Pas d’excuses – on fonce!

Le VT100 dans moins de 3 jours.

Je ne suis pas aussi prêt que je l’aurais souhaité. Pas aussi aiguisé, affuté. Pas aussi on the edge qu’à pareille date l’an dernier. Depuis mon retour de Virginie et du Massanutten, j’ai beaucoup travaillé et mon entrainement en a souffert. Accumulation de fatigue et kilométrage moindre que prévu. Si je pense avoir réussi à garder une bonne base, ce ne sera rien pour «tout casser».

Je ne cherche pas d’excuse ici. Je suis simplement conscient qu’il me sera difficile d’atteindre les objectifs que je m’étais fixés pour cette année. Qu’à cela ne tienne! Ce sera ma troisième année au Vermont 100, je commence à bien connaitre le parcours et je vais là-bas avec l’intention de donner tout ce que j’aurai à donner. J’y vais pour faire ma course et vivre pleinement chaque instant de cette longue journée.

Il fera chaud aussi. En prévision, une température ressentie de 37C. Des orages possibles. Et une sérieuse humidité. Ça va être solide. En plus de courir, trois choses à faire et à maitriser: s’hydrater, s’alimenter, se refroidir. Simple, n’est-ce pas?

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Entrainement au Mont St-Bruno…

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…dans la chaleur.

Retour sur l’Ultimate XC.

Je n’ai pas blogué sur mon 58K de l’Ultimate XC à St-Donat le 29 juin dernier. Un horaire chargé m’a empêché de le faire. Et puis, honnêtement, j’ai fait une course lamentable. Je ne vais pas étirer la sauce. Ou la bouette. Pas d’excuses, encore une fois. Ça n’a tout simplement pas été ma journée. Bien sûr, les conditions ultra-boueuses des sentiers n’aidaient en rien, mais je sais pertinemment que j’ai «performé» bien en-deça de mes capacités.

J’ai connu une mauvaise course, mais j’ai fait un très bon entraînement. Dur sur le moral. Ça peut être payant, parfois.

Je n’ai pas blogué sur le 58K, mais plusieurs de mes amis et camarades de courses l’ont fait. Michel Caron, Joan Roch et Frédéric Giguère, entre autres, ont tous écrit d’excellents billets sur cette journée. Ça vaut la peine d’aller y jeter un coup d’oeil.

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Lutter, foncer.

Ce printemps, mon père s’est fait opéré pour un cancer de la gorge. Il a eu soixante-seize ans cette semaine, le 16 juillet. Il est solide, mon père. Un roc. Il suit ses traitements et il s’en remet très bien.

Pour la première fois en trois ans, il ne sera pas au Vermont 100 à me soutenir toute la journée et une partie de la nuit. Alors je l’emmènerai avec moi en pensées. Et je courrai pour lui dans les moments difficiles. Ou peut-être est-ce lui qui courra avec moi…IMG_2850

Allez. Pas d’excuses. On fonce.

Le corps cassé

toujours vivant

je traverse l’été

Sumitaku Kenshin

Halluciner des ours – Chronique du Massanutten 100 Mile Run

MMT100.

Le Massanutten Mountain Trails 100 Mile Run est une grosse, une très grosse «bestiole».

Situées dans la Shenandoah Valley en Virginie, les montagnes du Massanutten abritent plus de 300 miles de sentiers. Près de 483 kilomètres! On est loin du Mont St-Bruno et du Mont St-Hilaire. Le parcours du MMT, lui, couvre seulement 103 miles de trail parmi les 300.

Oui, 103 miles. Pas juste 100…

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Parcours et dénivelé du MMT100.

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Vendredi 17 mai, 16 heures. Jusqu’ici tout va bien, prise 1.

Samedi matin 18 mai, 2hrs45 – avant-course.

Je me réveille quelques minutes avant l’alarme de mon iPhone. Autour de moi, dans le «camping», les autres coureurs commencent eux aussi à s’agiter.

J’ai dormi. Un peu. Pas vraiment. Heureusement, la veille, j’ai eu une bonne nuit à l’hôtel (après avoir conduit une douzaine d’heures quasi non-stop de Boucherville à Woodstock VA). Je n’ai pas beaucoup dormi, mais je me sens bien. Je suis prêt pour le départ. En fait, j’ai juste hâte que la course soit lancée. Je prends mon petit déjeuner sous la tente: banane, petit pain plat aux canneberges et oranges, boisson d’électrolytes. Puis je me prépare consciencieusement, concentré sur chacun de mes gestes pour ne rien oublier. Une fois prêt, je range tout ce que je peux (vêtements, sac de couchage, bouffe, etc) dans le coffre de la voiture. De cette façon, il ne me restera qu’à démonter la tente à mon retour.

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Vendredi après-midi, installation de mon camp de base. Près des douches.

Après un rapide passage à la salle de bain (eau froide au visage et un bon brossage de dents), je quitte mon campement pour me rendre à pied au Quartier Général de la course – là où auront lieu le départ et l’arrivée, éventuellement. Ce n’est rien vue comme ça, une simple petite marche de 300-400 mètres en pente descendante sur un sentier… de roche. Massanutten Rocks! qu’ils disent sur le chandail. Ce n’est pas une blague. Ça commence même avant la course…

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Massanutten Rocks!

3hrs30. Solo racer.

Sous le grand chapiteau blanc qui sert de QG, les coureurs et coureuses se réunissent, plusieurs accompagnés de parents et amis. Je vais faire mon dernier check-in avant le départ (qui consiste à donner mon numéro de coureur et signifier ainsi que je serai bel et bien sur le parcours). Je suis inscrit dans la division Solo. Tous les 100 mile ont des participants qui courent sans équipe ni pacer, mais à ma connaissance, le Massanutten 100 est le seul à le souligner. Une simple petite distinction supplémentaire. Être un solo racer implique peu de choses en réalité. En-dehors du fait de ne pas avoir d’équipe ni d’accompagnateur pour les derniers miles, on a pas le droit de courir avec la musique de notre iPod ou autre appareil du genre et il nous est interdit de recevoir de l’aide extérieure autre que celle d’un ou d’une bénévole dans les stations d’aide ou d’un autre coureur sur le parcours. Autrement dit, on doit pouvoir se débrouiller seul. Un petit collant orange sur mon numéro indique que je fais partie de la division solo.

Mon check-in réglé, je vais me chercher un café. Je me tiens un peu à l’écart, salue quelques coureurs rencontrés la veille. Toute la nervosité que j’ai pu ressentir dans les derniers jours, voire dans les dernières semaines, semble s’être évaporée. Je sirote mon café, les oreilles remplies du brouhaha ambiant. La plupart des gens présents autour de moi se connaissent. Soit par le VHTRC (Virginia Happy Trail Running Club), soit pour avoir déjà couru le MMT100, soit pour s’être croisé lors d’un précédant 100 mile. Pourtant, je ne me sens pas exclu. Je sais – je sens – que je suis à ma place. En ce moment même, je ne voudrais être nulle part ailleurs qu’ici. Je ne pense pas à la blessure qui m’a mis sur le carreau tout le mois de mars et une bonne partie du mois d’avril ni à l’entrainement de pingouin qui s’en est suivi. Je suis vraiment dans le here and now et ici et maintenant, je me prépare à courir un 100 mile réputé comme étant le plus difficile de la côte Est des États-Unis. Et j’adore ça!

Le départ.

À 4 heures précise, on se lance. Nous sommes à peu près 200 à entreprendre l’aventure. La température avoisine déjà les 20 degrés C. Il fait très humide. La journée s’annonce chaude. Des orages sont prévus. Mais je ne pense pas à ça. Je prends ma place au milieu du groupe. On traverse un champ gazonné avant de bifurquer à droite sur une route de gravier. Tranquillement, le groupe compact se disloque. De petites grappes se forment, s’éloignent les unes des autres. On suit cette route qui monte en pente douce durant les premiers 6 kilomètres et demi, jusqu’à la Aid Station (AS) #1, Moreland Gap, qui n’est en fait qu’un point de ravitaillement en eau et Gatorade. Je ne m’y arrête même pas, mes deux bouteilles sont encore pleines. À partir de là, on tourne à droite et on entre dans la forêt par un sentier singletrack. C’est ici qu’apparaissent les fameuses roches. Un avant-goût de ce que sera la majeure partie des prochains 159 kilomètres…

Aller trop vite.

J’ai dépassé pas mal de monde dans la première section et je maintiens un bon rythme une fois dans les sentiers et dans la longue montée qui s’en suit. Je suis un autre coureur sans trop lui pousser dans le dos. Il finit par me laisser passer au bout d’un moment même si je n’ai rien demandé. Un peu plus loin, c’est un autre coureur qui me dépasse. Ce sera le même manège pour toute la durée de la course. Il fait encore noir, mais à travers le feuillage des arbres, je distingue la lueur naissante du jour à l’horizon. Je souris. Je pourrais me pincer tellement j’ai du mal à croire que je suis là, à courir dans les montagnes du Massanutten.

Aux environs de 6 heures 20, j’arrive à la Station d’Aide #2, Edinburg Gap. Je suis un peu – beaucoup – en avance sur mon temps à cette station. Je prévoyais y être vers les 6:45. Bonne ou mauvaise nouvelle? Les deux: Bonne parce que ça va vraiment très bien, mieux que je l’aurais imaginé, et mauvaise parce que… je vais peut-être trop vite.

Une bénévole remplit mes bouteilles pendant que je mange du melon et des morceaux de bananes. J’avale deux S!Caps (capsules de sodium et potassium) avec un verre de Gatorade et je repars aussitôt… en oubliant de laisser ma lampe frontale dans le drop bag que j’avais prévu à cet effet. Mon prochain drop bag est dans 42 kilomètres. Tant pis. Je devrai courir avec ma frontale jusque là-bas. Je la garde autour de la tête encore une heure ou deux avant de finalement l’enrouler autour de mon poignet droit.

Peu de temps après avoir quitter l’AS#2, j’attaque une longue montée rocheuse d’un bon pas. J’y rejoins deux coureurs, un homme et une femme qui semblent se connaitre et qui discutent. Je me tiens derrière eux, leur marche rapide me convenant parfaitement. Au bout d’un court moment, l’homme me propose de passer, mais je décline poliment, ralentissant même un peu pour ne pas trop les coller. J’ai encore cette impression d’être trop rapide en début de course, je préfère me retenir un peu pour ne pas «exploser» trop tôt. Je me dis qu’une fois rendu en haut, je pourrai toujours les dépasser sans problème. Je les écoute bavarder distraitement. Je comprends qu’ils en sont tous deux à leur 5 ou 6ième MMT100, ce qui en soi est déjà très impressionnant. On continue à monter, monter, monter. Puis j’entends l’homme dire à la femme qu’il a terminé en 22 heures 22 minutes et des poussières l’an dernier. Oups! Décidément je vais trop vite!

Comme c’est ma première fois sur ce parcours et étant donné sa réputation ( et je ne parle même pas de mes derniers mois d’entrainement plutôt ratés), mon temps rêvé se situe entre 25 et 27 heures de course. Mon temps «réaliste», lui, entre 28 et 30 heures. Mais pas en 22 heures 22 minutes et des poussières!

À nouveau, l’homme me propose de passer. À nouveau, je décline. Cette fois en rigolant un peu.

Naturellement, une fois rendu au sommet, il prend largement les devants et file comme une flèche.

Je continue avec la femme qui s’avère être Kathleen Cusick. Si son nom ne m’est pas inconnu, je n’arrive pas à me rappeler où je l’ai entendu. Ça ne me reviendra que beaucoup plus tard: Kathleen Cusick a remporté le VT100 chez les femmes en juillet 2012 en 18 heures 28. Au final, elle terminera le MMT100 en 3ième position chez les femmes avec un temps de 27 heures 13 minutes. Très sympathique. (Elle devrait être de retour au Vermont cette année.)

Au bout de 2 ou 3 kilomètres, je dois m’arrêter. Pipi time. J’en profite aussi pour descendre un gel au beurre d’arachides. Hé oui! c’est comme ça, on fait une chose puis une autre sans se poser de question! Je repars assez rapidement, mais je suis bien incapable de rattraper Miss Cusick qui est déjà loin…

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Jusqu’ici tout va bien, prise 2.

Ours et serpents.

Peu avant d’arriver à l’AS#5, Elizabeth Furnace, il y a un ours noir pas très loin à gauche du sentier. C’est dans une longue descente. Je réduis considérablement mon allure. Je suis habitué aux chevreuils, aux ratons laveurs, aux lièvres et à d’occasionnelles tortues, même aux renards et aux moufettes. Mais pas aux ours. Je me fais fait le plus discret possible puis je reprends ma course sans regarder derrière. Avec le rythme cardiaque un peu plus élevé qu’à la normale

Un peu plus loin, je rejoins un autre coureur qui lui sursaute en m’entendant arriver.

Il croyait que j’étais l’ours. Il me demande si je l’ai vu. Je dis oui. On fait un bout de chemin ensemble. Il en est à son deuxième MMT100. Il n’avait encore jamais vu d’ours. Mais il me parle d’un serpent à sonnettes sur son parcours, l’année dernière.

Je préfère ignorer son histoire…

Vague de chaleur.

Shawl Gap Parking. AS#6. Mile 38.

61 kilomètres de couru jusqu’à maintenant. Il fait chaud et humide, mais par chance les nuages nous évitent les rayons directs du soleil.

À Shawl Gap, je peux enfin me départir de la lampe frontale que je traine depuis trop longtemps. Je mets de l’eau fraîche dans mes bouteilles, je reprends quelques GU aux beurre d’arachides dans mon drop bag. Je mange des fruits, quelques bretzels, et me visse une casquette blanche sur ma tête. Je commence à avoir mal à la jambe gauche, au niveau de la bandelette (IT band). Aussi je me mets un bandage spécial en Néoprène pour aider. Mais le mieux reste encore d’ignorer la douleur et de me concentrer sur une seule chose: Avancer.

Chaleur et fatigue conjuguées, j’ai ralenti de beaucoup. Il n’y a que 5 kilomètres entre la station #6 et la #7, Veach Gap Parking, et ils se font plutôt bien, même si mes jambes souffrent dans les descentes. Mais de Veach Gap jusqu’à la prochaine station, Indian Grave Trailhead (AS#8), un solide 14 kilomètres nous attend. Et comme toujours, ça commence en montant.

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Début de la montée entre Veach Gap et Indian Grave Trailhead.

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Petite pause à mi-chemin.

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Puis ça continue… Pour redescendre une fois en haut.

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Changements.

J’ai prévu changer de chaussures à la station #9, Habron Gap Parking. Les 6.27 kilomètres entre Indian Grave Trailhead et Habron Gap Parking se font sur une route de gravier. J’en cours une bonne partie mais je peine à garder une allure «confortable». Je me concentre sur le fait qu’à Habron Gap près de 87 kilomètres auront été parcouru. Plus de la moitié. Et qu’aussi, je vais enfin pouvoir mettre mes pieds dans mes Mountain Masochist!

J’ai commencé la course avec les Bajada, eux aussi de Montrail. S’ils ont bien fait, ce ne sont pas mes Mountain Masochist, et je commence à ressentir des points chauds autour de mes pieds, je devine quelques ampoules naissantes.

À Habron Gap Parking, je prends le temps de m’asseoir et de faire les changements qui s’imposent. Les bénévoles m’aident à être le plus efficace possible. On m’offre un bol de nouilles Ramen que je dévore. Je bois quelques verres de Gatorade. Je suis prêt à repartir. Je remercie les bénévoles. Si mon souvenir est bon, il est à peine passé 16 heures quand je reprends le sentier.

Je débarque à la station #10, Camp Roosevelt, 3 heures plus tard.

Il est 19 heures et Camp Roosevelt est considéré comme l’endroit «ça passe, ou ça casse». C’est ici, au mile 63.9, que la plupart des gens qui veulent abandonner le font. La raison est fort simple: le campement principal et le QG de la course sont à peine à 5 minutes de marche. Cinq petites minutes, une route à traverser et c’est terminé, on rentre à la maison!

De mon côté, il y a longtemps que ma décision est prise: pas question d’abandonner. Je vais finir cette course. Sur les genoux, s’il le faut. Mais je vais finir.

J’ai jonglé plusieurs fois avec l’idée d’abandonner au cours de la journée. Je crois qu’on y pense tous à un moment ou à un autre, c’est normal. La tache est énorme. Tous les os, tous les muscles, toutes les fibres de notre corps nous font mal. On a juste envie de dire: «Bah! une prochaine fois!» Le hic, c’est qu’il n’y aura peut-être pas de prochaine fois. Aussi bien terminer ce qu’on a entrepris. C’est plus simple. Plus difficile peut-être. Mais tellement plus gratifiant.

J’en vois donc quelques uns, qui semblaient en meilleures conditions que moi un peu plus tôt, débarquer et prendre le chemin des tentes et des voitures. Je n’ai aucune envie de faire comme eux.

En allant chercher mon drop-bag, je rencontre Stéphanie, une québécoise installée en Virginie depuis une quinzaine d’années. Nous sommes entrés en contact grâce à Ultramarathon Québec. Stéphanie est bénévole à Camp Roosevelt depuis le milieu de l’après-midi et plus tard, elle accompagnera une de ses amies pour l’aider à terminer la course. J’ai prévu ici un plus long changement, histoire de me préparer pour la nuit. J’enlève ma camisole et enfile un tee-shirt. Je prends ma nouvelle lampe frontale. À partir de maintenant, je vais courir avec ma veste Spry d’Ultraspire (je l’enlèverai plus tard, la laissant dans mon dernier drop-bag). Il tombe une fine pluie. Dans ma veste de course, j’ai un coupe-vent imperméable, des batteries de rechange pour ma frontale, un peu de bouffe. Pendant que je me prépare, Stéphanie m’apporte un autre bol de Ramen. Elle remplit aussi mes bouteilles avec de l’eau fraîche. Dix minutes tout au plus et je suis prêt. Je descends rapido 2-3 verres de Gatorade à la lime. Et me voilà reparti.

Cette fois pour la longue, longue nuit…

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Les roches, la nuit…

La nuit, une erreur de Pee-Wee et dormir en marchant.

Je viens de quitter Visitor Center, AS#12. Il est passé minuit. J’ai mangé deux bonnes pointes de Quesadillas au fromage et un bol de Ramen. J’ai un regain d’énergie. La section entre l’AS#12 et l’AS#13 n’est que de 5 kilomètres et elle se court bien. Jusqu’à ce que ma lampe frontale se mette à clignoter et baisse d’intensité. La pile est vide. C’est une pile rechargeable, mais je peux la remplacer par deux piles AAA. Je m’installe sur une roche et entreprends le changement. Par chance, j’ai mon iPhone avec moi. Pas pour texter ni pour téléphoner, mais pour prendre des photos. J’ouvre l’application Flashlight pour m’éclairer. J’enlève la pile rechargeable de la frontale, installe les deux AAA. Rallume la frontale. Nada. Fucking nada. Pas de lumière. Pour avoir une idée de comment il fait noir, c’est comme si j’étais enfermé dans un garde-robe de cèdre: ça sent le bois tout autour et je ne vois même pas ma main devant mes yeux. Impossible de continuer. J’essaye avec la lumière du iPhone. Je vois à peine à deux pieds devant et la pile va se décharger dans le temps de le dire. Je maudits vraiment la pile rechargeable et surtout, surtout! mon erreur de Pee-Wee d’avoir pris cette lampe! Je me réessaie avec les triple A. Je les ai achetées le vendredi matin avant la course, impossible qu’elles soient vides! En fait, c’est le système de rechange de la lampe qui est mal foutu et au bout de ce qui me parait être d’interminables minutes, j’y arrive et la lampe s’allume enfin. Pour se remettre à clignoter. Lorsque le clignotement cesse, l’éclairage n’est pas fameux. Je prends la lampe dans ma main pour éclairer juste devant moi et je me remets à courir en direction de Bird Knob, l’AS#13, où je pourrai peut-être emprunter une lampe de poche. J’ai une autre lampe frontale dans mon drop-bag à l’AS#14. Dans plus de 10 kilomètres… Faut tenir le coup!

À Bird Knob, j’explique mon problème et on se fend en quatre pour m’aider. Je me retrouve avec trois lampes de poche! On me dit de les donner à celui qui s’occupe de Picnic Area, l’avant-dernière station d’aide (AS#14). J’ai perdu une bonne vingtaine de minutes avec toute cette histoire de lampe et je repars de Bird Knob sans rien manger. Pour cette raison peut-être, je frappe joliment un mur, et si j’arrive à courir quelques portions de route, je marche en chancelant dans les montées, comme un ivrogne. C’est tout juste si je ne dors pas en marchant.

J’arrive à Picnic Area 2 heures et 15 minutes après avoir quitter Bird Knob. 2 heures 15 minutes pour 10 kilomètres. Il est prêt de 4 heures du matin et je suis cuit. Je remets les lampes de poche à un dénommé Quincy, je m’assois sur une chaise et prends ma bonne lampe frontale dans mon dernier drop-bag. J’enlève ma veste de course. Je n’en aurai plus besoin. Je me force à manger un peu, mais c’est plus difficile. Quand je sens que la chaise est sur le point de «m’avaler» pour de bon, je me lève d’un coup, reprends mes bouteilles et je fous le camp.

Halluciner des ours au petit matin.

Le jour s’est levé. Il est 6 heures du matin quand j’émerge du bois dense et feuillus et me retrouve sur un chemin de terre dans une partie de la montagne ravagée par un feu de forêt. La scène est surréaliste. Du brouillard, un matin gris, l’odeur de bois brûlé mêlée à l’humidité et… des ours noirs partout!

Du moins c’est ce que je crois voir. Car il s’agit bien sûr de souches et de morceaux de bois calcinés. N’empêche. À chaque dizaine de mètres, j’en vois un. Si je n’étais pas aussi épuisé, je crois bien que je rirais. J’hallucine des ours! Un peu plus loin, c’est un loup que je vois, avec ses oreilles pointues et son long museau, mais comme j’aime beaucoup les loups, ça me fait moins freaker.

Le manque de sommeil me fait halluciner, comme si j’avais pris une substance quelconque!

Deux fois je me suis assis sur une roche pour dormir un peu entre 4 et 5 heures du matin. Juste une poignée de petites minutes à chaque fois. Juste ça m’a fait me sentir mieux. Mais pas assez, semble-t-il, pour empêcher mon imagination de délirer.

À présent, entouré d’ours et d’un loup imaginaires, je cours les deux derniers kilomètres qui me mèneront à l’AS#15, Gap Creek II (je suis passé par Gap Creek il y a déjà longtemps, vers les 21 heures), dernier arrêt avant d’attaquer les 11 kilomètres de la section finale.

Home stretch.

Je ne perds pas de temps à Gap Creek II. Il est temps d’en finir. J’entreprends la dernière montée, que j’ai déjà fait beaucoup plus tôt, et qui me semble étrangement moins brutale que la première fois. À mi-chemin, il y a une pancarte avec une flèche indiquant la voie à suivre. Sur la pancarte, il est écrit: 98 miles. Tout de suite, je me dis: Allez, encore deux petits miles et c’est terminé, juste 3 derniers kilomètres à faire, et ça descend en plus, c’est dans la poche!

Je commence à descendre à travers les roches, j’essaie d’aller le plus vite possible tout en évitant de me blesser. Je dépasse un coureur. Je descends, descends, puis arrive à une nouvelle route de gravier. À partir de là, j’évalue qu’il doit me rester un mile à courir.

Je suis dans l’erreur. J’ai oublié que le Massanutten ne fait pas 100, mais bien 103 miles! Ce qui veut dire qu’au 98ième mile, il ne m’en restait pas deux, mais cinq! 5 miles. 8 kilomètres!!! Probablement les plus douloureux que j’aurai couru de toute cette longue journée!

La route n’en finit plus. À chaque tournant, j’espère arriver au bout, mais ça continue encore et encore. Ce ne sont plus des ours que j’hallucine, mais des gens endormis contre les arbres! Je crois voir des pancartes au loin mais ce sont simplement des feuilles séchées sur des branches. Je ne me souviens pas avoir été aussi fatigué, aussi épuisé. Mais au moins, je cours. J’y arrive encore. Je m’accroche.

Puis, j’arrive à un embranchement et je tourne à droite. Le coin m’est familier. J’entends une faible musique. La fin est proche. Un gros 4X4 blanc arrive face à moi et le conducteur sort la tête de sa fenêtre. Il crie: Good job, Rockstar!!!

Je ne comprends pas trop pourquoi il me traite de rockstar. Je tente un sourire, c’est plutôt un genre de grognement qui sort de ma bouche. Et puis, oui, ROCKstar, ha ha! Je comprends. Cool. Mais j’ai surtout envie de demander: Est-ce que j’arrive bientôt…?

En fait, je suis arrivé. À plus ou moins 500 mètres. Le 4X4 sort du camping où je suis moi-même installé. Je quitte la route pour prendre un petit sentier qui descend vers un ruisseau. Au ruisseau, je m’arrête cinq secondes pour y mouiller mes pieds. L’eau glacée imbibe mes espadrilles et me rafraichit instantanément. Dieu que c’est bon! Je reprends ma course en suivant les petits drapeaux du parcours qui dessine un grand demi-cercle dans le champ de gazon où nous avons pris le départ, samedi matin à 4:00:00. On est dimanche maintenant. Je franchis la ligne d’arrivée après 28 heures 48 minutes 13 secondes de course.

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Encore quelques mètres.

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Et voilà!

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Le travail fait, je sers la main de Kevin Sayers, le directeur de course.

L’après-course.

Une fois arrêté, mes jambes me font un mal de chien, mais je n’ai pas envie de m’asseoir. Je sers la main de quelques coureurs et coureuses, puis je me dirige vers le coin déjeuner. J’ai terriblement faim! Je me prends une bonne portion d’omelette aux légumes et plusieurs grosses tranches de bacon croustillant roulé dans le poivre. J’avale ça tout rond avec un café. Il y a des matelas de sol dans un coin sous la tente. Je décide d’aller m’y étendre pour dormir un peu. Mais avant, je préfère prendre une douche, démonter ma tente et ramener ma voiture dans le stationnement plus près. Pour ce faire, il me faut remonter les 300-400 mètres du début, ce petit sentier dont j’ai déjà parlé. Ce n’est pas si terrible que ça, juste très, très lent…

La douche me fait le plus grand bien. Mettre des vêtements propre et secs aussi. Me brosser les dents, un bonheur!

Je démonte ma tente en un rien de temps et je la range en boule dans mon grand sac North Face. Je la roulerai comme il faut une fois de retour à la maison.

Vers 9 heures 30, je suis de retour sous la tente du QG, à l’arrivée, et je m’étends sur un des matelas. Je m’endors sur le champ, mais me réveille au bout d’une heure à cause de la douleur dans mes jambes, douleur surtout due à des spasmes musculaires. Je reste étendu là encore un moment avant d’aller récupérer mes drop-bags.

Je passe une bonne partie de la journée à applaudir les coureurs qui arrivent. Le temps limite de la course est de 36 heures. Elle se terminera donc officiellement à 16 heures. Je retrouve Stéphanie qui a passé plus de 15 heures à pacer son amie! On bavarde en attendant deux de ses camarades de course. Je suis là pour l’arrivée de Bruce qui, après trois essais infructueux, termine son premier MMT100. Je l’aide à s’asseoir et la première chose qu’il me dit, c’est: Never again! Ce qui, en langage d’Ultrarunner, veut à peu près dire: See you next year!

Bruce, Stéphanie et moi attendons de voir apparaître Gary Knipling. Gary est une légende ici. À 69 ans, il est sur le point de terminer son 16ième Massanutten 100! Un record pour cette course. Je voudrais bien revoir Gary, lui serrer la main et le féliciter. Mais à 14:30, j’ai ma dose. Je suis complètement épuisé. Je veux rentrer à l’hôtel, parler à ma famille, boire une ou deux ou trois bonnes bières fraîches et me coucher.

Je salue et remercie Stéphanie et Bruce, leur demande de transmettre mes félicitations à Gary, puis je quitte.

On se revoit l’an prochain, Massanutten 100. Je l’espère bien!

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Liberté

Une demie-heure plus tôt, j’étais allé voir les résultats sur le site web du marathon. Chez les hommes, Lelisa Desisa (ETH) l’a emporté en 2:10:22. Chez les femmes, Rita Jeptoo (KEN) en 2:26:25. J’ai cherché le nom de quelques connaissances pour voir leurs temps. En vain. La totalité des résultats ne semblait pas compilée. Je suis allé me préparer un petit espresso d’après-midi en réfléchissant au souper que j’allais préparer. Machinalement, j’ai pris mon iPhone et ouvert mon compte Twitter. Quelqu’un m’avait envoyé le message suivant: «As-tu vu ce qui est arrivé au marathon de Boston?» Non. Je n’avais pas vu. Je suis allé voir…

Le monde est parfois un endroit terrible, remplit d’horreurs et de bêtes sauvages – et je ne parle pas ici des ours, des loups et des lions de montagnes. Le monde dans lequel on vit peut parfois sembler être une sombre et cruelle bêtise. Et il arrive que le monde dans lequel on vit me désespère et m’écoeure.

Ç’a été le cas lundi alors que je regardais les explosions (en HD!…) passer en boucle. On peut rester avec ce sentiment et l’entretenir, cette infinie tristesse, cette désolation de l’âme. Mais ça ne mènera jamais à rien de bon. Alors, on choisit de voir l’autre côté de notre monde, celui où la beauté se renouvelle sans cesse, jour après jour, année après année, saison après saison. Un monde où la beauté, quand on prend la peine de s’y attarder, trouve toujours son chemin, même à travers les craques de l’absurde et de l’innommable. C’est le seul abri possible. Un abri fragile, bien sûr, mais le seul. Croire en la beauté par dessus l’horreur. Demeurer confiant face à l’humanité plutôt que trembler devant les lâches qui s’acharnent à la détruire. C’est de cette seule manière que l’on peut vivre.

Dès le lendemain j’ai lu une chronique qui disait qu’on ne courrait plus jamais comme avant. Penser, réagir de la sorte revient à donner raison à ceux qui prônent, prêchent et pratiquent la Terreur. Au contraire, je crois qu’il faut courir encore plus et encore plus librement qu’avant. Ce n’est pas la course à pied qui a été attaquée à Boston. C’est la liberté. Et succomber à la peur, c’est abandonner notre liberté, c’est la donner en pâture aux sauvages, aux lâches qui la refusent, qui la rejettent, qui la bafouent et qui la souillent constamment du sang d’innocentes victimes.

Des gens se sont inquiétés pour moi, croyant que je prenais part à la course.

Je n’ai pas encore «mérité» le marathon Boston. Oui, ce marathon se «mérite». Et peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier. À 45 ans, il me manque un bon 10 sinon 15 minutes pour m’assurer une participation, mon meilleur temps sur la distance étant de 3 heures 30 minutes et des poussières.

Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais rêvé de courir Boston. J’y ai seulement couru quelques kilomètres le long de la Charles River à l’été 2008. Mes rêves de course se portent plutôt vers les Ultras: le Western States 100, l’UTMB, Leadville, Hardrock, Massanutten… Mais depuis une semaine, les choses ont un peu changées. Si je ne crois pas pouvoir retrancher les minutes en trop au prochain marathon d’Ottawa à la fin mai – blessure qui traîne et la possibilité d’être au MMT100 une semaine avant -, il n’est pas dit que je ne tenterai pas ma chance à l’automne sur un autre parcours. Ça reste à voir. Peu importe que je sois à Boston ou non en avril 2014. J’y serai un jour.

Et le marathon, lui, y sera toujours.

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«Les méchants qui outragent les bons ressemblent à celui qui lancerait un crachat vers le ciel. Le ciel ne pouvant pas être sali par le crachat, c’est (l’homme) lui-même qui est sali. Ils ressemblent encore à celui qui jetterait de la poussière contre un adversaire placé du côté d’où vient le vent; la poussière, ne pouvant pas atteindre l’adversaire, revient (sur elle-même) et contre celui (qui l’a jetée).»

Le BOUDDHA

«(…)La peur est une force qui aiguise nos sens. Avoir peur est un état de paralysie contre lequel on ne peut rien. Il est primordial de comprendre la différence (…)»

Marcus LUTTRELL

La Chute du Diable Mountain Hardwear/Montrail

Le 1er septembre prochain, en Mauricie, aura lieu la première édition officielle de l’évènement de course en sentier La Chute du Diable Mountain Hardwear/Montrail. C’est avec plaisir que j’ai accepté l’offre de Michel Lampron et Mario Villemure d’être leur Président d’Honneur pour 2013. Plusieurs parcours seront proposés, du 1 km pour enfants au 50 km pour les plus aguerris, en passant par les 3, 5, 10 et 25 km. Il y en aura pour tous, petits et grands. Michel et Mario nous préparent, j’en suis convaincu, un weekend de course mémorable.

Voici un aperçu du National 50 km:

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On va s’amuser, c’est certain! Je n’ai encore jamais couru dans ce coin de pays et j’ai bien hâte d’y fouler les sentiers. Si tout se passe bien niveau blessure, ce 50 km sera un très bon test préparatoire pour le Virgil Crest 100 qui aura lieu trois semaines plus tard. Comme j’ai une petite revanche à prendre là-bas, aussi bien mettre toutes les chances de mon côté!

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À la conférence de presse du 2 avril, avec Mario Villemure et Michel Lampron, deux passionnés de trailrunning.

Les inscriptions sont ouvertes, n’hésitez pas!

«Le courage croît en osant et la peur en hésitant.»

– Proverbe roumain

Lors de la conférence de presse du 2 avril, j’ai eu l’occasion de déguster les excellentes bières de la micro-brasserie Le Trou du Diable. Après une course, il n’y a rien de meilleur qu’une vraie bonne bière (et un burger!). Celles du Trou du Diable seront à placer en tête de liste!

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On court ensemble en septembre?

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Voie de garage

En janvier, 317.76 km de course. En février, 308.60 km. En mars… une catastrophe: 163.66 maigres kilomètres, la plupart douloureux.

Les blessures, les douleurs plutôt, vont et viennent. En générale, elles sont mineures et ne portent pas trop à conséquence. Un ou deux jours de repos et hop! on repart. Mais voilà que début mars, il y en a une, de douleur, qui est apparue à l’arrière et sur le côté externe de ma jambe gauche. J’ai cru faire ce qu’il fallait. Courtes pauses, massages réguliers, glace, Voltaren, puis retour à l’entrainement. Sans grand succès. Comme j’ai une tête dure d’ultrarunner– un tête de cochon, on peut dire -, j’ai continué à courir en me disant que ça allait passer…

Force est de constater que ça ne passe pas.

Alors que le printemps semble vouloir enfin s’installer pour de bon, je me retrouve sur la voie de garage. Plus de course à pied pour moi pour les deux prochaines semaines, au moins. Après, on verra. Il est bien évident que mon 100 miles en Virgine le 18 mai est sérieusement compromis. Je n’ose encore dire que j’annule ma participation, mais le fait est que je ne peux pas me présenter au Massanutten avec une jambe qui déconne dès le départ. Et il n’est pas question que j’hypothèque le reste de ma saison par orgueil. Je vais donc profiter de ces deux semaines pour réfléchir à tout ça. Advenant une guérison «rapide», aurai-je le temps de bien me reconditionner pour les exigences du MMT100? Ça reste à voir. Et à prendre en considération. La neige étant fondue, j’aurai accès aux sentiers et aux montagnes, mais aurai-je le temps d’y courir assez longtemps et en assez bonne forme…?

Il est bien entendu que je ne vais pas passer ces deux semaines couché sur le dos en attendant que les jours passent. J’ai des rendez-vous  en massothérapie qui déjà semblent doucement porter fruits. Je me fais des traitement de glace. Et je peux nager, faire du vélo et de l’elliptique sans problème. Je vais me concentrer là-dessus. Retourner au gym et faire tout en mon pouvoir pour garder la forme et compenser mon manque de course.

Je préfère toujours regarder le côté positif des choses. Ça devrait aller, dans ce cas. Sinon, je me referai à neuf en mai-juin et viserai un solide VT100 en juillet et un tout aussi solide Virgil Crest en septembre.

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Pour le mois de mars, je prévoyais entre 350 à 400 km de course et pour avril, entre 400 à 500 km. C’est dire combien je suis loin du compte! J’ai une base d’endurance solide, je ne m’en fais pas trop avec ça. Mais n’empêche…

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When you rise in the morning, give thanks for the light,  for your life,  for your strength. Give thanks for your food and for the joy of living. If you see no reason to give thanks, the fault lies in yourself.

Tecumseh

Alimentation: entraînement et course

Je me suis peut-être mal exprimé dans mon dernier billet au sujet de mon alimentation avant entraînement. J’ai écrit que j’allais courir très tôt, avant déjeuner, et donc laissais entendre que je cours à jeun. Ce qui est faux. Je ne cours jamais à jeun. Je pourrais le faire pour un  4-5 km. Plus de 5 km, je n’irais pas loin. Mais lorsque je pars vers les 5 heures du matin, je mange très peu. En générale, un petit pudding de soya au chocolat ou un yaourt (qui passe parfois moins bien) et une banane. Un espresso court et de l’eau. Voilà. Je déjeune pour de bon à mon retour. Et je emporte toujours avec moi un ou deux gels juste au cas, mais je les prends rarement dans des entrainements de moins de 20 kilomètres.

Aussi en hiver, je transporte rarement de l’eau avec moi sauf lors de longues sorties sur route ou en trail. Je bois bien avant de partir et je me réhydrate au retour avec de l’eau de noix de coco (40mg de sodium, 15g de sucre, 680mg de potassium et 60 calories pour 330ml).

Lorsque je me lève en semaine avec la famille et que je vais courir après avoir reconduit ma petite dernière à la garderie, mon déjeuner habituel consiste en ce que j’ai baptisé un Ultrashake. Voici:

– Une poignée de bébés épinards;

– Une petite banane;

– Quelques morceaux de mangue congelés (ou bleuets, ou fraises, c’est selon);

– 2 dattes fraîches dénoyautées;

– 1 cuillère à table de graines de Chia ou de graines de lin moulues*;

– 1 cuillère à table de psyllium (facultatif)*;

– Lait de soya nature non-sucré.

On passe tout ça au mélangeur et voilà le travail. Naturellement, on peut remplacer le lait de soya par le lait qu’on préfère, que ce soit celui de vache, d’amandes ou autre. On peut aussi rajouter des protéines. Dans mon cas, je choisis maintenant du tofu mou nature ou du blanc d’oeuf. Le yaourt grec 0% fait l’affaire, mais la texture du shake devient un peu trop épaisse à mon goût. On peut aussi laisser tomber les fruits congelés, garder la banane et mettre une cuillère à table de beurre d’arachides ou d’amandes nature. L’idée étant de varier à l’occasion pour ne pas avoir l’impression de boire toujours la même chose.

L’avantage majeur d’un Ultrashake est que je n’ai pas besoin d’attendre trop longtemps avant d’aller courir. Il se digère plus facilement, plus rapidement que des céréales ou des toasts. Une heure, une heure et demie après, je peux partir courir sans problème. Ça me soutient amplement. Après la course, un lait au chocolat (soya ou non) ou une poignée de noix et de fruits séchés pour tenir le coup jusqu’au dîner.

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Il m’est plus difficile de me faire un shake avant une course à l’extérieur (Ottawa, Vermont, Bear Mountain, etc.), ainsi j’ai un tout autre rituel: bagel avec beurre d’amandes, bananes, café et généralement une boisson sportive de type Gatorade (plus pour le goût qu’autre chose, je l’avoue…). Deux heures avant le départ, ça me convient tout à fait. Comme la majorité des coureurs et coureuses, j’ai mangé un bon plat de pâtes la veille au souper. Durant un marathon, je bois un peu d’eau à chaque point d’aide et je descends généralement un gel – sans caféine – aux 3/4 d’heure. Avec ça, je m’en sors plutôt bien.

Pour un ultra, si la recette du déjeuner est semblable, l’alimentation en course est différente. Je cours avec une bouteille d’eau de 16 ou 20 onces, deux quand la chaleur se pointe, et j’y vais doucement sur les gels et autres jujubes qui peuvent tomber violemment sur le coeur à cause du sucre. Aux stations d’aide, je vise les bananes, les quartiers d’oranges, les melons d’eau, les bretzels, parfois 1/4 de sandwich au beurre d’arachide et confiture. Quand ma famille et mes amis m’accompagnent comme au Vermont, ils peuvent me refiler des laits au chocolat bien frais, des barres d’énergies et du coke diète, sinon j’en mets dans certains de mes drop-bags. J’ai récemment découvert de petits biscuits «déjeuner» à l’épicerie et je me promets de les essayer en entraînement long. Ils me semblent parfaits: paquets de quatre, pas trop sucrés, pas trop gros. Je crois bien qu’ils tiendront la route… et l’estomac.

À propos d’estomac… Il est toujours pratique d’avoir des Tums ou un autre antiacide à portée de la main durant un ultra. Ça peut parfois faire la différence entre terminer ou abandonner une course…

Je ne suis pas un spécialiste de la nutrition sportive. Mais je ne crois pas aux recettes magiques ni miracles. Je ne suis pas anti-lait, anti-gluten, anti-soya, anti-rien. J’aime la variété. Je crois en une saine alimentation. Dans la vie de tous les jours, je mange de tout. Beaucoup de céréales, de légumes, de légumineuses, de petits fruits, de noix, de yaourt. De la viande, surtout de la volaille. Et oui, j’aime les chips à saveur de côtes levées chimiques et le chocolat, qu’il soit noir, brun ou blanc. À l’occasion, du junk food est ce qu’il y a de meilleur au monde! Je ne suis pas un spécialiste ni un expert et je n’ai aucun conseil à donner. Mais je sais qu’il s’écrit beaucoup de choses en nutrition et il faut faire attention à ce qu’on lit. Comme partout ailleurs, on nous abreuve d’un peu n’importe quoi. Je suis particulièrement suspicieux envers ceux et celles qui prônent l’exclusion, la restriction et la privation. Chez certains ultrarunners – notamment les américains -, la mode anti-gluten est très forte et on privilégie la diète paléolithique. À cela, je dis qu’il faut bien se renseigner avant d’entreprendre quoique ce soit. De lire plus d’un article, de les prendre à différents sources. De consulter une nutritionniste si besoin est (de grâce, pas la personne au gym «qui s’y connait»!). Il y a beaucoup de charlatans en circulation et ils ne sont pas tous pas en finance ou en politique…

Et dans le doute, il y a ce livre:

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 J’ai parlé ici de ce qui me convient, à moi, pour les entraînements et la course. Ce n’est en aucun cas une règle de base et ça ne convient certainement pas à tous et à toutes. J’ai fait et je fais encore beaucoup d’essai/erreur. C’est normal et c’est parfait comme ça. Je ne suis pas un coureur d’élite, je n’ai pas de coach, je n’ai pas de commanditaires à satisfaire. Je n’ai pas de pression sur les épaules quand je cours, en-dehors de la mienne propre. Quelque soit la distance, je cours pour dépasser mes  limites, bien sûr, mais aussi et surtout par passion et par plaisir.

Courir m’aide à mieux manger et ainsi, mieux manger m’aide aussi à mieux courir. Ce n’est pas trop compliqué. Le plan de base est de ne pas tout bousiller en faisant des conneries!

*Petite note ici: Beaucoup de fibres dans les graines de chia, de lin et dans le psyllium. Il s’agit d’y aller avec modération si on veut éviter les problèmes… Le mieux est de s’habituer en commençant par de plus petites quantités. Et comme je l’ai mentionné, ces ingrédients sont facultatifs.

Le froid

S’entraîner sous des températures adverses, difficiles, voire parfois extrêmes, c’est avant tout une sacrée bonne façon de mettre de «l’argent en banque» pour les jours meilleurs…

Je l’ai déjà dit, j’ai appris tranquillement et depuis peu à aimer courir l’hiver. Et je peux le certifier maintenant: j’adore ça! Surtout lorsqu’on traverse des périodes de grands froids comme ces derniers jours.

Il y a cette caricature de Côté, très amusante, parue aujourd’hui:

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Dans le moins amusant, j’ai aussi lu sur Twitter qu’on était «des criss de fous». Peut-être. Peut-être que nous sommes, coureurs et coureuses, des «criss de fous». Reste que c’est une maudite belle folie et je ne l’échangerais pour aucune autre!

Hier matin (mercredi), je me préparais à aller courir quand j’ai réalisé qu’il n’y avait plus d’eau dans la maison. Les tuyaux avaient gelé durant la nuit, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle quand on se réveille et qu’il fait un froid pareil. Résultat, j’ai passé une bonne partie de la journée à attendre le plombier au lieu d’aller courir à -30. Déçu, oui je l’étais. Mais j’avais quand même un peu peur que les tuyaux éclatent partout dans la maison…

Ce matin, tout étant revenu à la normale, je me suis offert un 15 kilomètre dans le froid mordant, craquant, et sous un magnifique soleil d’hiver. Bien sûr que j’ai gelé. Un peu. Les dix premières minutes. Il le faut bien. Mais après, le corps se réchauffe, on prend son rythme, et voilà! Il est toujours préférable de commencer vent de face et finir le vent dans le dos, mais la règle n’est pas toujours applicable. Ce matin, à mi-parcours, j’ai dû traverser une portion de 4-5 km avec un bon vent plein visage. C’est peut-être ce bout de chemin qui a été le plus «payant» de toute ma course…

Il arrive que je me lève les samedis ou les dimanches matins à 4 heures pour aller courir. Même en janvier, février ou mars. La raison est fort simple: ne pas nuire à la vie de famille en passant tous les weekends absent la moitié de la journée. Donc, je me lève à 4 heures du mat, je sors dehors vers 4:45-5:00, et je file pour un 15, 20 ou 30 kilomètre. 40 à l’occasion. Juste comme ça, avant déjeuner. C’est chiant parfois. Souvent. Surtout quand il fait très, très froid. Et que j’aurais pu dormir bien au chaud encore quelques heures, sans pression. Les rues sont tellement désertes que je pourrais pratiquement courir au beau milieu du boulevard Montarville sans aucun risque. Ces sorties-là ne sont pas les plus amusantes. Je l’avoue. Surtout qu’elles sont rarement courues à un rythme très enlevant. Mais il y a une chose par exemple: je sais pertinemment que quelques mois plus tard, au printemps, à l’été ou à l’automne, quand je serai au beau milieu d’un 50 ou d’un 100 mile (et je jure que c’est efficace quelle que soit la distance) et que j’en aurai assez, que je ne voudrai que m’arrêter pour de bon et abandonner au prochain point d’aide (ça arrive toujours dans les ultras, on en peut juste plus!), je sais que je n’aurai qu’à penser à ces foutus samedi ou dimanche matins de janvier ou février ou mars ou peu importe où je suis sorti courir sous des températures abominables, à des heures de cinglés. Et l’envie d’abandon passera sur le champ. Instantanément. On ne se lève pas à des heures pareilles, sous des températures semblables, pour abandonner rendu en pleine course! On ne fait pas ça pour rien. Alors on s’accroche, sérieux!

C’est pour ça que je parle «d’argent en banque» et de «payant».

Si seulement je pouvais être autant d’affaires avec mes RÉERs…

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Une règle importante à suivre lorsqu’on court par temps très froid: bien s’habiller. Il est normal de «geler» un peu les premières minutes, mais rapidement, ça devrait être «endurable». Le truc étant de ne pas avoir trop froid ni trop chaud. Pour ma part, je conseille les sous-vêtements en laine Mérino. Il y a différents degrés pour différentes températures. Ce matin, je portais du 200. J’aurais pu porter du 250 facilement. En générale, en haut de -15, je porte du 150, en-bas, du 200. Et je superpose toujours les couches de vêtements de façon à pouvoir en enlever. Comme je gèle facilement des mains, je mets parfois des Hot Shots dans mes mitaines. Se couvrir le visage est aussi primordiale. Ce matin, je portais une cagoule avec masque en néoprène intégré. Pratiquement tout le visage, sauf les yeux, est couvert et on y respire bien. On fait quelques essais/erreurs au début, mais on trouve rapidement ce qui nous convient.

Dimanche prochain, ce sera le Marathon Intérieur JOGX de Montréal. J’en serai. Je n’ai jamais fait ça, courir 42,2 kilomètres en rond, 222 tours sur une piste de 190 mètres… Quand j’y pense, je ris un peu par en-dedans. Et je me dis que je suis un «criss de fou». Reste que ça va être intéressant, ce marathon. Et… oui, «payant».

Quand votre esprit est étroit, les petites choses vous agitent facilement. Faites de votre esprit un océan, rien ne l’agitera plus.

– Lama Thubten Yeshe

Étranges comme sont les choses parfois…

Étrange comment la mort d’un homme peut nous toucher alors qu’on ne s’y attend pas.

Richard Garneau est décédé la fin de semaine dernière. Un grand journaliste, un grand communicateur.

Je ne l’ai pas connu personnellement. Je ne l’ai même jamais rencontré. Je n’ai même pas été, contrairement à plusieurs de ma génération, un accroc de la Soirée du Hockey où il était un des Maîtres d’oeuvres.

Et pourtant…

Son décès m’a beaucoup touché.

Ces dernières années j’ai suivi Richard Garneau à l’émission de Joël LeBigot à la Première Chaîne de Radio-Canada. Et c’était même celui que j’aimais le plus entendre.

Cet automne, pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas écouté l’émission une seule fois. Je le regrette amèrement. Puisque Richard Garneau y était.

Il n’y sera plus maintenant.

Au revoir, Monsieur Garneau.

Nous avions comme (seul) point commun d’être tous deux marathoniens. J’aurais aimé en parler avec vous. Ça ne se fera pas. Mais l’écho de votre voix, l’une des plus grandes de notre monde, résonnera à jamais en moi.

Au revoir, au revoir…