Colossal UTMB

La pluie.

À une dizaine de minutes du grand départ, la pluie se met à tomber. Rien de terrible, un petit crachin. Mais au-dessus de nos têtes, au-dessus de Chamonix et du Mont-Blanc, les nuages sont menaçants. On y coupera pas. L’édition 2014 de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc commencera sous la pluie. Je ne m’en fais pas trop. Certains coureurs autour de moi enfilent déjà leurs coupe-vent ou leurs imperméables. Je n’en fais rien. Je porte un tee-shirt et des manchons en laine mérinos, je vais avoir trop chaud si j’ajoute une couche. Et il ne fait pas particulièrement froid. J’essaie de rester concentré, zen. De m’imprégner du moment. Je suis quand même sur la ligne de départ du mythique UTMB, bordel! Je ferme les yeux, prends une grande inspiration. Je pense à ma blonde et mes filles restées à la maison, au Québec. Mon coeur se serre, ma gorge se noue. Je voudrais qu’elles soient là, avec moi, pour partager ce moment avec elles, pour que je puisse leur sourire, leur lancer un clin d’oeil, leur dire que je les aime… Mais elles n’y sont pas. Il n’y a rien que je puisse y faire. Zen, donc. J’ai une course qui m’attend. Une longue, longue course. À nouveau, une bonne inspiration. Je sais très bien que ma famille, même éloignée, saura me donner la force et le courage nécessaires pour passer à travers l’épreuve quand les choses se corseront, je sais que lorsque viendra le temps de puiser tout au fond de moi-même pour me relever et continuer, elles seront , à mes côtés.

Je souris. Puis j’ouvre les yeux. Il reste moins de cinq minutes. La pluie redouble. Tout le monde trépigne d’impatience et de nervosité.

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L’excitation du départ avant la pluie.

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Selfie de coureur.

Quand la musique qui annonce le départ commence, un immense frisson me parcourt. Conquest of Paradise de Vangelis. À la fin des années 90, le boxeur Stéphane Ouellet utilisait ce morceau pour son entrée sur le ring et ça avait un effet monstre, magique pour l’amateur que j’étais. Cette fois, cette musique joue un peu pour moi et je trouve ça plutôt cool! C’est bien ce que je m’en vais faire, non? Conquérir un paradis qui n’a rien d’artificiel et qui saura m’en faire baver? Grand frisson, grand sourire… On égraine les secondes et puis hop! nous voilà partis. La pluie? Oui, et alors? Je m’en fous pas mal!

Le départ est chaotique. Excepté pour les coureurs élites placés devant et les quelques autres qui les suivent directement. Pour la majorité des coureurs dont je fais partie, on passe par une sorte d’entonnoir avant de pouvoir prendre sa place et courir convenablement. Je ne suis pas placé trop loin derrière (je ne me suis pas mis plus à l’avant pour m’empêcher de partir trop vite), mais je n’échappe pas à l’effet de congestion. Une fois ce désagrément passé, je commence à courir sous les encouragements électrisants de tous les gens placés de chaque côté du parcours qui traverse Chamonix. Je trouve peu à peu mon rythme. Je me rappelle avoir lu qu’il est préférable de courir en deçà de ses capacités et c’est ce que je m’efforce de faire, même si j’ai envie d’ouvrir la machine. Pas question de me brûler dans cette première section qui autrement pourrait se courir très rapidement.

Les premiers 8 kilomètres jusqu’à Les Houches se font sans problème. La pluie a cessé, mais l’humidité se faite ressentir. Je suis content de ne pas avoir enfiler mon coupe-vent, j’aurais crevé. Je pense à ce coureur que j’ai dépassé au 3ième km et qui boitait, déjà hors combat. La déception que ce doit être! Tous ces mois, ces heures d’entrainements, tous les sacrifices pour se fouler la cheville après vingt minutes de course. Ce doit être terrible!

Après Les Houches, on attaque la première montée. Tout se passe toujours bien. Mes bâtons sont rangés dans mon sac, je ne compte pas m’en servir avant un moment. Je suis surpris de dépasser autant de personne dans la montée, ce qui est loin d’être ma force. Et pourtant, je ne suis pas à bloc, j’évolue de manière confortable. Tant mieux. Je bois régulièrement et je gobe un gel au demi heure. J’alterne entre ceux aux beurre d’arachides, aux bananes et aux fraises/bananes sans caféine, conservant ceux caféïnés pour la nuit ou pour les gros coups de fatigue.

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Derrière…

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… et un peu plus loin, devant.

 Quand la pluie se remet à tomber, elle le fait sérieusement. Les sentiers deviennent boueux en un rien de temps et je me fais la réflexion que si ça dure longtempss, ça ne sera pas joli! Peut-être pas comme à l’Ultimate XC 2013, mais pas loin… Aux trois quarts de la pente, le vent se met aussi de la partie et cette fois, je n’ai pas le choix, je m’arrête à l’abri pour enfiler mon coupe-vent et j’en profite pour prendre mes bâtons en main, les laissant toutefois repliés. Pas pour longtemps. La pluie rend le terrain glissant, «gras» comme on dit ici, et je dois passer aux bâtons si je ne veux pas m’étaler de tout mon long sur les sentiers.

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(Crédit photo: Maindru Photo.)

Dans la descente qui mène à Saint-Gervais, première grosse station de ravitaillement, je manque de me casser le cou à plusieurs reprises, étirant même de bonne façon, lors d’une glissade, mon ischio-jambier droit qui m’a fait souffrir au marathon d’Ottawa. Je ne remets pourtant pas en question le choix de mes Pearl Izumi N2 (ni de mes M2 quand je changerai à Courmayeur au matin), mais le fait est que par terrain boueux, glissant et abrupte, ils manquent de mordant. Aussi, je me retrouve à descendre «sur les freins», ce qui n’aidera en rien mes quadriceps pour les kilomètres à venir. En principe, j’aurais du me laisser aller dans la descente, freiner le moins possible pour ne pas stresser les muscles. Au lieu de ça, après avoir éviter quelques vols planés catastrophiques, je suis descendu sur les talons, ce qui n’est pas nécessairement une bonne idée.

Arrivé à Saint-Gervais (21 km), je nage en plein brouillard, littéralement. D’abord, la station me parait énorme comparé à celles dont j’ai l’habitude ici et aux États-Unis. Ensuite, il y a beaucoup, beaucoup de monde. Et lorsque je me retrouve aux tables devant des plateaux de fromages et de saucissons, je suis carrément déstabilisé.

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Brouillard à Saint-Gervais, autant dans les rues que dans ma tête…

 Je me secoue un peu, trouve où remplir mes bouteilles d’eau et descends plusieurs rasades de San Pellegrino. En me rendant à la table où on sert de la soupe, j’aperçois quelqu’un que je connais debout au milieu de la place et qui encourage les coureurs. Je me dirige vers lui avec le sourire et réalise à la dernière seconde qu’il s’agit de Sébastien Chaigneau, un des meilleurs coureurs de trail en France, gagnant du Hardrock en 2013. Si moi je le connais, lui n’a aucune espèce d’idée de qui je suis…  Nos regards se croisent et je le salue d’un hochement de tête en continuant mon chemin. Je décide qu’il vaut mieux ne pas m’attarder ici et le temps d’une soupe avalée cul-sec, je repars.

Les 10 kilomètres suivants se déroulent sans encombres  – je n’en ai en fait aucun souvenir – et il me semble que j’arrive rapidement à Les Contamines (31 km). Autre grosse station avec annonceur et animation, là où les coureurs ont droit à leur aide personnelle pour la première fois. Comme je suis solo, ça ne me regarde pas et je fais ce que j’ai à faire du mieux possible. Je remplis mes bouteilles, prends des provisions, descends quelques bonnes doses de San P., et bien sûr, je prends une soupe. Ce sera ainsi à chaque station ou presque.

En quittant la tente de ravitaillement pour repartir, je lève les yeux et vois une pancarte où est écrit: ABANDON avec une flèche qui pointe à droite. Au même moment, j’entends l’annonceur qui lance: « Ceux qui ont abandonné ou qui veulent rentrer sur Chamonix, l’autobus quittera dans dix minutes…» Bon, je cite de mémoire mais ça ressemblait pas mal à ça. J’avoue que pendant une fraction de seconde, j’ai été tenté. L’idée m’a effleuré l’esprit. Abandonner. C’était si simple. Si facile. Juste là, à droite, en direction de l’autobus…

Je suis reparti. Vers la gauche, vers le chemin le plus long. Et je n’ai jamais repensé à cette connerie sur la pancarte.

Plus de pluie, maintenant, mais la nuit bien installée et une montée pas trop abrupte, régulière, pour les 8 prochains kilomètres.

À La Balme (39 km), une tente chauffée, une jolie bénévole aux yeux bleus qui remplissait à volonté mon gobelet de San P. avec un sourire timide et magnifique (je dis San Pellegrino, mais c’était peut-être une autre marque, allez savoir, moi je ne me rappelle plus, je voyais surtout ses yeux et son sourire, mais d’ici la fin, on va s’entendre pour du San P.). J’ai profité de la chaleur de la tente et je me suis changé en vitesse. J’ai viré mes vêtements détrempés, tee-shirt et manches en mérinos, mon foulard, pour les remplacer par un Icebreaker à manches longues, mon imperméable et un Buff en mérinos. J’ai sorti mes gants aussi, vu ma propension à geler facilement des mains. Je me suis assuré d’avoir tout remis dans mon sac puis je suis ressorti.

À l’extérieur, il y avait un gros feu et je m’en suis approché pour me réchauffer. Certains coureurs étaient assis là, d’autres, allongés sur les bancs autour. Avoir fait de même, je ne m’en serais jamais remis. C’était trop bon!

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Le feu à La Balme. On y était tellement bien qu’il valait mieux ne pas y rester longtemps…

En quittant La Balme, c’est la longue montée vers le Col du bonhomme puis la Croix du bonhomme à 2486 mètres. S’ensuit une solide descente vers la station Les Chapieux (49 km). Je ne perds pas de temps à Les Chapieux, je reprends la route en moins de deux. Étant donné que j’ai mis ma Suunto Ambit en mode autonomie de batterie de 50 heures et que les données GPS sont imprécises, je ne me préoccupe pas de ma vitesse, ni de ma cadence, ni vraiment du kilométrage. J’ai plutôt bloqué l’écran sur les paramètres d’ascension, de descente et d’altitude et sachant que nous avons 9600 mètres de dénivelé positif sur les 168 kilomètres, je sais ainsi ce que nous avons fait et ce qu’il reste à faire. Là encore, ce n’est peut-être pas la précision la plus optimum, mais ça donne une bonne idée de l’ensemble.

Les 15 kilomètres suivants nous amènent de Les Chapieux à la station du Lac Combal, en passant par le Col de la Seigne à 2516 mètres. La montée et la descente du Col de la Seigne sont magnifiques. Il a beau faire noir, les centaines de lampes frontales qui se suivent forment un serpent lumineux qui rampe sans fin à travers les montagnes.

Nous sommes maintenant en Italie.

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Crédit photo: Kristen Kortebein (Trailporn.com)

 Au Lac Combal (64 km), je change justement les piles de ma frontale. Je mets un peu de temps à repartir, un manque de focus généralisé dans les stations d’aide, moi qui suis plutôt un adepte du in and out rapide. Résultat: coup de froid. Je frissonne. Heureusement, avant la prochaine montée, il y a peut-être 2-3 km à peu près plats. J’en profite pour courir à bon rythme et me réchauffer. Je commence aussi à lever les yeux vers le ciel. J’espère y voir des étoiles. Le jour va se lever bientôt et avec lui, je le souhaite, le soleil et non la pluie…

Je suis exaucé car, lorsque je passe l’Arête du Mont-Favre, le jour se lève enfin sur le Mont-Blanc et sur nous. Et le temps s’annonce radieux.

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Alors que la grande majorité des coureurs se trouve encore en Italie au lever du soleil, les coureur élites, eux, se rapprochent de la Suisse et de la station La Fouly où les attend Bryon Powell d’iRunFar. (Crédit photo: Bryon Powell)

Bien que le soleil ait fait son apparition, j’ai encore froid. Il est temps d’arriver à Courmayeur où je pourrai procéder à quelques changements.

Après l’Arête du Mont-Favre, on descend jusqu’à la station Col Chécrouit où je m’arrête même si je n’ai pas à la faire, même si mes deux bouteilles d’eau sont encore presque pleines. Manque de focus, une fois de plus. J’attrape un morceau de fromage et le mâche sans grande conviction. Je reprends la route en me demandant pourquoi je me suis arrêté…

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De la station Col Chécrouit, on descend sur Courmayeur. 4 kilomètres seulement. Mais ils sont violents.

Les 4 kilomètres suivants qui nous amènent sur Courmayeur sont terribles. En fait, en plein le genre de sentier que j’aurais aimé dévaler à fond de train avec des jambes fraîches. Mais là… Mes quadriceps commencent déjà à montrer des signes inquiétants. Ils sont raides, je n’ai aucune souplesse, je me retrouve une fois de plus à courir sur les talons, à mettre les freins alors que je devrais plutôt y aller à fond. Pour ma défense, la section est très technique et les switchbacks sont serrés, abruptes. Plusieurs coureurs me dépassent ici, ils filent comme des bombes. Je n’en reviens tout simplement pas. Jusqu’à ce que je les retrouve «explosés» quelques mètres plus bas…

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Selfie (de pied) de coureur après 77 kilomètres.

Courmayeur. 77 kilomètres de faits. Même si ce n’est pas exactement le cas au niveau du kilométrage, l’endroit est un peu considéré comme étant la mi-course. C’est ici que les coureurs ont droit à leur unique drop-bag. Et c’est ici aussi que je retrouve un peu de mon focus. Je me suis préparé mentalement durant la descente, je sais maintenant où je vais, ce que je veux et comment y arriver.

D’abord, je récupère mon sac et me trouve un endroit tranquille. Il est près de 8 heures du matin. Des coureurs mangent, d’autres font la sieste, d’autres se préparent à repartir. J’enlève mon chandail, puis mes chaussures et mes bas Injinji (bas à orteils, les seuls que j’utilise lors de mes ultras). Je nettoie et sèche mes pieds. Je prends le temps de les examiner ce faisant. Pas de bobos significatifs. Parfait. Je sors mes Pearl Izumi M2 de mon drop-bag et une paire de bas propre. Je me rechausse sans trop serrer mes lacets. J’enfile un nouveau tee-shirt, celui que m’a offert Mountain Hardwear et la gang de La Chute du Diable. J’enlève les vêtements mouillés de mon sac de course et les remplace par d’autres qui me serviront la nuit prochaine. Toutes ces opérations terminées, je me sens mieux. je peux aller manger. On nous sert des pâtes et j’en prends un bon bol. Quelques verres de San P. Puis, je me dirige vers le pseudo-dortoir où sont installés de gros matelas bleu de gymnastique. J’en prends un, m’y installe, règle l’alarme de mon iPhone pour 15 minutes et je ferme les yeux. Instantanément, je me mets à planer dans un endroit chaud et confortable et je pense à ma blonde et à mes filles, rien d’autre.

Au bout de 15 minutes, c’est la musique de Kill Bill qui me ramène sur terre. Je ne perds pas de temps, je me remets sur pieds, prêt à reprendre la route. Avant, je dois seulement remplir mes bouteilles d’eau fraîche et passer par les toilettes. Pour l’eau, pas de problème, pour les toilettes par contre… Il semble n’y en avoir qu’une seule (plutôt étrange) et deux allemands (les drapeaux apparaissent sur nos dossards) font la file. Tant pis, je passe mon tour, hors de question de poireauter plus longtemps ici. Je ferai ça à la trailrunner, c’est à dire, dans les bois…

De Courmayeur, on grimpe plus de 700 mètres sur 5 kilomètres jusqu’au Refuge Bertone. De là, la vue est splendide.

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 Près du Refuge Bertone, vue plongeante sur Courmayeur.

Au Refuge Bertone, la vue est donc splendide… et les toilettes sont libres! J’ai aussi droit à un petit café italien bien sucré qui me donne un sacré bon coup de fouet! Du Refuge Bertone (82 km) jusqu’à la station Arnuva (95 km), j’alterne efficacement entre course et marche rapide dans les montées. Tout baigne et si mes calculs sont bons, je suis dans les temps pour terminer près des 35 heures, ce qui me convient au plus haut point.

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Quelque part en Italie. (Crédit: Maindru Photo.)

À la station Arnuva, je refais le plein et j’essaie de filmer un petit vidéo pour envoyer à ma blonde et mes filles. Sauf que la batterie de mon iPhone est quasi à plat et au moment d’envoyer le clip de 15 secondes, mon iPhone s’éteint et éteint le clip. Je rage un peu, fait une nouvelle tentative, avortée elle aussi. Et plus possible de prendre de photos à partir de maintenant. Tant pis.

Il est temps d’attaquer la montée du Grand col Ferret (2537 mètres) avant de basculer vers la Suisse.

La montée, pas de problème. Longue mais très belle. Arrivé au sommet, le vent est fort et il fait froid. Je m’arrête un instant pour enfiler mon coupe-vent et j’entame directement la descente. À partir de là, commence le sufferfest pour mes quadriceps. Jusqu’à la station suivante, La Fouly (108 km), je vais trouver le temps long. Très long. Et douloureux.

Après La Fouly, où je fais un de mes arrêts les plus courts, je retrouve un bon rythme sur la majeure partie de la section qui mène au petit village suisse de Praz de Fort que je traverse et que je trouve superbe. La montée suivante pour se rendre à Champex-Lac (122 km) est une véritable torture. La fatigue générale se fait sentir. La station à Champex-Lac en est une grosse avec aire de repos et tout, mais comme ma batterie d’iPhone est à plat et que j’hésite à demander à un bénévole de me réveiller après 15 minutes de sieste, je préfère me changer pour la nuit, manger un peu et me reposer en m’appuyant la tête sur une des tables à pique-nique. Je ferme les yeux et somnole une dizaine de minutes. Ensuite, je me prépare à repartir.

Un peu plus tôt, en arrivant, j’ai remarqué le tableau électronique qui affichait nos temps et notre classement. Avant de quitter, je m’y arrête à nouveau par curiosité et je vois que mon ami Laurent est entré dans la station après moi. Je pars à sa recherche, sous la tente, me disant qu’il doit être en train de manger et de se préparer pour la nuit. Comme je ne le trouve pas, j’en conclus qu’il a peut-être choisi d’aller dormir un peu. Pas question de le déranger. Je repars sous les encouragements des habitants de Champex-Lac qui crient mon nom et lancent de joyeux: «Allez, Canada, go, go, go!» Ça me fait sourire et me met de bonne humeur. Je cours sans forcer et deux cents mètres plus loin, j’aperçois un coureur arrêté sur le côté de la route qui fouille dans son sac. Laurent! Je lui dis que je l’ai cherché dans la station et il m’apprend qu’il ne s’y est pratiquement pas arrêté. On est content de se retrouver ici, on décide de poursuivre ensemble. Seulement, Laurent est un coureur beaucoup plus rapide que moi (moins de 2:45 au marathon) et bien qu’il soit fatigué lui aussi, ses quadriceps ne sont pas dans le même état que les miens. Si je peux maintenant le suivre sur les plats et les montées, il me perd dans les descentes. Je lui dis à plusieurs reprises de ne pas m’attendre et de continuer sans moi, qu’on se retrouvera bien. Non, il décide de rester en ma compagnie. On s’encourage, rendant ainsi la deuxième nuit un peu moins pénible.

La deuxième nuit… Je vais couper court ici, car cette deuxième nuit sera étrangement pareille au  Jour de la Marmotte (le film avec Bill Murray) avec des sections qui se suivent et se ressemblent beaucoup – du moins dans mon esprit.

Disons qu’il reste un marathon (42,2 km) à courir  et qu’il est aux environs de 21 heures. Nous mettrons, Laurent et moi, près de 12 heures à compléter ce foutu marathon. 12 heures! Le pattern n’est pas compliqué. Ça monte abrupte et ça descend à pic. Je passe devant pour les ascensions et Laurent (qui a cassé un de ses bâtons dès le début de la course) prend la tête pour les descentes. Beaucoup de roches, de racines. À certains endroits, il est préférable de ne pas perdre l’équilibre et de tomber en-dehors des sentiers car la chute risque d’être douloureuse… Les yeux me brûlent de fatigue, j’ai peur de m’endormir debout. À Trient (139 km), on fait une pause et un power-nap de 10 minutes. Je n’en dis rien à Laurent, mais je commence à avoir des hallucinations, je vois des statues dans les bois (une pianiste rousse en robe blanche!!) et toutes sortes de choses plutôt amusantes dans le faisceau de ma lampe frontale. Comme je connais le phénomène, ça me fait rigoler et je me concentre de mon mieux sur mes pas et sur le but ultime, celui d’avancer.

On passe peu de temps à Vallorcine (149 km). La dernière ascension nous attend, qui nous mènera à la Tête aux vents à 2130 mètres d’altitude. On dépasse pas mal de monde dans cette montée interminable. On s’arrête à quelques reprises pour reprendre notre souffle. On est littéralement «torchés», on ne se sent plus beaucoup de force. Et quand on lève les yeux au ciel et qu’on voit des étoiles, on réalise très vite que ce ne sont pas des étoiles, mais plutôt la lumière des frontales qui nous précèdent… Ça monte dans la face d’un singe! On reprend la route…

C’est le matin quand on arrive enfin à la station La Flégère (160 km). Laurent se prend un petit café et je me laisse choir sur une chaise. On blague avec une bénévole très sympathique. Il ne reste que 8 kilomètres à se taper et c’est la fin. Mais ces 8 derniers kilomètres sont en descente… Ce qui me plaisait beaucoup sur papier lorsque j’étudiais le parcours dans les jours précédents la course m’apparait à présent comme un véritable calvaire. Je crois que j’aurais préféré une dernière ascension. Mais bon, il faut ce qu’il faut et j’en ai vu des plus amochés que moi, je n’ai pas à me plaindre.

Les deux premiers kilomètres, je les fais sur les talons, naturellement. Sur les freins, de manière stupide. Puis, à force d’être dépassé à répétition, j’en ai marre, il est temps que ça finisse. Je me laisse aller et même si ça fait mal, je serre les dents. Ça fait BANG! BANG! BANG! dans chaque fibre de mon corps. On rattrape plusieurs coureurs – il me semble- et ça me redonne le moral. Ce n’est pas une question de compétition ni de classement au final. Honnêtement je m’en fous. Je veux simplement terminer cette course et au plus vite. J’espérais, au mieux, terminer près des 35 heures. Je sais maintenant que je serai sous la barre des 40 heures. Et c’est parfait comme ça. La deuxième nuit a été beaucoup plus dure que je m’y attendais et mes jambes ne m’ont pas facilité la tache. Mais voilà, on y est presque. Bientôt, j’en aurai fini avec ce colossal UTMB!

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Avec Laurent, à quelques mètres de l’arrivée, dimanche matin. (Crédit: Maindru Photo.)

On quitte les sentiers pour entrer dans Chamonix. Ça y est! Il ne reste qu’un petit kilomètre à courir! Il est encore tôt, mais déjà des gens sont assemblés le long du parcours, certains en train de petit-déjeuner sur les terrasses. On nous encourage, on crie nos noms, j’entends: «Les canadiens sont là!» Laurent et moi, on a le sourire fendu jusqu’aux oreilles. On rentre enfin à la maison!

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Sur mon fil Twitter. Je tiens à préciser que ce n’est pas moi qui textais en course, mais bien un système informatique…

Passé le fil d’arrivé, je n’ai qu’une envie: m’asseoir au plus vite. Puis, boire une bière. Même si c’est de la Heineken… Aussitôt que je m’installe sur un bout de trottoir, j’ai des spasmes dans les muscles et je crampe solide. J’enlève tant bien que mal mes chaussures. J’ai l’impression d’avoir une ampoule de la taille d’une balle de golf sous le pied gauche. Eh bien non! À peine une petite boursoufflure, rien de terrible. Une amie québécoise de Laurent (dont j’oublie le nom, désolé…) est avec nous. Elle habite dans le coin. Elle nous aide et on discute un peu. J’ai du mal à croire que je suis là et que j’ai terminé cette course, j’ai du mal à croire que j’ai franchi la ligne d’arrivée du mythique UTMB. En même temps, je suis comme un peu paumé, j’ai du mal à savourer l’instant.

C’est encore la nuit à Boucherville et j’ai trop hâte de donner des nouvelles à ma blonde et mes filles (ce que je ne sais pas, c’est que Nathalie et Simone se sont réveillées à 2 heures 30 du matin et qu’elles m’ont vu arriver en direct via la webcam). Je termine ma bière et me relève en grimaçant. À 46 ans, ça grince comme si j’en avait le double. On se fait une accolade, Laurent et moi. On se remercie mutuellement d’avoir terminé ça ensemble. Puis, je prends tranquillement le chemin de ma petite «cabane» à Chamonix. Et quand je dis tranquillement…

J’écris un texto à ma famille pour leur dire que je suis rentré, que tout va bien et que je vais les rejoindre via FaceTime plus tard. Je prends une bonne douche et je me laisse tomber sur le lit. Je m’endors sans trop de soucis.

Plus tard, après avoir parlé à ma blonde et mes filles, je retourne à la Place du Triangle de l’Amitié pour l’arrivée des derniers coureurs et la remise des prix. Ensuite, je vais reprendre mon drop-bag à l’endroit prévu. Je tombe sur Fanny, une québécoise qui vit dans l’Ouest. Elle a terminé elle aussi. Elle est avec sa mère. Je les ai rencontrées le jour de mon arrivée à Chamonix. Sa mère a fait un saut de parapente en tandem, la veille de la course, ce qui m’impressionne au plus haut point. Pas certain que j’aurais les couilles… On discute un moment, on se félicite et on se souhaite un bon retour.

Pour souper, sous les conseils de ma nutritionniste personnelle et préférée, je m’offre la totale: tartiflette et sa salade avec une bonne (plus ou moins) bière fraîche! (Pas vrai que ma blonde m’a conseillé ça, mais elle n’était pas contre non plus…)

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Tartiflette et sa salade et une bière qui m’a fait m’ennuyer de la IPA. Je n’ai pas pris en photo les escargots qui ont précédés, ni la tarte tatin qui a suivie. Et je ne peux pas expliquer la présence des deux corbeilles de pain…

Après tout ça? Du repos. Juste. Du. repos.

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Repos au soleil.

Dernier mot. La beauté de l’instantané.

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Graffiti sur un mur de Chamonix, au lendemain de l’UTMB 2014.

Frozen Ninja, marathon intérieur et UTMB

Février. Le mois de l’année le plus court qui m’apparait souvent le plus long…

Je ne vais pas me plaindre de l’hiver. Au moins nous en avons un cette année, avec neige et grands froids à volonté. Un hiver bien installé qui me fait ressembler à un Frozen Ninja lors de mes sorties sur route ou en trail. Un bon test d’endurance à tous les niveaux. Mais tranquillement, je commence à rêver au printemps. J’ai hâte de dégeler et de courir léger. Si les «pelures d’oignons» sont parfaites pour survivre par temps froid, je préfère de loin en avoir moins sur le corps. Et surtout, j’ai très, très envie de fouler à nouveau le sol – la terre, les racines et les roches – de mes sentiers préférés.

Je refuse de me plaindre de la température, mais le fait est qu’on y goûte pas mal cette année (j’écris ça et c’est LA journée où il fait doux pour la première fois depuis longtemps…). C’est pourquoi j’ai choisi le mois de février pour diminuer – un peu – mon entraînement. Après un sérieux passage à vide en septembre et mon (second) DNF au Virgil Crest 100, j’ai repris du poil de la bête et mon désir de courir et de me mesurer à d’autres ultras est revenu. J’ai accumulé pas mal de kilomètres en novembre, décembre et janvier, et je n’ai participé qu’à une seule course, soit le Demi Marathon des Microbrasseries début novembre (j’y ai pris grand plaisir sans chercher à faire un record personnel et c’était le but). À présent, je ralentis un peu la cadence histoire de repartir en force au mois de mars.

Et mars commencera de solide façon avec les 50 km intérieur du Marathon Intérieur de Montréal JOGX.

50 kilomètres à courir sur une piste de 200 mètres.  250 tours. Ça va faire mal and it’s all good! Je ne vise pas de temps particulier. Je vise plutôt à être constant. Un exercice mental, oui, mais aussi de pacing. Si j’arrive à tenir un bon rythme de course sur la durée, j’en serai extrêmement ravi. Si tout va pour le mieux, je vais en profiter pour tester mon allure marathon en prévision d’Ottawa. Il est encore tôt et je ne pense pas pouvoir le maintenir tout du long. Je verrai. L’idée principale reste d’être le plus régulier possible, le plus longtemps possible. Penser métronome et tenir le coup. L’an dernier, au Marathon Intérieur, j’avais sérieusement perdu le rythme autour du 33ième kilomètre. Cette année, j’en aurai 7.8 de plus à courir. Je devrai lutter contre l’envie de commencer rapidement. C’est toujours tentant, au départ. On est toujours un peu «innocent» de ce qui s’en vient… Et un (ultra) marathon intérieur, c’est loin d’être une blague!

Une chose est certaine, je risque pas d’avoir froid…

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Frozen Ninja après une quinzaine de kilomètres

au Mont St-Bruno.

En planification de ma saison 2014, je me suis inscrit à quelques «loteries»: Western State, Hardrock et Massanutten. Je souhaitais surtout être pigé pour le Western State. C’eut été le cas et le plan était de m’inscrire au Grand Slam of Ultrarunning qui consiste à courir le Western State, le Vermont 100, le Leadville 100 ainsi que le Wasatch Front 100 dans le même été. Pour ce faire, on a pas le choix, on doit absolument être pigé au WS100. Ça n’a pas fonctionné, la loterie m’ayant laissé en plan. Idem pour le Hardrock – là, je m’y attendais, très peu de places sont disponibles pour cette course. Pour le Massanutten, je suis sur la liste d’attente cette année, en assez bonne position semble-t-il pour être assuré d’une participation. Mais voilà, l’UTMB m’a pris par surprise. Et je ne ferai pas le Massanutten en 2014.

La loterie de l’UTMB (l’Ultra-Trail du Mont-Blanc) attire plusieurs milliers de coureurs/coureuses. J’explique grossièrement. Pour pouvoir s’inscrire à la loterie, il faut récolter 7 points (bientôt 8) en trois courses qualificatives. Les courses de 100 miles donnent généralement 4 points, celles de 50 miles, 3 points et celles de 50 km, 1 ou 2 points dépendant de la difficulté du parcours. Si l’on est inscrit à la loterie et que notre nom n’est pas pigé, on a le choix: soit être transférer à une course de moins longue distance autour du Massif du Mont-Blanc (la TDS) ou bien ne rien faire et augmenter nos chances d’être choisi lors de la loterie l’année suivante. C’est dans cette optique que je me suis inscrit en décembre. Croyant mes chances plutôt minces sinon nulles pour cette année, je me disais que j’aurais une petite longueur d’avance en 2015. Mais le sort en a décidé autrement et voilà que le 29 août 2014, je serai prêt à prendre le départ d’une course absolument magnifique et mythique!

Pour avoir une idée à quoi ressemble l’UTMB, cliquez ici.

Ainsi l’UTMB devient ma course principale pour l’année 2014. Le défi est énorme. Je n’ai encore jamais couru sur un terrain semblable, à cette altitude, avec un pareil dénivelé. Beaucoup de travail en vue. En fait, à chaque pas de course que je fais depuis la mi-janvier, je pense Mont-Blanc…

Les courses à venir en 2014:

– 50 km du Marathon Intérieur de Montréal JOGX (mars);

– Demi Marathon Banque Scotia (avril);

– Marathon d’Ottawa (mai);

– Ultimate XC (juin);

– Vermont 100 (juillet);

– UTMB (août);

Après, on verra. Bien que je n’y sois pas encore inscrit, le Demi des Microbrasseries en novembre est dans mes plans. J’ai aussi un projet personnel de course sur lequel je vais me pencher dans les prochaines semaines.

J’ai la forte impression qu’il me reste encore quelques entrainements déguisé en Frozen Ninja et je suis ok avec ça.

Je sais aussi que le printemps n’est plus très loin. Et ça me plait assez!

UTMB-2010

I worked out

to make myself as strong

as water.

I have dreamed

myself back

to where

I already am.

NORTH, Jim HARRISON

Liberté

Une demie-heure plus tôt, j’étais allé voir les résultats sur le site web du marathon. Chez les hommes, Lelisa Desisa (ETH) l’a emporté en 2:10:22. Chez les femmes, Rita Jeptoo (KEN) en 2:26:25. J’ai cherché le nom de quelques connaissances pour voir leurs temps. En vain. La totalité des résultats ne semblait pas compilée. Je suis allé me préparer un petit espresso d’après-midi en réfléchissant au souper que j’allais préparer. Machinalement, j’ai pris mon iPhone et ouvert mon compte Twitter. Quelqu’un m’avait envoyé le message suivant: «As-tu vu ce qui est arrivé au marathon de Boston?» Non. Je n’avais pas vu. Je suis allé voir…

Le monde est parfois un endroit terrible, remplit d’horreurs et de bêtes sauvages – et je ne parle pas ici des ours, des loups et des lions de montagnes. Le monde dans lequel on vit peut parfois sembler être une sombre et cruelle bêtise. Et il arrive que le monde dans lequel on vit me désespère et m’écoeure.

Ç’a été le cas lundi alors que je regardais les explosions (en HD!…) passer en boucle. On peut rester avec ce sentiment et l’entretenir, cette infinie tristesse, cette désolation de l’âme. Mais ça ne mènera jamais à rien de bon. Alors, on choisit de voir l’autre côté de notre monde, celui où la beauté se renouvelle sans cesse, jour après jour, année après année, saison après saison. Un monde où la beauté, quand on prend la peine de s’y attarder, trouve toujours son chemin, même à travers les craques de l’absurde et de l’innommable. C’est le seul abri possible. Un abri fragile, bien sûr, mais le seul. Croire en la beauté par dessus l’horreur. Demeurer confiant face à l’humanité plutôt que trembler devant les lâches qui s’acharnent à la détruire. C’est de cette seule manière que l’on peut vivre.

Dès le lendemain j’ai lu une chronique qui disait qu’on ne courrait plus jamais comme avant. Penser, réagir de la sorte revient à donner raison à ceux qui prônent, prêchent et pratiquent la Terreur. Au contraire, je crois qu’il faut courir encore plus et encore plus librement qu’avant. Ce n’est pas la course à pied qui a été attaquée à Boston. C’est la liberté. Et succomber à la peur, c’est abandonner notre liberté, c’est la donner en pâture aux sauvages, aux lâches qui la refusent, qui la rejettent, qui la bafouent et qui la souillent constamment du sang d’innocentes victimes.

Des gens se sont inquiétés pour moi, croyant que je prenais part à la course.

Je n’ai pas encore «mérité» le marathon Boston. Oui, ce marathon se «mérite». Et peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier. À 45 ans, il me manque un bon 10 sinon 15 minutes pour m’assurer une participation, mon meilleur temps sur la distance étant de 3 heures 30 minutes et des poussières.

Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais rêvé de courir Boston. J’y ai seulement couru quelques kilomètres le long de la Charles River à l’été 2008. Mes rêves de course se portent plutôt vers les Ultras: le Western States 100, l’UTMB, Leadville, Hardrock, Massanutten… Mais depuis une semaine, les choses ont un peu changées. Si je ne crois pas pouvoir retrancher les minutes en trop au prochain marathon d’Ottawa à la fin mai – blessure qui traîne et la possibilité d’être au MMT100 une semaine avant -, il n’est pas dit que je ne tenterai pas ma chance à l’automne sur un autre parcours. Ça reste à voir. Peu importe que je sois à Boston ou non en avril 2014. J’y serai un jour.

Et le marathon, lui, y sera toujours.

boston-marathon-2013-modesto

«Les méchants qui outragent les bons ressemblent à celui qui lancerait un crachat vers le ciel. Le ciel ne pouvant pas être sali par le crachat, c’est (l’homme) lui-même qui est sali. Ils ressemblent encore à celui qui jetterait de la poussière contre un adversaire placé du côté d’où vient le vent; la poussière, ne pouvant pas atteindre l’adversaire, revient (sur elle-même) et contre celui (qui l’a jetée).»

Le BOUDDHA

«(…)La peur est une force qui aiguise nos sens. Avoir peur est un état de paralysie contre lequel on ne peut rien. Il est primordial de comprendre la différence (…)»

Marcus LUTTRELL

«You Can’t Always Get What You Want» – The Rolling Stones

Dans moins de quatre jours je serai fixé: ce sera l’UTMB ou ce ne sera pas.  C’est une question de chance maintenant, environ 30-40%. En comparaison, à la loterie du Western State 100 en décembre, c’était plutôt de l’ordre du 10%. Même moins.

Le tirage aura lieu samedi à 10:00 (heure de Paris). À mon réveil je saurai donc si je prendrai place sur la ligne de départ. Si oui, j’aurai une meilleure idée de tout le travail qui m’attend jusqu’au mois d’août prochain. Je pourrai y réfléchir tranquillement en courant dans les rues endormies et enneigées de mon quartier.

Et si ce n’est pas le cas, si la chance n’est pas de mon côté? Aucun mal. J’aurai droit à une priorité d’inscription pour 2013. Ce qui est mieux que rien quand on y pense. On ne peut pas tout avoir. Il suffit de ne faut pas trop s’en faire. De toute manière, peu importe ce qui arrive, il y aura d’autres courses. Encore. Et encore. Je pourrai aussi réfléchir à ça en courant…

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Dans la nuit de lundi à mardi.

J’ai rêvé comme un dingue que je courrais le Hardrock 100. Pas exactement une petite promenade au parc… Je me suis réveillé à 4 heures du matin, en sueur, complètement épuisé. Vidé, crevé. Incapable de retrouver le sommeil. Un putain de rêve en 3D. Le Hardrock, je veux bien. Mais pas quand je dors. Y aurait pas moyen parfois de rêver d’un «hamac au Mexique» et d’une cerveza por favor…?

Aujourd’hui.

Enrhumé comme rarement. Ceci explique-t-il cela? Trop couru dans mes rêves ou trop couru tout court?

Les mauvaises nuits, le manque de repos, n’aident en rien la bonne récupération.

Et on dirait que j’accumule un peu des deux…

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Aucun rapport avec la course ici.

Lecture: Les Imperfectionnistes de Tom Rachman. En attente: Les Corrections de Jonathan Franzen.

Musique: All At Once de The Airborne Toxic Event.

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Quand tout est calme.

Se faire un expresso bien serré. Prendre un bouquin de poésie – peu importe. Dans le cas présent, Octavio Paz. L’ouvrir au hasard, pointer son doigt et y lire:

Le monologue te guette à chaque pas, et ses exclamations, ses signes d’interrogation, ses nobles sentiments, ses points sur les i durant un baiser, son moulin de lamentations et son répertoire de miroirs brisés. Poursuis: tu n’as rien à te dire.

(Promenade Nocturne)

Maintenant, relire…

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