Mouvements

Ultimate XC 50 km, St-Donat. 30 juin.

Je vais pas raconter de blagues. Peu après le début de la course, j’ai su que ça allait être une longue journée pour moi, beaucoup plus longue que ce que j’avais initialement prévu.

Pourtant, au départ, je me sentais en pleine forme, confiant en mes moyens. Je croyais être en mesure de pousser fort dès le départ, de garder dans mon champ de vision mes amis plus rapides (Benoît, Michel, Rachel, Laurent), de m’accrocher derrière eux à moyenne distance et de tenir le rythme… 1 kilomètre plus loin – plus haut – j’étais largué. Il était évident que la prochaine fois que je les reverrais, ce serait à la ligne d’arrivée et qu’ils auraient assurément une ou deux bières d’avance, sans compter un paquet de minutes…

Drôle comment les choses se goupillent parfois. Le coeur y est, mais pas les jambes. On se lève le matin prêt à en découdre, mais sans le savoir, nos jambes ont décidé de déconner et de rester au lit. Et pas avoir de jambes dans une course de trail assez extrême en montagne, eh bien ça regarde mal. J’ai ralenti la cadence en me disant que c’était une longue course et que j’avais le temps, que rien n’était encore perdu. Mais déjà mon esprit commençait à regarder ailleurs. Même pas 8 heures du matin et il faisait déjà très chaud. La petite voix qui commence à murmurer: «Allez, à quoi ça sert tout ça? Pourquoi t’arrêtes pas?…» Merde! Ça va vraiment pas! j’ai pensé. Alors j’ai fait comme on doit faire dans ces cas-là et je me suis accroché. Seulement, à me faire dépasser pas mal dans les 10 premiers kilomètres, c’est le moral qui a foutu le camp pour aller rejoindre les jambes…

Au ravitaillement #1, je suis tombé sur Jean-Michel, un ami qui roulait bien. Le temps de remplir mes deux bouteilles et je suis reparti avec lui en me disant que ça allait me motiver de le suivre, que ça allait me donner un bon boost. Le boost a pas duré longtemps. Peut-être 3 kilomètres. J’ai recommencé à tirer de la patte. J’ai dit à Jean-Michel de pas attendre après moi. Il est resté encore un moment, puis il a dit: «On se voit plus tard.» «Ok!» j’ai fait. Je l’ai regardé disparaître au loin. Comme les autres, je croyais le revoir au finish.

Ravitaillement #2. J’ai refait le plein en eau et j’ai avalé quelques quartiers d’oranges en reprenant tout de suite la route. Je ne m’attarde jamais vraiment aux stations d’aide, même quand ça va mal. Surtout quand ça va mal! On peut reprendre plusieurs secondes, voire plusieurs minutes si on s’y prend bien. On s’hydrate, on se nourrit, on repart. Ce n’est pas vraiment le temps ni l’endroit pour compter les mouches (il y en avait beaucoup, cela dit…).

500 mètres plus loin, je me suis arrêté pour resserrer mes souliers. En levant la jambe gauche pour poser le pied sur un tronc d’arbre coupé, j’ai eu droit une superbe crampe dans le quadriceps. Génial. J’avais justement besoin de ça. Une crampe solide, sauvage. Je me suis envoyé trois capsules d’Endurolytes et je suis reparti… en marchant.

Tu viens pour faire une course. Tu viens pour COURIR. Et tu MARCHES. C’est normal de marcher en montant, c’est même parfois plus rapide, c’est normal de marcher en montant, ça aide à reprendre des forces. Mais marcher sur le plat, marcher les descentes, marcher quand c’est roulant… BORDEL!

Les kilomètres suivants sont allés ainsi: marche, cours, crampe. Endurolytes. Marche, cours, crampe. Enduro… Et parce que c’est sûrement plus amusant, je me renverse les chevilles à quelques reprises dans les descentes… Pas du tout évidentes, les descentes, single track avec roches, racines, fougères à profusion. D’habitude, c’est ma force. Mais là… Fuck! La petite voix n’était plus un murmure, elle prenait de la force: «Regarde, tu vois, ça sert à rien. Tu es cuit, foutu. Arrête-toi avant de te blesser. Pense au Vermont 100 dans trois semaines. Tu veux le courir en béquilles, ton 100 miles? Hein? Ça t’amuserait? Prend ça cool, allez, arrête-toi à la prochaine station. Anyway, tu vas la finir en 12 heures, ta course. À quoi bon! T’es lent comme une tortue. Va te baigner au lac. Va prendre une bière. Allez, allez…» 

Une seule fois j’ai abandonné une course. Marathon d’Ottawa en 2011. Je l’ai amèrement regretté, j’ai passé plusieurs jours à m’en vouloir. Cette fois, pas question d’écouter la petite voix maudite. De toute façon, je savais qu’une autre prendrait la relève si j’abandonnais. Une autre voix plus méchante qui dirait: «Bravo, mon gars! Abandon par manque de coeur au ventre au 20ième kilomètre! C’est superbe! Et maintenant, dis-moi que tu mérites d’aller en courir 160 au Vermont! Dis-moi que tu as tout ce qu’il faut…!!Dis-moi que tu n’es pas un peu LÂCHE!!!» N’empêche, tout en essayant de demeurer zen, d’être en mouvement et de ne pas m’aplatir face contre terre, un DNF (did not finish) semblait quasi inévitable.

La station #3 se trouvait en-haut d’une solide montée. Là, j’ai été testé… Il y avait un ravitaillement d’eau, oui, mais aussi un abri contre le soleil, des chaises et des coureurs assis sur les chaises, l’air un peu déçu. Un bénévole qui disait dans un walkie-talkie: «J’ai trois coureurs ici qui arrêtent pour blessures…» J’ai rempli mes bouteilles, reluqué une fraction de seconde une des chaises vides. Dans cette fraction de seconde, une éternité de oui, de non, de peut-être, de pourquoi pas. Puis je suis reparti. En courant. Vite.

La peur de l’abandon m’a donné un regain d’énergie qui a duré 4 kilomètres environ. Je commençais par contre à sentir des ampoules brûler sous mes pieds. Et les crampes revenaient par à-coups. J’enfilais des capsules d’Endurolytes. Je buvais beaucoup d’eau. J’ai rapidement vidé mes bouteilles. Et j’ai cru que je n’arriverais jamais à la station d’aide #4. J’avais la bouche complètement sèche. Il me fallait boire absolument. Après une autre bonne montée en plein soleil, j’ai aperçu les deux bénévoles et surtout, la table avec les réservoirs d’eau. J’ai pu refaire le plein et repartir assez rapidement.

Après…

Il y a eu la section marécage où ma jambes droite s’est enfoncée jusqu’en haut de la cuisse dans la boue. Voulant prendre appui avec mon bras droit, il s’est à son tour enfoncé jusqu’à l’épaule. Je m’en suis sorti en ressemblant à la Créature des Marais. Tout de suite après, j’ai pu profiter de la rivière… J’y ai sauté à pieds joints et si j’avais pu plonger, je l’aurais fait! Je me suis laissé aller, j’ai pseudo nagé quelques brasses. C’était parfait pour mes jambes. De l’eau bien froide. Au sortir de la rivière, j’ai pu courir la montée menant à la 5ième station, celle où l’on pouvait changer nos chaussures et refaire le plein en gel d’énergie, jujubes d’électrolytes et autres. Au départ, je n’avais pas l’intention de changer mes souliers, mais j’avais quand même mis une paire de rechange dans mon drop-bag, au cas où. Comme mes pieds me faisaient pas mal souffrir, je n’ai pas pris de chance et j’ai remplacé mes Salomon par mes Montrail. Bon choix. Mes pieds ont paru reprendre vie, malgré les ampoules que je sentais bien gonflées. Après avoir descendu d’un trait un lait au chocolat froid pas vraiment froid, je suis reparti d’un bon pas. Je me sentais mieux. Beaucoup mieux. Mieux, mais bon, pas tellement plus rapide…

Il y a eu cette autre station d’aide où les bénévoles ont été surprises de me voir. Où elles m’ont pris en photo avec une grosse pelure d’orange en travers de la bouche. Comme je suis un acteur qui ne s’en fait pas trop avec son image, j’ai rigolé. C’est de cette même station que je suis reparti avec un dernier quartier d’orange qui, m’a foi, a dû tremper dans le chasse-moustique. Ma langue et mes lèvres ont été un instant comme anesthésiées… Au point où j’en étais…

Il y a eu cette longue descente de peut-être 3-4 kilomètres sur un chemin de VTT au gros soleil. Descente où courir à 5 minutes 30 du kilomètre faisait mal en chien. Au moins, je courais!

Il y a eu l’arrivée au ravitaillement prés de La Réserve, un centre de ski. Ravitaillement avec tam-tam et quelques spectateurs pour nous encourager. C’est là que j’ai retrouvé Jean-Michel. Il avait eu lui aussi un mauvais moment à passer. On a décidé de poursuivre ensemble. Une très bonne idée, surtout qu’il y avait pas loin devant nous un monstre de montagne à gravir. Une jolie pente de ski abrupte qui montait montait montait. C’était bien de s’encourager dans l’effort.

Il y a eu ces kilomètres qui n’en finissaient plus de finir, qui sont passer de 50 à 54 à 56, pour finir à 58 sur ma montre Suunto (j’ai remarqué que même les GPS ne s’accordent pas sur la distance du parcours: certains indiquent 56K, d’autres 57, j’ai même vu un relevé de Garmin qui indiquait 59).

Dans les derniers 3 kilomètres, Camille, un ultrarunner de la Martinique nous a rejoint. Il était venu expressément pour la course. Il nous a parlé d’un ultra en Martinique. 140 kilomètres. 4000 pieds de dénivelé. Il l’a couru deux fois. Ça doit être pas mal, quand même, un ultra en Martinique…

On a terminé ça, Jean-Michel et moi en 8 heures 41 minutes 57 secondes. Moins bien que j’aurais aimé, moins pire que j’aurais cru. Rien n’est jamais vraiment perdu.

Camille nous a rejoint dans les secondes suivantes.

Franchir la ligne, c’était comme le Nirvana.

***

C’est toujours très satisfaisant de terminer un ultra. La journée a été longue. Les amis sont là, souvent la famille y est aussi. L’ambiance est  festive. Il y a les burgers – bien sûr! – et la bière. Chaque ami(e) coureur(euse) a son histoire à raconter. Les jambes font mal. Les muscles font mal. Il y a bien de réelles blessures chez certains, chez certaines. Mais notre âme – oui, oui -, notre âme est plus légère. Et on sourit. C’est pas cool, ça? Est-ce que ça en vaut pas la peine??

Satisfaction à l’arrivée. Photo de Luc Hamel.

***

Je n’ai pas parlé de mon marathon d’Ottawa à la fin mai. Il a bien été. Il en devient donc moins intéressant… J’y ai fait le temps que je visais. 3 heures 30.

***

Bouger. Être

en mouvement.

Coûte que coûte.

Avancer.

Ne pas regarder derrière.

Être.

En mouvement.

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Mai: 373.25 km.

Juin: 405.43 km.

Janvier à juin: 1934.5 km.

Bear Mountain, Dean Karnazes et les hamburgers

The North Face Endurance Challenge Gore-Tex 50 mile Northeast Regional.

Bear Mountain, 5 mai 2012.

Alors?

Alors ç’a été une courte nuit et une longue journée. Une longue et belle journée. 10 heures 56 minutes et des poussières de course pour environ 4 heures de sommeil découpées en rondelles. Sommeil fragile, murs de chambre en carton. Motel un peu cheap, voisins bruyants… Mais comme j’étais pas là pour me reposer, faut pas trop s’en faire.

Pour ce qui est de la course, tout s’est bien déroulé. Bien sûr j’aurais aimé faire un meilleur temps, mais hé! on veut toujours faire un meilleur temps… Je visais les 10 heures, peut-être même un peu moins. Je visais grand, j’ai débordé… Ça arrive. Mais dans l’ensemble, rien à redire. Parcours superbe et difficile à souhait, très bien marqué. De la roche, de la roche et… de la roche. Des racines, de la bouette, de bonnes montées, de bonnes descentes, très peu de bouts plats, quelques sections asphaltées qui sapent légèrement le moral – pas trop quand même, mais de l’asphalte en trail ça fait toujours un peu mal à l’âme…

Du point de vue hydratation, le choix des deux bouteilles à la main était parfait. J’aurais eu chaud avec mon sac sur le dos. Pour la nutrition, ç’a été exclusivement aux stations d’aide: oranges, bananes, patates bouillies, bretzels. Aucun gel d’endurance. Toujours peur, sur la très longue distance, de me bousiller le système digestif avec ça… Et cette année, j’ai réussi à éviter les problèmes gastriques et les crampes musculaires qui m’ont plombé en 2011. Je vais pas m’en plaindre. J’ai pas cherché le trouble.

Le seul côté négatif, c’est que je n’ai jamais eu les pieds aussi trashés après une course. J’ai couru avec mes Salomon S-Lab 3 que j’aime beaucoup. Mais voilà justement, mes S-Lab en avaient déjà pas mal dans le corps – plusieurs kilomètres d’entrainement, Vermont 100, Vermont 50. Résultat: protection moindre et ampoules partout avec six black toenails d’un coup, DOA (ongles d’orteils noircis, morts à l’arrivée). Mon record. Jusqu’à maintenant. J’aurais eu besoin de chaussures un peu moins usées…

Sur les derniers 20 kilomètres, l’état de mes pieds m’a empêché de pousser comme j’aurais voulu, surtout dans les descentes. Comme je sentais chaque petits et gros cailloux, chaque racine, et que j’avais l’impression déplaisante d’avoir un de mes ongles arraché, c’était moins évident…

Mais ça fait quand même partie du plaisir…

On remet ça l’an prochain. Et on va aller les défoncer, les foutues 10 heures!

Départ/arrivée, 3hrs40.

Entre 7:00 et 8:00 approx.

Départ/arrivée, 17:30

***

J’ai eu la chance de rencontrer Dean Karnazes après la course. On a jasé quelques instants. Très sympathique. Il se prépare à courir son 9ième ou 10ième Badwater 135 Ultramarathon… 

Pour la 9ième ou 10ième fois…! Euh… D’accord.

 Avec mon ami Fred et Dean K.

Qu’on aime ou non Karnazes, une chose est certaine: il inspire. Grandement. Plusieurs lui reprochent son côté hyper-médiatisé, un peu contraire au profil plus bas d’une vaste majorité d’ultrarunners d’élite. Et alors? Karnazes est médiatisé à l’os, il court sans cesse et il donne envie de bouger à des gens qui autrement resteraient assis sur le divan jusqu’à la mort. C’est quand même pas mal, non?

Lisez  – en anglais seulement – son dernier livre: RUN!

Moi ça me donne juste envie prendre mes souliers et de traverser le pays coast to coast… Quelqu’un pour me commanditer?

***

Ah oui! Les hamburgers…

C’est ce que j’ai mangé pendant deux jours dans l’état de New York. Avec de la pizza sur la route. On est aux États-Unis, après tout! Non, c’est vrai, j’ai mangé des pâtes, la veille de la course. Avec un verre de Pinot. Des pâtes aux poulet, tomates, pesto. Des pâtes pas si mal. Mais les hamburgers! Ok, j’avoue, après avoir couru, y a rien qui bat un satané burger, même s’il est froid, même s’il est servi avec juste un peu de ketchup, même si whatever!

Alors à l’arrivée, c’est ce que j’ai mangé. Burger végé. Avec de la bière (en avais pas bu depuis novembre dernier, ouf!). Et pour souper aussi, j’ai bouffé du burger. Plus costaud celui-là, un vrai de vrai. Le bonheur avec encore de la bière et des ailes de poulet!

Après une course, après un ultra surtout, c’est un hamburger que je veux. Un gros si possible. Au boeuf, au gibier, au poulet, à la dinde, végé, peu importe. J’en veux un. Même deux. Mais s’il vous plait, pas au saumon. Ni à l’agneau.

De la bière aussi. Mais seulement après la course…

***

Les gagnants du 50 mile: Chez les hommes, Jordan McDougal a terminé en 7:25:22, et chez les femmes, Aliza Lapierre en 9:19:24.

***

Beaucoup de québécois ont couru à Bear Mountain. Je ne peux pas tous les nommer, mais c’était un plaisir de se retrouver ensemble au petit matin et après aussi, épuisés, fourbus, heureux. Je suis prêt à parier qu’on sera encore plus nombreux l’an prochain…

***

Merci à Fred et Rachel d’avoir partagé la route en voiture avec moi. Merci à Rachel d’avoir couru tout ce parcours de malade en ma compagnie pour une deuxième année de suite. Et un gros bravo à Vincent F. qui, en terminant sous les 12 heures, c’est ainsi qualifié pour courir le Vermont 100 (160km) en juillet! Ça va chauffer, Vince!

Toxique – L’air du temps…

Bon, il n’y a rien à faire. Depuis plusieurs jours que j’essaie, je n’y arrive pas. Je parle de mon rapport de course à Bear Mountain. J’en suis à 3 ou 4 tentatives d’écriture, mais à chaque fois, ça ne prend pas. Tout se barre en couilles, tout s’effondre mollement. Disons que je ne suis pas particulièrement un mordu du rapport classique, hyper détaillé, quasi au kilomètre près. De mon côté, et ce peu importe la course, ça ressemble beaucoup à: Je suis venu, j’ai couru et j’ai vaincu (sort of…) la distance. Mais pour Bear Mountain, je m’étais promis pour une fois d’écrire quelque chose de plus long tout en essayant de rester intéressant. Peine perdue. Quand on s’ennuie soi-même à écrire, mieux vaut aller se couper les ongles d’orteils…

***

Alors. Pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi suis-je incapable d’enligner deux phrases à peu près potables sur ma course de 50 miles? L’air du temps, j’imagine. Un peu beaucoup toxique à respirer, autant pour le cerveau que pour le coeur…

Ceci est un blog sur la course à pied, je ne vais pas parler de politique.

Ceci est un blog un peu zen, alors je ne vais pas m’emporter.

J’entends, je lis surtout, un paquet de choses et ça en devient effrayant. On en tremblerait. On en tremble, oui. Mon coeur assis à la cuisine s’emballe parfois de rien alors que je peux courir 24 heures en ligne.

Beaucoup de bruit. Beaucoup de chiens qui jappent et peu de chefs de meute. Et les chefs, ceux qui devraient l’être, ont plutôt le profil de bandits de grands chemins…

Pas de politique, ai-je dit.

Pas d’emportement.

Bien, bien…

Une amie – je devrais plutôt dire une connaissance, mais en ces temps un peu moches, je veux qu’elle le soit, mon amie -, une amie donc a écrit ceci sur Twitter:

«Ce n’est pas les coups de matraques qui m’inquiètent. C’est les déchirures entre les gens…»

Moi aussi, c’est ce qui m’inquiète

Et déchirures il y a. Qui crissent. Terriblement.

Il faudrait peut-être commencer à se remettre la tête et le coeur à la bonne place. Parce que si on attend après certains, on risque de passer le reste de nos jours la tête entre les jambes et le coeur au bord des lèvres.

«…jusqu’à ce jour-là je n’avais encore jamais parlé

avec des hommes sans pesanteur, plus étrangers

à nos présences que les martiens de notre terre

nos mots passaient à côté d’eux en la fixité parallèle

de leur absence…»

Un homme. Un rare vrai par les temps qui courent. Gaston Miron.

Sur la route

Tout s’est bien déroulé au Demi-Marathon de la Banque Scotia, dimanche dernier. Je ne ferai pas un compte rendu kilomètre par kilomètre, puisque c’est somme toute assez simple: Je me suis présenté à la ligne de départ détendu et confiant, la température était parfaite dans l’ensemble – mis à part le vent peut-être, et encore -, et j’ai couru de mon mieux les 21.1 kilomètres qui s’offraient à moi. J’ai eu de petites douleurs – jambier antérieur droit – que j’ai pu ignorer sans trop problème après 4 ou 5 km, des doutes à mi-parcours que j’ai balayés du revers de la main, j’ai gobé deux ou trois gels au beurre d’arachides comme une sorte de test pour l’estomac, et j’ai tenu le rythme que je voulais, même un peu plus. Je me suis senti mal, je me suis senti bien. Et au final, le résultat me convenait parfaitement.

Le plus important, c’est que j’ai aimé chaque instant de ma course. Ce qui n’est pas toujours aussi évident qu’on le pense…

Et après, j’ai croisé des gens qui ont terminé en 1 heure 15, d’autres, en plus de 2 heures 20. Tous et toutes avaient le sourire éclatant, le regard brillant. C’est aussi ça, la beauté de courir. Se dépasser, repousser ses propres limites et par le fait même, se rendre heureux. Point.

Parfois, juste pour cela ça vaut le coup.

***

Encore quelques heures et ce sera le moment

de prendre la route.

Prendre la route, prendre la route,

prendre

la route.

5 ou 6 heures sur la I-87 S, et on sera

rendu

à Central Valley, New York.

Et pas très loin, tout près,

tout près de là,

la montagne,

celle de l’Ours,

Bear Mountain et ses 50 miles,

 ceux du North Face Endurance.

Oui.

Ce sera ça

maintenant.

***

***

«The stillness of this earth

which we pass through

with the precise speed of our dreams.»

Jim Harrison, Returning to Earth

 ***

Prendre la route… Le 11 mai prochain, Sylvain Burguet s’est donné le défi de courir les 265 km qui séparent Montréal de Québec en 30 heures. Tout ça, en soutien à la déficience intellectuelle.

Ça vaut la peine de s’y arrêter un peu, non? www.ledefimontrealquebec.com

Je lui souhaite la meilleure des réussites.

***

Quelque part il y a le chaos.

En ton coeur

entretient simplement

la Beauté.

***
(Avril: 331,39 km.)

De choses et d’autres

Je n’aime pas tuer les araignées. Quand je le fais, j’ai l’impression d’un mauvais karma. Je me fous des mouches, mais j’aime bien les araignées. Autant que faire se peut, si j’en trouve une dans la maison, j’essaie de la sauver et je la remets dehors. C’est ainsi. Je ne me pose pas de question. Les araignées me semblent utiles mais détestées par beaucoup trop de gens. Normal que j’en prenne soin un peu.

J’ai dû en tuer une l’autre soir. Une plutôt grosse qui se faisait patiemment, quasi scientifiquement, torturer par ma chatte. Alors je n’ai pas eu le choix. Mais j’ai mal dormi. Remarquez, c’est peut-être aussi à cause de la caféine. Ça arrive, ces choses-là.

Au printemps.

L’araignée est morte, tuée par moi.

Mais j’aime quand même ma chatte.

***

Je dis ça comme ça. Il n’y a aucun rapport entre les araignées et la course à pied.

S’il y a un rapport à faire, il se trouve peut-être du côté du Bouddha ou encore, du côté zen de mon âme – dans ce petit bout de jardin pas encore noirci. Allez savoir.

Les araignées aiment bien les jardins… ***

Essentiellement, ma préparation pour les 50 miles de Bear Mountain est terminée. Depuis janvier, j’ai plus de 1000 kilomètres au compteur, dont la majeure partie en trail. Le 5 mai, je serai donc de retour dans les Catskills, NY, pour essayer de dompter cette montagne de l’ours qui m’a tant fait souffrir l’an dernier. Si j’arrive à bien gérer et balancer ma nutrition et mon hydratation tout devrait bien aller. Je suis prêt au combat. Les deux semaines à venir seront plutôt tranquilles, je vais simplement tenter de reposer mes jambes tout en les gardant actives et alertes.

Dimanche prochain, 29 avril, je serai aussi à la ligne de départ du demi-marathon de la Banque Scotia, sur l’Ile Ste-Hélène. Ce sera le début officiel de ma saison. Si je le sens bien, je vais essayer d’aller chercher un PR (personal record) sur le demi, mais l’objectif état Bear Mountain la semaine suivante, je veux surtout m’amuser de la meilleure façon possible. Un  genre de speedwork de luxe. Sans blessures.

***

Toujours à propos de Bear Mountain. LA question: courrai-je avec ma veste d’hydratation Salomon ou avec 2 bouteilles de 16oz dans les mains?  J’imagine que je me déciderai sur place. J’ai beau peser le pour et le contre des deux côtés, je n’arrive toujours pas à choisir. On verra bien.

Je jongle parfois avec l’idée d’une seule bouteille, mais c’est quand même plus risqué…

Aussi, les gels d’endurance qui auront ma faveur mais desquels je devrai me méfier pour éviter un «crash» de sucre sur le long terme: les GU au beurre d’arachides et Expresso Love 2X caféine. Le reste sera melons d’eau, oranges, bananes et patates salées aux stations d’aide.

***

Extrait de Courir ou Mourir de Kilian Jornet (je reviendrai plus amplement sur le livre dans un prochain billet):

«Le secret, ce ne sont pas les jambes. C’est avoir le courage de sortir et courir lorsqu’il pleut, qu’il y a du vent et de la neige. Lorsque les éclairs s’en prennent aux arbres, lorsque les flocons de neige ou l’averse de glace te cinglent les jambes et le corps et te font pleurer. Pour poursuivre, tu dois essuyer les larmes pour voir les pierres, les murs ou le ciel. Renoncer à quelques heures de fête, à des dizaines de remarques, dire non à une fille, aux draps qui te recouvrent le visage. Envoyer tout au diable et sortir sous la pluie jusqu’à ce que tes jambes soient en sang après être tombé et te lever encore pour continuer à monter… jusqu’à ce que tes jambes hurlent: ça suffit! Et que tu restes abandonné en plein milieu d’un orage dans les sommets les plus éloignés, jusqu’à la mort.»

Je crois aussi que le secret réside en cela: avoir le courage. Point.

***

Si tu baisses seulement

un peu

les bras

lors des combats livrés

à toi-même,

ne sois pas surpris

de te coucher

à même le sol

à l’heure

des grands défis.

***

Le Cheval Blanc

Quand nous mourrons, devenons-nous ce que nous avons aimé le plus au monde ou alors sommes-nous vraiment  poussière qui retournons à la poussière…?

Je pose la question. Je n’attends pas de réponse. Ce n’est pas triste. C’est une question comme ça, qui tournera toujours en rond…

Micah True alias Caballo Blanco, le personnage central du livre Born to Run de Christopher McDougall, est mort la semaine dernière en faisant ce qu’il aimait probablement le plus au monde. Il a quitté son hôtel au Nouveau-Mexique pour aller courir. Un 20 kilomètres de routine. Il n’est jamais revenu. Il est mort comme ça. En courant. Libre.

Certains de ceux qui l’ont connu disent qu’il sera maintenant dans chaque petit coin de sentier, dans chaque arbre, chaque pierre, chaque cactus, chaque forêt, chaque montagne, dans chaque désert qu’ils parcourront.

Peut-être ne seront-ils plus jamais seuls puisqu’ils seront désormais et pour toujours porté par le Cheval Blanc…

L’on voudrait qu’il en soit ainsi de ceux que l’on aime et qui nous quittent. Que bien au chaud, tapis dans la mémoire dans notre coeur, ils nous transportent contre vents et marées, nous protègent contre les heurts de notre vie, nous donnent le courage et la force d’avancer.

Et aussi, de devenir de meilleurs hommes, de meilleures femmes.

Je n’ai pas connu Caballo Blanco. Je l’ai seulement côtoyé à la lecture du livre de McDougall. Comme plusieurs, il m’a fasciné, inspiré. Juste ce qu’il faut.

Juste ce qu’il faut pour penser à lui. Maintenant. Ce soir. Et demain.

Demain, j’irai courir. Longtemps. Avec des amis. Et un peu, je sais que je courrai avec lui. Micah True que je n’ai pas connu. Le Cheval Blanc. Juste un peu.

Demain, j’aurai 44 ans.

La vie dure le temps d’un flash. D’une nano-seconde.

C’est en ce moment que ça se passe.

Demain, je courrai pour moi. Mais aussi un peu pour ceux qui ne le peuvent pas. Qui ne le peuvent plus…

Repose en paix, Caballo Blanco…

Repose en paix et cours toujours!

***

(Mars: 285.92 km)

Trail d’hiver de la Tribu – Courir lentement…

Mont 107, Forêt  Ouareau. Chertsey.

20 kilomètres. Même en hiver, même en forêt, en principe ça ne prend pas une éternité… Sauf si le printemps se substitut à l’hiver, que la température monte bien au-dessus de zéro et que le soleil nous en fout plein la gueule!

C’est ce qui s’est produit le 17 mars dernier, au Trail d’hiver de la Tribu. Toute une course! Un exercice autant physique que mental, où il valait mieux sourire et en rire si on ne voulait pas s’effondrer et s’enfoncer dans la neige pour le reste de la journée…

Parfaitement bien organisée par un ami pour la Fondation DesÉquilibres (www.fondationdesequilibres.org), un organisme qui vient en aide aux jeunes en difficultés à travers le sport, cette course en sentier se faisait en équipe de deux, histoire de transmettre et inspirer des valeurs comme l’entraide, la patience, l’esprit d’équipe, etc. Pour un loner hardcore comme moi, courir en équipe c’était déjà du nouveau!

Mon partenaire, André B., que je connaissais surtout par Facebook, était déjà sur place à mon arrivée, vers les 7 heures 15 du matin. De Boucherville à Chertsey, je venais de conduire une heure et quart dans une brume épaisse et opaque qui, me semble-t-il, annonçait bien les intentions de Miss Météo pour la journée à venir. Il faisait déjà chaud pour un petit matin de la mi-mars. Je savais qu’André était un très bon coureur – plus rapide que moi – et j’étais certain que nous allions passer un bon moment ensemble. L’idée de cette course, avant même la compétition, était de s’amuser. Oh yeah! On allait être servi!

Après avoir bu un café, échangé des salutations à gauche et à droite et retrouvé quelques amis(es), le sujet de discussion s’est vite porté sur le parcours et l’état de la neige qui le couvrait… Deux choix s’offraient simplement: avec raquettes ou sans raquettes. Comme on voulait VRAIMENT courir, l’option sans raquettes a eu la faveur d’une bonne majorité d’équipe. À ma connaissance, seules mon amie MP et sa partenaire ont choisi consciemment les raquettes dès le départ. À 5 ou 6 km dans la course, leur choix allait s’avérer des plus judicieux, puisqu’elles nous ont dépassés joyeusement, en sautillant comme des petits lièvres, alors qu’on tentait tant bien que mal de courir plus de trois enjambées avant de s’enfoncer jusqu’à mi-cuisse et de piquer du nez dans la neige granuleuse…

Trente-cinq équipes souriantes et motivées ont pris le départ vers les 9 heures 05. Après avoir couru d’un bon rythme le premier kilomètre sur route, nous sommes rapidement entrés dans la forêt Ouareau pour en ressortir… beaucoup beaucoup plus tard!

André connaissant déjà le parcours, il a naturellement pris la tête de notre équipe (les Rocking Balboa – clin d’oeil à un certain boxeur fictif et à son entrainement en Sibérie…). La première montée s’est fait sans trop de mal, mais déjà je me suis mis à avoir trop chaud et j’ai dû me défaire de ma veste pour ne courir qu’en chandail. Les sections de sentier encore à l’ombre se courraient relativement bien. Une autre histoire c’était en plein soleil…

Tout au long de l’épreuve, nous nous sommes échangé le lead, André et moi. Après de longues montées lentes et ardues, des descentes kamikazes où il valait mieux éviter de se planter et de se prendre un arbre en pleine figure, après avoir traversé quelques ruisseaux dont un avec de l’eau jusqu’aux genoux, après s’être gelé pieds et orteils et lacéré les chevilles (dans mon cas du moins), nous avons finalement franchi la ligne d’arrivée en  4 heures et 01 minutes, soit en 4ième position. Mes deux amies en raquettes nous ont devancés en troisième position, premières chez les femmes. De l’excellent travail!

4 heures 01 minutes pour couvrir 20 kilomètres… Une éternité, oui. Certains et certaines ont mis près de 7 heures à couvrir le parcours. Mais peu importe les positions, peu importe le temps passé à se débattre dans les sentiers et dans la neige, peu importe les petites blessures, tous et toutes ont terminé l’épreuve avec le sourire. Et rempli de fierté.

C’est ça, la beauté de la course en sentier et en forêt, la beauté du trailrunning.

À l’arrivée, le chili con carne était succulent, ainsi que les carrés aux dattes. On y est tous allé du récit de notre aventure, et tout le monde avait quelque chose à raconter. Une superbe journée.

En prime, j’ai rencontré un excellent partenaire de course. On remet ça quand tu veux, André!

Seulement, l’hiver prochain on embarque les foutues raquettes!

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Bouddha dit:

«Il y a seulement deux erreurs qu’on peut faire tout au long du chemin de la vérité: ne pas aller jusqu’au bout et ne pas commencer.»

(Zen and the Art of Running)

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Un gros merci au directeur de course du Trail d’hiver pour son super travail, Frédéric Houde.


Repos, récupération, relâche

Ce matin l’envie de courir était plutôt mince, voire nulle. Mal dormi – insomnie de 2:30 à 4:00 – et jambes fatiguées. Pourtant, une fois debout, je savais que j’irais m’enfiler mes 10-12 km malgré tout, je savais que je me botterais le derrière pour les faire. À la radio, sur le web, partout, ils annonçaient de la pluie et du vent. Super! Ça va être parfaitement merdique comme entraînement, misérable… Allez hop! allons faire travailler la tête tout en courant sur des jambes en coton!…

Étrange comme les choses peuvent être parfois. Il se trouve que je me suis payé une belle petite course sous la pluie, un 13,30 km à une allure qui ne cassait peut-être rien mais qui était tout à fait raisonnable pour une samedi matin slocheux, début mars. J’ai bien configuré mon parcours mentalement avant de partir, vent de face pour les deux premiers kilomètres, puis vent dans le dos pour la quasi totalité des autres. Avec mes Montrail en GoreTex, je me suis même fait un devoir de traverser les flaques d’eau en plein milieu, sans jamais prendre la peine de les contourner. Il faut savoir s’amuser. On court pour ça, aussi. On a le droit de faire l’enfant quand on court. Il faut se le rappeler.

Et je me suis aussi rappelé (tout le monde n’est pas d’accord) comment ça peut être cool de courir sous la pluie, même en hiver.

Étrange comme un entraînement qui s’annonce mal tourne bien, et comme un qui s’annonce bien, tourne mal… Ma longue sortie, il y a deux ou trois semaines. 30 kilomètres que je me faisais plaisir de m’offrir. Ma première vraie longue sortie sur route depuis longtemps. Le calcul était simple: 6 minutes du kilomètre, 10km/h, 30 km en 3 heures. Pas de vitesse ici, zone 1 tout du long, sans s’énerver. Easy going… L’Horreur. Pure et simple. Une petite guerre du Vietnam perso. Perdue d’avance. Après 5 km, mon allure s’est dégradée joliment passant très vite de 6 minutes à 6 minutes 10 du kilo, puis à 6:15, 6:20, etc. J’avais beau essayer de rétablir, rien n’y faisait. J’ai réussi à freiner l’hémorragie, oscillant entre 6:10 et 6:25, faisant même de minis remontées à 5:55! Après 15 kilomètres, l’option voie de sortie s’est présentée, petit crochet vers la gauche et on rentre à la maison… Mais j’ai plutôt décidé de boire la coupe jusqu’à la lie et de me payer la totale. Donc, direction Parc Michel Chartrand à Longueuil, puis retour sur mes pas… Au final, une longue plus longue (en temps) que prévue, pénible et lamentable, qui m’a laissé complètement déshydraté (le tuyau de mon sac d’hydratation à superbement bien geler dès le kilomètre numéro 8 et ce, bien qu’il soit «isolé» contre le froid!) et sur les genoux pour les deux jours à suivants.

Comme il faut savoir s’amuser, il faut aussi savoir s’accrocher.

Tant et aussi longtemps qu’une blessure ne pointe pas à l’horizon…

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Cela dit, il est temps de mettre la pédale douce pour les jours à venir. Mon kilométrage total en février s’élève à 274,63. Un peu plus qu’en janvier. Le volume augmente tranquille. Mon premier ultra de la saison, TNF Endurance Challenge à Bear Mountain, est dans deux mois. Tout va bien.

Maintenant, permettre au corps de récupérer un peu. Et à l’esprit de se reposer.

Comme c’est le début de la relâche scolaire, je vais profiter de la semaine avec mes filles. Cinéma, musée, randonnées. Un peu de patin. On va voir…

Et ce soir, souper pizza avec les amis.

Life is good!

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Littérature.

Petit livre que je traîne avec moi depuis plusieurs années. En vivant, en écrivant, par Annie Dillard.

Ça commence ainsi:

«En écrivant, tu déploies une ligne de mots. Cette ligne de mots est un pic de mineur, un ciseau de sculpteur, une sonde de chirurgien. Tu manies ton outil et il fraie un chemin que tu suis. Tu te trouves bientôt profondément engagé en territoire inconnu. S’agit-il d’une impasse, ou bien as-tu localisé le vrai sujet? Tu le sauras demain, ou dans un an.»

Un petit bouquin sur l’art d’écrire. Petit livre zen où l’on peut aisément méditer sans se perdre, où un peu de magie scintille à chaque page.

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Inspirations…

Peak Center et VO2 max

Le but de ma visite au Peak Center de Montréal était de connaître mon VO2 max ainsi que mes zones d’entraînement optimales – fréquences cardiaques, vitesse, allure (pace). Je me suis toujours entraîné au feeling, au gré de mes humeurs, de mes envies. Pas de coach, pas de programme pré-établi. J’ai eu quelques bons résultats en course, d’autres plutôt lamentables. Des baisses d’énergie assez spectaculaires (Bear Mountain et Vermont 50 en 2011). Depuis un bon moment j’avais envie de monter mon niveau d’un cran. Le Peak Center me semblait l’endroit parfait pour en savoir plus sur moi-même en tant que coureur, de manière à améliorer mes «performances», toujours dans l’optique d’ultramarathons. Repartir sur un nouveau souffle.

Au départ, je n’avais aucune idée du genre de résultats auxquels je pouvais et devais m’attendre. Pour dire vrai, j’avais même peur qu’ils soient plutôt moyens, voire médiocres. En fait, j’avais peur que mon passé de fumeur (30 ans de cigarettes, juste le chiffre me coupe le souffle!) ait laissé des traces fulgurantes et indélébiles malgré le fait que je cours et m’entraîne beaucoup.

Le protocole qui précède les tests VO2 max et lactates est simple. On recommande 24 à 36 heures sans efforts soutenus et d’être à jeun 2 à 3 heures avant le dit test. Mon rendez-vous étant à 10:15 lundi matin (6 février), j’ai déjeuné comme à l’habitude – shake de protéines + banane et double expresso avant 8 heures. Mon dernier entraînement remontait au samedi, un 18 km tranquille, très tôt. J’étais prêt et reposé. Un peu nerveux.

Le test en tant que tel n’est pas long: 18 minutes. 40 en tenant compte de l’échauffement et du retour à la normale. Mais les 18 minutes sont intenses. Le nez bouché par une pince, on respire uniquement par la bouche avec un embout spécial qui recueille les échanges gazeux. Une minute et la gorge est complètement asséchée, la mâchoire crispée.

La vitesse augmente d’1 km/h par palier de 3 minutes. De 9 km/h elle passe à 10, puis à 11, ainsi de suite. À la fin de chaque palier, une goutte de sang est prélevée au bout d’un doigt pour analyse.

J’ai fait six paliers. Les dernières 40 secondes du palier numéro 6 n’étaient pas particulièrement amusantes.

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Ce que j’ai appris à la suite du test (il y aurait plusieurs choses à dire mais je pourrais aussi m’y perdre, je préfère ainsi m’en tenir aux grandes lignes):

– Je cours trop souvent en Zone II alors que 70 à 80% de mes entraînements devraient se faire en Zone I (chose assez fréquente, je crois, chez bon nombre de coureurs-coureuses).

– Je néglige trop souvent les entraînements de vitesse (réflexe d’ultramarathonien, j’imagine, j’ai toujours tendance à privilégier le kilométrage).

– Alors que mon corps brûle très très bien les lipides à basse vitesse, entre 9 et 12 km/h, il brûle aussi très rapidement mes réserves de glucides à haute vitesse, 12 km/h et + (ce qui expliquerait peut-être pourquoi je bonk souvent et relativement tôt lors de marathons sur route – allure plus rapide -, et beaucoup moins lors de courses en trail d’ultradistances – allure plus lente).

– J’ai un excellent VO2 max (ce qui m’a grandement surpris et aussi rassuré compte tenu de mon passé).

En regard des résultats, il me reste maintenant à les optimiser, les rendre le plus profitable possible. Donc, plus de constance dans les speedworks. Améliorer l’élimination de l’acide lactique, élever le seuil de tolérance anaérobique. Augmenter  ma vitesse de basse, déplacer graduellement la Zone I vers la Zone II, la II vers la III, etc., tout en maintenant un kilométrage élevé. Repousser toujours un peu plus les limites. Aussi, ajuster et parfaire ma nutrition d’avant et pendant course pour éviter les surprises désagréables.

Je vais pas m’ennuyer.

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Pas que je sois un fou furieux des statistiques ni des chiffres. Mais ce serait mentir de dire que je ne tiens pas compte des kilomètres accumulés à chaque mois.

Donc, en janvier: 263,88 km de course.

Voilà.

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Remerciements à Mathieu S., entraîneur au Peak Center, pour sa supervision et ses conseils.

http://www.peakcentremontreal.ca/

Ici et maintenant

Donc, pas d’Ultra Trail du Mont Blanc pour moi cette année. Pas de mal. Ce n’est que partie remise pour 2013 où j’éviterai cette fois la loterie, étant déjà pré-sélectionné. En août 2012, ce sera l’Italie – plutôt que la France – en vacances et en famille et je me promets quelques kilomètres matinaux le longs des routes de la Toscane. Ça sonne ma foi plutôt bien.

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Le Virgil Crest 100 est maintenant au programme. 22-23 septembre prochain. Inscriptions dans moins d’une semaine.

Profile du Virgil Crest Ultra. «Out and back», 50 miles. Pour 100 miles, on double la dose.

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Dimanche matin, 7:30. -22 degrés Celsius. Courir le long du fleuve St-Laurent, sur la rive-sud. Le fleuve qui craque et gèle, la brume glacée qui s’en élève. La beauté blanche et l’ombre lumineuse des arbres givrés qui se profilent de l’autre côté, sur les Îles de Boucherville. Simplement cela.

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Pourquoi je cours.

Pour ne pas mourir. Peut-être. Pour en retarder le temps.

Je cours parfois pour la vitesse, plus souvent pour la beauté.

Pourquoi je cours.

Pour permettre à mon âme de se pardonner à elle-même et s’offrir à la liberté lorsqu’elle n’en peut plus d’être ternie et oxydée par la connerie et l’absurdité.

Je cours pour être un peu meilleur vis-à-vis moi-même. Vis-à-vis du monde.

Je cours pour avoir la force de marcher.

Pour rager à l’occasion, enrager, grogner et maudire. Puis faire place à l’apaisement.

Pourquoi je cours.

Pour aucune raison. Pour un millier d’autres.

Parce que je cours. Point.

Parce qu’un jour il n’y aura plus rien.

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Denis Vanier (1949-2000) est un poète violent et tendre, brutal et beau, dont on parle trop peu il me semble.

Ici, deux extraits tirés de son recueil et poème éponyme, L’URINE DES FORÊTS (titre parfait pour les TrailRunners…):

j’ai forcé la démesure

jusqu’au plus plat,

mouillé tel un lac artificiel

où l’eau tourne son dos 

teinté d’essence

au rayonnement des étoiles.

Puis:

Serions-nous de ceux qui se foudroient.

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«Serions-nous de ceux qui se foudroient»… À méditer. Ou non. Comme ça vous chante.

«You Can’t Always Get What You Want» – The Rolling Stones

Dans moins de quatre jours je serai fixé: ce sera l’UTMB ou ce ne sera pas.  C’est une question de chance maintenant, environ 30-40%. En comparaison, à la loterie du Western State 100 en décembre, c’était plutôt de l’ordre du 10%. Même moins.

Le tirage aura lieu samedi à 10:00 (heure de Paris). À mon réveil je saurai donc si je prendrai place sur la ligne de départ. Si oui, j’aurai une meilleure idée de tout le travail qui m’attend jusqu’au mois d’août prochain. Je pourrai y réfléchir tranquillement en courant dans les rues endormies et enneigées de mon quartier.

Et si ce n’est pas le cas, si la chance n’est pas de mon côté? Aucun mal. J’aurai droit à une priorité d’inscription pour 2013. Ce qui est mieux que rien quand on y pense. On ne peut pas tout avoir. Il suffit de ne faut pas trop s’en faire. De toute manière, peu importe ce qui arrive, il y aura d’autres courses. Encore. Et encore. Je pourrai aussi réfléchir à ça en courant…

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Dans la nuit de lundi à mardi.

J’ai rêvé comme un dingue que je courrais le Hardrock 100. Pas exactement une petite promenade au parc… Je me suis réveillé à 4 heures du matin, en sueur, complètement épuisé. Vidé, crevé. Incapable de retrouver le sommeil. Un putain de rêve en 3D. Le Hardrock, je veux bien. Mais pas quand je dors. Y aurait pas moyen parfois de rêver d’un «hamac au Mexique» et d’une cerveza por favor…?

Aujourd’hui.

Enrhumé comme rarement. Ceci explique-t-il cela? Trop couru dans mes rêves ou trop couru tout court?

Les mauvaises nuits, le manque de repos, n’aident en rien la bonne récupération.

Et on dirait que j’accumule un peu des deux…

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Aucun rapport avec la course ici.

Lecture: Les Imperfectionnistes de Tom Rachman. En attente: Les Corrections de Jonathan Franzen.

Musique: All At Once de The Airborne Toxic Event.

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Quand tout est calme.

Se faire un expresso bien serré. Prendre un bouquin de poésie – peu importe. Dans le cas présent, Octavio Paz. L’ouvrir au hasard, pointer son doigt et y lire:

Le monologue te guette à chaque pas, et ses exclamations, ses signes d’interrogation, ses nobles sentiments, ses points sur les i durant un baiser, son moulin de lamentations et son répertoire de miroirs brisés. Poursuis: tu n’as rien à te dire.

(Promenade Nocturne)

Maintenant, relire…

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Aller en Alaska, passer par le désert

Il n’y a pas si longtemps, je n’aurais jamais pensé aimer courir au froid. Je n’ai jamais été particulièrement fou de l’hiver, hormis pour le ski alpin et peut-être le patin quand j’étais plus jeune. Mais on change, on évolue. Ce qui est tant mieux pour l’être humain, même si on a parfois l’impression que l’humanité, elle, régresse… Anyway… Pour peu qu’on s’en donne la peine, on arrive tranquillement à apprivoiser les choses qui nous déplaisaient encore la veille. Voilà qu’hier matin, en courant par -16 C (on s’entend qu’il y a pire, mais c’est quand même un bon début) dans les sentiers enneigés du Mont St-Bruno, totalement seul, totalement libre, mais n’ayant pas encore assez d’espace, je me suis pris à penser au Susitna 100*, une course de 100 miles… en Alaska. 100 miles par grand froid, grands vents, grandes étendues gelées. Je me suis mis à rêver à la beauté de ce parcours, beauté immense et blanche de plaines et de montagnes, beauté quasi infinie qui doit être à couper le souffle. En l’espace de quelques secondes, et dans la perspective d’une aventure hors norme, mon regard sur l’hiver, le froid et la neige s’est transformé. Du coup, j’étais solidement partant pour l’Alaska!

Bien sûr, c’est tout à fait impensable d’y être cette année. La course a lieu dans moins de cinq semaines et je suis loin d’avoir la forme en ce moment pour affronter 160 km, qui plus est dans des conditions extrêmes. Mais dans un an, deux, trois peut-être. Pourquoi pas? Ça reste à voir. D’ici là, j’ai encore du temps pour m’entraîner à aimer courir au froid…

Il est toujours bon d’avoir ce genre de truc derrière la tête. Ça entretient le rêve. L’inspiration. Ça entretient la passion.

À l’opposé de Susitna 100, je songe toujours et de façon plus constante au Badwater 135. Dans la chaleur intense, cette fois. Death Valley. 135 miles. Et plus j’y songe, plus j’en ai envie. Seulement, c’est toute la logistique propre à cette course qui me rebute un peu… Ce n’est pas un ultra où l’on peut voyager léger, disons. Enfin… Reste que de penser au Badwater 135 quand on court en plein hiver et qu’on en a fini avec nos rêveries sur le Susitna, c’est une sacrée bonne façon de relativiser le facteur vent.

Susitna. Badwater. Le froid. Le chaud.

Entre les deux, une multitudes d’ultras à différents degrés Celsius de difficultés…

*Dans le même genre, il existe «plus fou» que Susitna 100: Iditarod Trail Invitational. 350 miles et 1000 milesNuff said.

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Entretenir le rêve. Toujours. Prendre son inspiration quand elle passe, où qu’elle soit. Rechercher la beauté, la lumière, même la nuit. Et se dire que tout ce qu’on a à faire, c’est d’avancer.

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Demain, au programme, quinze kilomètres de trail. Peut-être en raquettes si le temps reste à l’hiver.

Samedi, 20-25K sur route.

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You haven’t experienced ultrarunning until you complete 100 miles. It’s so much harder than 50, almost like three 50 milers, and it throws everything at you.

Karl Meltzer in TrailRunner, oct. 2010