ils sont raides, je n’ai aucune souplesse, je me retrouve une fois de plus à courir sur les talons, à mettre les freins alors que je devrais plutôt y aller à fond. Pour ma défense, la section est très technique et les switchbacks sont serrés, abruptes. Plusieurs coureurs me dépassent ici, ils filent comme des bombes. Je n’en reviens tout simplement pas. Jusqu’à ce que je les retrouve «explosés» quelques mètres plus bas…

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Selfie (de pied) de coureur après 77 kilomètres.

Courmayeur. 77 kilomètres de faits. Même si ce n’est pas exactement le cas au niveau du kilométrage, l’endroit est un peu considéré comme étant la mi-course. C’est ici que les coureurs ont droit à leur unique drop-bag. Et c’est ici aussi que je retrouve un peu de mon focus. Je me suis préparé mentalement durant la descente, je sais maintenant où je vais, ce que je veux et comment y arriver.

D’abord, je récupère mon sac et me trouve un endroit tranquille. Il est près de 8 heures du matin. Des coureurs mangent, d’autres font la sieste, d’autres se préparent à repartir. J’enlève mon chandail, puis mes chaussures et mes bas Injinji (bas à orteils, les seuls que j’utilise lors de mes ultras). Je nettoie et sèche mes pieds. Je prends le temps de les examiner ce faisant. Pas de bobos significatifs. Parfait. Je sors mes Pearl Izumi M2 de mon drop-bag et une paire de bas propre. Je me rechausse sans trop serrer mes lacets. J’enfile un nouveau tee-shirt, celui que m’a offert Mountain Hardwear et la gang de La Chute du Diable. J’enlève les vêtements mouillés de mon sac de course et les remplace par d’autres qui me serviront la nuit prochaine. Toutes ces opérations terminées, je me sens mieux. je peux aller manger. On nous sert des pâtes et j’en prends un bon bol. Quelques verres de San P. Puis, je me dirige vers le pseudo-dortoir où sont installés de gros matelas bleu de gymnastique. J’en prends un, m’y installe, règle l’alarme de mon iPhone pour 15 minutes et je ferme les yeux. Instantanément, je me mets à planer dans un endroit chaud et confortable et je pense à ma blonde et à mes filles, rien d’autre.

Au bout de 15 minutes, c’est la musique de Kill Bill qui me ramène sur terre. Je ne perds pas de temps, je me remets sur pieds, prêt à reprendre la route. Avant, je dois seulement remplir mes bouteilles d’eau fraîche et passer par les toilettes. Pour l’eau, pas de problème, pour les toilettes par contre… Il semble n’y en avoir qu’une seule (plutôt étrange) et deux allemands (les drapeaux apparaissent sur nos dossards) font la file. Tant pis, je passe mon tour, hors de question de poireauter plus longtemps ici. Je ferai ça à la trailrunner, c’est à dire, dans les bois…

De Courmayeur, on grimpe plus de 700 mètres sur 5 kilomètres jusqu’au Refuge Bertone. De là, la vue est splendide.

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 Près du Refuge Bertone, vue plongeante sur Courmayeur.

Au Refuge Bertone, la vue est donc splendide… et les toilettes sont libres! J’ai aussi droit à un petit café italien bien sucré qui me donne un sacré bon coup de fouet! Du Refuge Bertone (82 km) jusqu’à la station Arnuva (95 km), j’alterne efficacement entre course et marche rapide dans les montées. Tout baigne et si mes calculs sont bons, je suis dans les temps pour terminer près des 35 heures, ce qui me convient au plus haut point.

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Quelque part en Italie. (Crédit: Maindru Photo.)

À la station Arnuva, je refais le plein et j’essaie de filmer un petit vidéo pour envoyer à ma blonde et mes filles. Sauf que la batterie de mon iPhone est quasi à plat et au moment d’envoyer le clip de 15 secondes, mon iPhone s’éteint et éteint le clip. Je rage un peu, fait une nouvelle tentative, avortée elle aussi. Et plus possible de prendre de photos à partir de maintenant. Tant pis.

Il est temps d’attaquer la montée du Grand col Ferret (2537 mètres) avant de basculer vers la Suisse.

La montée, pas de problème. Longue mais très belle. Arrivé au sommet, le vent est fort et il fait froid. Je m’arrête un instant pour enfiler mon coupe-vent et j’entame directement la descente. À partir de là, commence le sufferfest pour mes quadriceps. Jusqu’à la station suivante, La Fouly (108 km), je vais trouver le temps long. Très long. Et douloureux.

Après La Fouly, où je fais un de mes arrêts les plus courts, je retrouve un bon rythme sur la majeure partie de la section qui mène au petit village suisse de Praz de Fort que je traverse et que je trouve superbe. La montée suivante pour se rendre à Champex-Lac (122 km) est une véritable torture. La fatigue générale se fait sentir. La station à Champex-Lac en est une grosse avec aire de repos et tout, mais comme ma batterie d’iPhone est à plat et que j’hésite à demander à un bénévole de me réveiller après 15 minutes de sieste, je préfère me changer pour la nuit, manger un peu et me reposer en m’appuyant la tête sur une des tables à pique-nique. Je ferme les yeux et somnole une dizaine de minutes. Ensuite, je me prépare à repartir.

Un peu plus tôt, en arrivant, j’ai remarqué le tableau électronique qui affichait nos temps et notre classement. Avant de quitter, je m’y arrête à nouveau par curiosité et je vois que mon ami Laurent est entré dans la station après moi. Je pars à sa recherche, sous la tente, me disant qu’il doit être en train de manger et de se préparer pour la nuit. Comme je ne le trouve pas, j’en conclus qu’il a peut-être choisi d’aller dormir un peu. Pas question de le déranger. Je repars sous les encouragements des habitants de Champex-Lac qui crient mon nom et lancent de joyeux: «Allez, Canada, go, go, go!» Ça me fait sourire et me met de bonne humeur. Je cours sans forcer et deux cents mètres plus loin, j’aperçois un coureur arrêté sur le côté de la route qui fouille dans son sac. Laurent! Je lui dis que je l’ai cherché dans la station et il m’apprend qu’il ne s’y est pratiquement pas arrêté. On est content de se retrouver ici, on décide de poursuivre ensemble. Seulement, Laurent est un coureur beaucoup plus rapide que moi (moins de 2:45 au marathon) et bien qu’il soit fatigué lui aussi, ses quadriceps ne sont pas dans le même état que les miens. Si je peux maintenant le suivre sur les plats et les montées, il me perd dans les descentes. Je lui dis à plusieurs reprises de ne pas m’attendre et de continuer sans moi, qu’on se retrouvera bien. Non, il décide de rester en ma compagnie. On s’encourage, rendant ainsi la deuxième nuit un peu moins pénible.

La deuxième nuit… Je vais couper court ici, car cette deuxième nuit sera étrangement pareille au  Jour de la Marmotte (le film avec Bill Murray) avec des sections qui se suivent et se ressemblent beaucoup – du moins dans mon esprit.

Disons qu’il reste un marathon (42,2 km) à courir  et qu’il est aux environs de 21 heures. Nous mettrons, Laurent et moi, près de 12 heures à compléter ce foutu marathon. 12 heures! Le pattern n’est pas compliqué. Ça monte abrupte et ça descend à pic. Je passe devant pour les ascensions et Laurent (qui a cassé un de ses bâtons dès le début de la course) prend la tête pour les descentes. Beaucoup de roches, de racines. À certains endroits, il est préférable de ne pas perdre l’équilibre et de tomber en-dehors des sentiers car la chute risque d’être douloureuse… Les yeux me brûlent de fatigue, j’ai peur de m’endormir debout. À Trient (139 km), on fait une pause et un power-nap de 10 minutes. Je n’en dis rien à Laurent, mais je commence à avoir des hallucinations, je vois des statues dans les bois (une pianiste rousse en robe blanche!!) et toutes sortes de choses plutôt amusantes dans le faisceau de ma lampe frontale. Comme je connais le phénomène, ça me fait rigoler et je me concentre de mon mieux sur mes pas et sur le but ultime, celui d’avancer.

On passe peu de temps à Vallorcine (149 km). La dernière ascension nous attend, qui nous mènera à la Tête aux vents à 2130 mètres d’altitude. On dépasse pas mal de monde dans cette montée interminable. On s’arrête à quelques reprises pour reprendre notre souffle. On est littéralement «torchés», on ne se sent plus beaucoup de force. Et quand on lève les yeux au ciel et qu’on voit des étoiles, on réalise très vite que ce ne sont pas des étoiles, mais plutôt la lumière des frontales qui nous précèdent… Ça monte dans la face d’un singe! On reprend la route…

C’est le matin quand on arrive enfin à la station La Flégère (160 km). Laurent se prend un petit café et je me laisse choir sur une chaise. On blague avec une bénévole très sympathique. Il ne reste que 8 kilomètres à se taper et c’est la fin. Mais ces 8 derniers kilomètres sont en descente… Ce qui me plaisait beaucoup sur papier lorsque j’étudiais le parcours dans les jours précédents la course m’apparait à présent comme un véritable calvaire. Je crois que j’aurais préféré une dernière ascension. Mais bon, il faut ce qu’il faut et j’en ai vu des plus amochés que moi, je n’ai pas à me plaindre.

Les deux premiers kilomètres, je les fais sur les talons, naturellement. Sur les freins, de manière stupide. Puis, à force d’être dépassé à répétition, j’en ai marre, il est temps que ça finisse. Je me laisse aller et même si ça fait mal, je serre les dents. Ça fait BANG! BANG! BANG! dans chaque fibre de mon corps. On rattrape plusieurs coureurs – il me semble- et ça me redonne le moral. Ce n’est pas une question de compétition ni de classement au final. Honnêtement je m’en fous. Je veux simplement terminer cette course et au plus vite. J’espérais, au mieux, terminer près des 35 heures. Je sais maintenant que je serai sous la barre des 40 heures. Et c’est parfait comme ça. La deuxième nuit a été beaucoup plus dure que je m’y attendais et mes jambes ne m’ont pas facilité la tache. Mais voilà, on y est presque. Bientôt, j’en aurai fini avec ce colossal UTMB!

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Avec Laurent, à quelques mètres de l’arrivée, dimanche matin. (Crédit: Maindru Photo.)

On quitte les sentiers pour entrer dans Chamonix. Ça y est! Il ne reste qu’un petit kilomètre à courir! Il est encore tôt, mais déjà des gens sont assemblés le long du parcours, certains en train de petit-déjeuner sur les terrasses. On nous encourage, on crie nos noms, j’entends: «Les canadiens sont là!» Laurent et moi, on a le sourire fendu jusqu’aux oreilles. On rentre enfin à la maison!

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Sur mon fil Twitter. Je tiens à préciser que ce n’est pas moi qui textais en course, mais bien un système informatique…

Passé le fil d’arrivé, je n’ai qu’une envie: m’asseoir au plus vite. Puis, boire une bière. Même si c’est de la Heineken… Aussitôt que je m’installe sur un bout de trottoir, j’ai des spasmes dans les muscles et je crampe solide. J’enlève tant bien que mal mes chaussures. J’ai l’impression d’avoir une ampoule de la taille d’une balle de golf sous le pied gauche. Eh bien non! À peine une petite boursoufflure, rien de terrible. Une amie québécoise de Laurent (dont j’oublie le nom, désolé…) est avec nous. Elle habite dans le coin. Elle nous aide et on discute un peu. J’ai du mal à croire que je suis là et que j’ai terminé cette course, j’ai du mal à croire que j’ai franchi la ligne d’arrivée du mythique UTMB. En même temps, je suis comme un peu paumé, j’ai du mal à savourer l’instant.

C’est encore la nuit à Boucherville et j’ai trop hâte de donner des nouvelles à ma blonde et mes filles (ce que je ne sais pas, c’est que Nathalie et Simone se sont réveillées à 2 heures 30 du matin et qu’elles m’ont vu arriver en direct via la webcam). Je termine ma bière et me relève en grimaçant. À 46 ans, ça grince comme si j’en avait le double. On se fait une accolade, Laurent et moi. On se remercie mutuellement d’avoir terminé ça ensemble. Puis, je prends tranquillement le chemin de ma petite «cabane» à Chamonix. Et quand je dis tranquillement…

J’écris un texto à ma famille pour leur dire que je suis rentré, que tout va bien et que je vais les rejoindre via FaceTime plus tard. Je prends une bonne douche et je me laisse tomber sur le lit. Je m’endors sans trop de soucis.

Plus tard, après avoir parlé à ma blonde et mes filles, je retourne à la Place du Triangle de l’Amitié pour l’arrivée des derniers coureurs et la remise des prix. Ensuite, je vais reprendre mon drop-bag à l’endroit prévu. Je tombe sur Fanny, une québécoise qui vit dans l’Ouest. Elle a terminé elle aussi. Elle est avec sa mère. Je les ai rencontrées le jour de mon arrivée à Chamonix. Sa mère a fait un saut de parapente en tandem, la veille de la course, ce qui m’impressionne au plus haut point. Pas certain que j’aurais les couilles… On discute un moment, on se félicite et on se souhaite un bon retour.

Pour souper, sous les conseils de ma nutritionniste personnelle et préférée, je m’offre la totale: tartiflette et sa salade avec une bonne (plus ou moins) bière fraîche! (Pas vrai que ma blonde m’a conseillé ça, mais elle n’était pas contre non plus…)

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Tartiflette et sa salade et une bière qui m’a fait m’ennuyer de la IPA. Je n’ai pas pris en photo les escargots qui ont précédés, ni la tarte tatin qui a suivie. Et je ne peux pas expliquer la présence des deux corbeilles de pain…

Après tout ça? Du repos. Juste. Du. repos.

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Repos au soleil.

Dernier mot. La beauté de l’instantané.

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Graffiti sur un mur de Chamonix, au lendemain de l’UTMB 2014.

Vermont 100: Une quatrième fois

J’avais le souvenir de mon VT100 2013 en travers de la gorge. L’an dernier, la tête et le coeur n’y étaient tout simplement pas et j’avais passé la majeure partie des 160 kilomètres à m’apitoyer sur mon sort, triste et con, et à vouloir abandonner pour un oui ou pour un non. Le soutien et les encouragements de ma blonde, de mes filles et de mes amis Charles et Geneviève m’avaient permis de demeurer en piste et de terminer «l’épreuve», mais j’en avais bavé solidement en me trainant de peine et de misère.

J’avais très envie d’effacer ça. Et surtout, de ne pas recommencer le même maudit manège.

Première chose: J’ai promis à ma bande – toujours constituée de ma blonde, Nathalie, mes trois filles et de Charles et Geneviève – que j’allais garder le sourire quoiqu’il arrive et que je m’arrangerais pour que le moral soit au plus haut niveau.

Deuxième chose: Je me suis promis de ne pas me plaindre, d’apprécier la beauté du parcours, d’avancer coûte que coûte, de courir et de ne pas me trainer les pieds.

Si j’ai bien rempli le premier point, j’ai eu plus de mal pour le deuxième. Cela dit, mes quadriceps en sont un peu la cause…

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4:00 du matin samedi. Le départ. Toujours aussi relax. On est une dizaine de québécois à faire la course. On se serre la main, on se souhaite bonne chance. Je me mets en ligne dans la dernière minute en compagnie de Louis A. Il fait frais, légèrement humide. Je porte des shorts Pearl Izumi Ultra et une simple camisole North Face. Mes pieds sont chaussés de mes Pearl Izumi N2 Trail bleu/vert qui ont 320 km au compteur. Je n’ai pas l’intention de les changer, à moins d’un pépin majeur. Je me sens bien, reposé.

Une fois lancé, le rythme s’installe tranquillement. Je cours avec Louis, en jasant. Louis est plus rapide que moi. Il passe sous les 3 heures au marathon. Mais comme on court un 100 miles, il n’y a pas de presse. Quand il aura envie d’augmenter la cadence, je le laisserai filer pour ne pas me bruler. Les premiers kilomètres se font sans accrocs, à une bonne cadence. On dépasse pas mal de monde. Puis, comme il se doit, je dois faire un arrêt dans les bois… car il y a des choses auxquelles on échappe pas… Je souhaite bonne route à Louis, j’éteins ma lampe frontale et prends la tangente à travers les fougères.

Trois ou quatre minutes plus tard, c’est un troupeau de coureurs/coureuses qui m’a dépassé… Je repars à l’attaque sans trop pousser, histoire d’aller reprendre ma place plus à l’avant. J’y arrive assez bien et je rejoins Louis (il a du s’arrêter lui aussi) maintenant accompagné de Vincent F. et Denis L. Nous voilà tous les quatre galopant au même rythme sur les routes du Vermont.

Le jour se lève. Je remplis ma bouteille aux points d’aide Densmore Hill puis, plus loin, Dunham Hill sans perdre de temps. Notre petit groupe se sépare aux environs du 20ième kilomètre. Denis est resté un peu en retrait, Louis et Vincent ont pris les devants. Je ne force pas pour les rejoindre. Je garde mon rythme, m’efforce de manger régulièrement, soit un gel ou soit ma nouvelle découverte, des minis barres d’énergie à base de Chia. À chaque heure, je prends aussi une S!Caps – capsule de sodium/potassium. Les choses vont bien, mais… Je sens mes quadriceps un peu raides. Je ne m’en fais pas trop avec ça, sauf que ce n’est pas normal sitôt dans la course.

À Taftsville Bridge, pendant qu’on remplit ma bouteille, je descends deux ou trois verres de Gatorade et je repars avec un morceau de banane et deux de melon d’eau. J’ai tout à coup l’impression d’être lent. Terriblement lent. J’ai l’impression de me faire dépasser avec une facilité déconcertante. À l’approche de Pretty House, première station d’aide où les crew sont permis, je me dis que mon équipe doit être découragée de me voir prendre autant de temps avant d’arriver. J’estime être en retard de beaucoup. Qu’à cela ne tienne. Je me colle un sourire au visage, rattrape une coureuse devant moi et jase un peu avec elle. À l’intersection devant nous, je vois passer une mini-fourgonnette qui se dirige vers la station d’aide tout près. Je continue de jaser avec la coureuse qui en est à son premier VT100. Courant maintenant à une cinquantaine de mètres derrière la mini-fourgonnette, je remarque le numéro de coureur peint sur le vitre arrière: 111. Mon numéro! Au même moment, je vois Nath qui sort la tête par la vitre coté gauche et qui m’annonce en souriant que je suis 20 minutes EN AVANCE sur le temps prévu, donc sur mon meilleur temps! J’ai un peu de mal à y croire, mais ça me donne un sacré bon coup de fouet. Et m’assure à nouveau, comme si besoin était, que je suis nul en calcul et en maths.

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Arrivée à Pretty House plus tôt que prévu. Mes filles et mon amie Geneviève qui m’accompagnent

jusqu’à la table de ravitaillement. Ma petite Marion, elle, est cachée derrière moi… (Photo: Far North)

 Mon arrêt à Pretty House a été court. Les deux sections suivantes jusqu’à Stage Road où m’attendait à nouveau mon équipe se sont déroulées sans problème. J’en ai  couru une partie avec un gars du Tennessee. Très sympathique.

Stage Rd, donc. Je retrouve Nath, mes filles, Charles et Geneviève. Encore une fois, je ne m’attarde pas. J’ai 50 kilomètres dans les jambes et une bonne montée m’attend à la sortie de la station d’aide.

L’an dernier, j’avais commencé à m’auto-démolir dans cette section.  Cette fois, je tiens le coup. Avec des hauts et des bas. Je rejoins Vincent. On court un bout ensemble. Il prend de l’avance, je le rattrape. Je prends de l’avance, il me rattrape. Le yo-yo comme ça sur plusieurs kilomètres. Même chose avec un autre coureur qui porte une camisole verte (à un certain moment, je le rattrape et le dépasse pour la nième fois, il me dit alors: «Good job», et je comprends qu’il est cuit, je ne le reverrai plus…).

Arrive ensuite cette chose étrange. Une de mes chaussures se met à faire squick! Et quand je dis squick! c’est squick! squick! À chaque pas. Je ne suis même pas capable de discerner si c’est la chaussure droite ou la gauche ou les deux. Squick! Squick! Squick! Je vais devenir fou. Vincent me lance de loin qu’il va savoir où je serai la nuit venue. Qu’il n’aura pas besoin de lampe frontale, qu’il pourra se guider au son. Je n’ai pas de mal à le croire. Ce squick!-là, c’est le supplice de la goutte chinoise. Je ne durerai jamais la run. Je vais abandonner avant! Merde! Heureusement, on arrive au premier Camp 10 Bear dans une dizaine de kilomètres. La mi-course (ou presque). J’ai une autre paire de N2 qui m’attend. Orange flash. Une paire toute neuve. Un peu risqué, mais too bad, pas le choix! Je n’endurerai pas des squick! squick! pour les 80 quelques kilomètres restants!

À Camp 10 Bear 1, c’est la pesée officielle. J’ai perdu .7lb sur mon poids de la veille, aussi bien dire rien. Je rejoins ma gang (j’ai toujours 20 minutes d’avance sur mon meilleur temps au même endroit), leur dis que je vais changer de chaussures. Quand Nat me demande si ça va, je réponds que ça va ok avec le sourire. Je ne vais pas si ok que ça, elle le sait. Mais je souris, lui fais un clin d’oeil et descends une mini- canette de coke en moins de 2. J’enlève ma ceinture de taille Ultraspire qui me gène depuis un bon moment et glisse quelques gels et barre de Chia dans les pochettes de mes shorts. Je repars le plus vite possible. Quand le mal de coeur me prend, une demi heure plus tard, je réalise que j’ai laissé mes Tums et mes bonbons au gingembre dans ma ceinture de taille. Bravo. J’entreprends une interminable montée le coeur un peu fade. J’essaie de penser à autre chose. Je mesure la chance que j’ai que le ciel soit légèrement couvert. En plein soleil, à 13 heures et des poussières, ce serait l’enfer.

À la station suivante, Pinky’s, le mal de coeur est passé et je fais le plein en eau, bois du Gatorade, avale quelques morceaux de patates bouilles et je repars avec du melon d’eau et des bananes. Je sais par expérience que les prochains kilomètres jusqu’à Tracer Brook se courent plutôt bien. J’essaie d’en profiter, mais mes quadriceps me donnent du fil à retordre.

À la sortie de la station Birmingham’s, en traversant un champ d’herbe, surprise! je me fais piquer à la cheville par une guêpe. Bon. D’accord. Ça fait mal. Mais comme j’ai déjà mal partout ailleurs, ce n’est pas nouveau et je n’en fais pas de cas. Je poursuis ma route en espérant seulement que la cheville ne se mette pas à enfler. Non, rien. Nada. La douleur s’estompe. Parfait. Peu de temps après, je rattrape Louis. Il commence à avoir des problèmes d’échauffements entre les cuisses, ce qui l’avaient contraint à l’abandon l’an dernier. De mon coté, ça ne s’arrange pas avec mes quadriceps. On décide de poursuivre ensemble en ajustant nos rythmes de course. On ne s’arrête pas à Tracer Brook, on attaque directement la longue montée de 2.7 km qui nous mènera à Seven Sees où se trouvent mon équipe.

À Seven Sees, le moral est très bon. On m’apprend que Joan R. est troisième au classement général et que Pierre L. a une vingtaine de minutes d’avance sur nous. Tout va bien. Je remplis ma bouteille puis avise un réservoir où est inscrit: «Pickle Juice». Du jus de cornichons! Essentiellement, la marinade vinaigrée et salée dans laquelle on conserve les dits pickles. Rock on! Je m’enfile deux shooters de «Pickle Juice» sous le regard hautement dubitatif et un peu inquiet de ma blonde. Je lui dis de ne pas s’en faire, que c’est plein de sodium et que ça peut éviter les crampes. Puis, je lui demande de me redonner le petit sac Ziploc qui contient mes Tums et mes bonbons au gingembre que j’avais laissé plus tôt dans ma ceinture de taille. On ne sait jamais, après le jus de pickles…

Louis et moi poursuivons ensemble jusqu’à Margaritaville. Je suis prêt à repartir avant lui. Il me dit d’y aller, qu’il va me rejoindre. Je repars. À quelques reprises, je jette des coups d’oeil par-dessus mon épaule. Il n’est pas en vue. Je ne le reverrai qu’à l’arrivée, plus tard dans la nuit.

De Margaritaville à Camp 10 Bear 2, je reprends quelques places sur des coureurs qui sont visiblement «explosés». Dommage pour eux. Mais ça me redonne confiance.

Il y a une très longue descente qui mène jusqu’à Camp 10 Bear 2. L’an dernier, je m’étais défoncé solide dans cette descente, histoire de reprendre du temps perdu. Résultat: j’avais vidé mes dernières réserves, batterie à zéro… Cette fois, je joue safe. Interdit de passer sous les 5 minutes du kilomètre en descendant. De préférence, demeurer entre 5:10 et 5:30/km. Ce qui ne m’empêche pas à un moment de lancer un grand cri de joie en descendant tellement je me sens bien.

À Camp 10 Bear 2, je retrouve ma gang. Mais avant, je dois passer par la seconde pesée officielle. J’ai perdu 2 livres sur mon poids initial (175 au lieu de 177). Rien d’anormal. Je rejoins Nath et mes filles, refais le plein en gels et en barre d’énergie. Il est encore tôt, donc je ne prends pas ma lampe frontale. Geneviève est prête à m’accompagner pour les 11 prochains kilomètres, jusqu’à Spirit of 76 où Charles prendra la relève*.

Si ce n’est en rien comparable à ce que j’ai vécu en 2013, c’est quand même à partir de là que les choses se déglinguent un peu. Mes quadriceps me font de plus en plus souffrir. J’ai un bon coup de fatigue, mais j’arrive à le surmonter. Mon estomac commence à délirer et je le calme avec un Tums. Je gobe aussi un gel au chocolat/beurre d’arachide + caféine. L’énergie revient. Je suis encore dans les temps pour faire mieux que 2012 et passer sous les 20 heures.

À Spirit of 76, je repars avec Charles. On essaie d’imposer un bon rythme. Mais malgré moi, je ralentis. Je peux courir sur de petites distances, pas tellement plus. Je serre les dents pour courir dans les descentes. Mais je marche la moindre petite butte.

À Bill’s, troisième pesée officielle. 176 livres. It’s all good. Je bois un bouillon de légumes et reprends la route avec Geneviève. Maintenant, dans les montées, je dois m’arrêter fréquemment pour masser mes quadriceps. Physiquement, j’ai l’impression d’être cassé de partout. Le moral est bon, mais je n’ai plus grand-chose pour pousser la machine.

Polly’s. Avant-dernière station d’aide. La dernière où je m’arrête. Comme pour les années précédentes, Charles embarque à nouveau avec moi pour les 7 derniers kilomètres. Je donne tout ce qu’il me reste. C’est à dire… bien peu. Je ne pense qu’à finir. Les deux derniers miles du parcours ont été modifiés et ils sont beaucoup moins roulants que par les années passées. Je marche. Trop. Ça reste moins pire que de ramper… Dès que ça descend un peu, je cours. Mais ça descend très peu. Un coureur sortit de nulle part nous dépasse. En courant. Dans une montée. Je lui lève mon chapeau (imaginaire). Il mérite bien de terminer devant moi, celui-là.

Finalement, on entend des voix devant, plus bas. Le sentier est maintenant bordé de lanternes de chaque cotés. L’arche où est inscrit FINISH LINE apparait enfin dans les bois, dans la nuit. Des gens applaudissent, mes filles viennent vers moi. Charles me tape dans la main et je traverse la ligne d’arrivée.

Il est 00:51, dimanche matin. J’ai 20 heures 51 de course dans les jambes. Et dans le corps. J’embrasse Nath et mes filles, remercie Geneviève et Charles, puis je me laisse tomber sur une chaise.

Another fucking 100 done!

And I love it!

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Après. Je me change rapido près de l’arrivée, avec Nath qui me cache du mieux qu’elle peut. Je mets des vêtements secs et une doudoune d’hiver pour éviter le frisson qui ne saurait tarder. Une bonne IPA américaine m’attend à la chaise, au finish. Je trinque avec Charles et Geneviève. Mes filles sont fatiguées. Je leur dis de rentrer à l’hôtel, que je vais rester un peu pour attendre les autres avant d’aller me coucher dans ma tente. Je vois Vincent, Louis et Nicolas S-V. arriver à tour de rôle, tous les trois en-bas de 22 heures. De mon coté, j’en ai assez. Le frisson m’a gagné, ainsi qu’une intense fatigue. Je me rends non sans difficultés à la tente principale où je bouffe un cheeseburger et une montagne de salade de choux. Ensuite, je reprends le chemin du mieux que je peux vers mon petit campement et je tombe comme une roche sur mon matelas de sol.

Râler. C’est ce que je fais de 2 heures 30 à 7 heures du matin, dans mon sac de couchage, en dormant par à-coups. C’est un peu comme si je m’étais fait piler dessus par une armée de soldats d’élite. À 7 heures, je me glisse hors de la tente, me déplie et vais me baigner/laver dans le petit lac (une marre pour être honnête, pleine de grenouille et d’écrevisses) en plein milieu du champ.

BBQ. C’est là qu’on se retrouve à 10 heures 30. Tout le monde marche un peu bizarre mais avec un grand sourire en plein visage. Après avoir mangé et reçu nos boucles de ceinture (traditionnellement remises à ceux et celles qui terminent sous les 24 heures), nous reprenons la route chacun de notre coté, vers nos maisons respectives.

Mensonge. Il ne faut jamais croire un ultramarathonien qui affirme qu’il ne courra plus d’ultramarathons. Seul l’ultramarathonien en question se croit dans ces cas-là. Mais il oublie vite. Et dès le lendemain, il est prêt à en découdre à nouveau. Nathalie, Charles et Geneviève l’ont très bien compris. Aussi ont-ils gentiment hoché la tête en m’entendant dire que c’était mon dernier Vermont 100 avant deux ou trois ans, que j’allais désormais me concentrer sur de plus courtes distances, bla bla bla. Lundi matin, quand j’ai texté Charles pour lui dire qu’en juillet 2015, l’objectif serait de passer solidement sous les 20 heures, il m’a assuré être partant.

IPA. J’ai oublié le nom de la IPA** que j’ai bu tout de suite après mon arrivée. Dommage car elle était très bonne. Mais de retour à la maison, j’ai plongé la main dans la glacière, sortie une IPA Long Trail et l’ai savourée avec plaisir. Elle manquait peut-être un peu d’amertume à mon gout, mais n’empêche, après avoir couru 160 kilomètres dans les montagnes du Vermont, une bière portant le nom d’IPA Long Trail, ça ne s’invente pas. Et ça se boit le sourire aux lèvres et le coeur léger.

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Cheers!

* Aux États-Unis, dans les courses de 100 miles, des pacers sont autorisés à accompagner un coureur ou une coureuse pour les 30 derniers miles. Le Massanutten 100 et maintenant le Vermont 100 ont des catégories «Solo» qui reconnaissent les athlètes ayant relevé le défi en solitaire. En Europe, à l’UTMB notamment, les pacers ou accompagnateurs sont interdits.

** On m’a renseigné et le nom de la IPA en question: Stowaway IPA.