Intérieurs (Différentes choses)

Un peu de silence. Et de la Beauté. Oui. Tranquillement fermer les yeux. Et respirer… L’automne.

***

Puisqu’il le faut

entraînons-nous à mourir

à l’ombre des fleurs

– Kobayashi Issa

***

In these bodies we will live,

In these bodies we will die

Where you invest your love

You invest your life

– Mumford & Sons, Awake My Soul

***

La tolérance est la racine de la tranquillité et de la confiance.

Vois la colère comme ton ennemie.

Cherche les failles en toi plutôt que chez les autres.

– Tokugawa Ieyasu

***

Ma saison de course se termine officieusement demain, samedi 13 octobre. Ce sera le 21K du Xtrail Asics au Mont Orford. Je croyais ne pas pouvoir y participer cette année, suite à ma blessure au Virgil Crest. Mais comme tout semble relativement bien aller de ce côté – très peu de douleurs depuis quelques jours-, je ne m’en priverai pas. Pas d’attente, que du plaisir. Et des amis coureurs que je vois trop rarement.

***

Ô vent, emporte-moi vers la grande Aventure.

Je veux boire la force âpre de la Nature,

Loin, par-delà l’encerclement des horizons

Que souille la fumée étroite des maisons!

Je veux dormir parmi les cimes blanches,

Sur un lit de frimas, de verglas et de branches,

Bercé par la rumeur de ta voix en courroux,

Et par le hurlement famélique des loups!

– Alfred DesRochers, Hymne au vent du Nord (À l’ombre de l’Orford)

***

***

Moi

Je veux bien

M’entrainer tous les jours

À mourir

À l’ombre des fleurs.

80 sur 160 – Virgil Crest Ultra (VCU)

Je ne vais pas chercher d’excuses. Je n’ai pas réussi à livrer la marchandise, samedi 22 septembre, au Virgil Crest 100. C’est dommage, mais ce sont des choses qui arrivent. Je me sentais bien au départ, j’avais hâte, j’avais relativement bien dormi. Mon alimentation était parfaite, je ne suis pas parti trop vite ni trop lentement, j’ai économisé mes énergies pour plus tard. Mais ça n’a pas fonctionné. En aucun moment je ne suis parvenu à trouver mon rythme, ma zone. Je peinais à rester concentré, focusé. Puis de petites douleurs ont commencé à se faire sentir, ce qui est tout à fait normal. Seulement, elles m’apparaissaient cette fois plus aigües qu’à l’habitude et ma jambe droite m’envoyait de drôles de signaux. Elle se déglinguait doucement…

Après 60 et quelques kilomètres, j’ai commencé à marcher. J’ai déjà fait une périostite il y a quelques années alors que je m’entraînais à la corde à danser. Je sentais bien ce qui se passait. C’était désolant. Et j’en étais désolé. Sur une quinzaine de kilomètres, j’ai marché la plupart des montées, des plats et… des descentes! Quand dans un ultra tu te mets à marcher en descendant, eh bien y a un problème.

La blessure à la jambe a commencé à jouer dans ma tête, et comme je l’ai déjà dit, quand la tête n’y est plus…

«Juste avancer» n’était plus suffisant…

Pas d’excuse, donc. Mais une blessure. Et peut-être un petit manque de coeur. Qui sait? Avec le recul, il est certain que je me questionne. Sur le chemin du retour j’ai eu un sérieux blues de l’abandon. Aurais-je pu continuer? Aurais-je continuer?… On se dit oui, on se dit non. On se dit qu’on a bien fait. On se trouve con. Le problème avec du recul, c’est qu’on se trouve surtout un peu lâche. Et le sentiment désagréable d’avoir failli à la tâche nous colle dessus. Seulement voilà: je suis allé courir hier matin (mercredi 26 septembre) au Mont St-Bruno et honnêtement, j’en ai eu assez après 9.5 km super doucement. Aurais-je pu en faire 80 de plus dans la nuit de samedi à dimanche dernier sans aggraver ma blessure? J’en doute fortement.

À présent, il vaut mieux regarder le verre à moitié plein plutôt que celui à moitié vide. J’ai quand même couru 80 km sur 160. J’ai fait une «reconnaissance» du terrain. Je connais le parcours maintenant. Je sais ce qu’il a à offrir, je sais ce qu’il me reste à faire pour le dompter… Et j’ai un nouvel objectif pour 2013.

Une revanche, que ça s’appelle.

Le parcours du Virgil Crest. Aller-retour 1X pour le 50M, 2X pour le 100M.

***

Je vais probablement mettre l’UTMB sur la glace en 2013. En toute honnêteté, je ne crois pas être prêt pour cette course. Pas prêt comme j’aimerais l’être. Il me manque de l’expérience sur 100 mile et aussi – je dirais surtout – de l’expérience en montagne. J’ai besoin de pouvoir maitriser un parcours comme celui du Virgil avant de m’attaquer à plus costaud. Certains coureurs m’ont affirmé que le Virgil Crest est parmi les 100 miles les plus difficiles qu’ils ont eu à faire. Plus difficile que le Leadville 100 – hormis l’altitude… Vrai? Faux? La seule comparaison que je puisse faire est celle avec le VT100 et il est certain que le Virgil Crest offre un degré de difficulté plus élevé. Mais il ne faut pas croire que le VT100 est un 100 mile facile… Reste que l’UTMB est d’une toute autre catégorie et j’aimerais pouvoir le compléter de belle façon. J’ai encore des classes à faire.

***

Je n’aime pas ce qu’il y a d’écrit sous cette photo. On la retrouve sur le site du VCU. Je n’aime pas voir dropped associé à mon nom.

I

44 years old male

Boucherville, Qc

Dropped

Rectification du tir à l’automne prochain.

***

Notes…

– À moins d’y être obligé par les règlements, je ne participerai plus à une course avec une veste d’hydratation. Je préfère – et de loin – avoir ma ou mes bouteilles à la main. Plus pratique, plus efficace, plus rapide lors des arrêts aux stations d’aide. Plus de liberté de mouvements aussi. Je peux comprendre que les bouteilles posent problème chez certaines personnes. Mais je m’y suis habitué et j’aime beaucoup cette approche plus minimaliste. Cela dit, en entraînement de longues distances en trail ou lorsque je vais travailler en courant, la veste et son 1.5 litres d’eau sont un must!

– J’ai toujours aimé courir en gardant un oeil sur mes fréquences cardiaques. Mais depuis quelques temps, j’éprouve des difficultés avec ma ceinture cardiofréquencemètre. Soit elle compile de mauvaises données, soit elle ne se synchronise tout simplement pas. C’est ce qui est arrivé au départ du Virgil Crest. Dead zone. Aucune fréquence visible sur la montre. Pourtant, j’étais bien vivant… J’ai couru les deux premiers kilomètres en croyant que ça allait revenir puis je l’ai enlevée. F*** it! Une nouvelle liberté! Depuis, je ne l’ai plus remise. Bien que je compte la porter – si elle fonctionne… – sur des distances comme le marathon ou le demi, elle risque fort de rester dans mon sac au cours de mes prochains ultras…

– Une semaine plus tard. Le KT Tape a fait merveille pour ma périostite. Pour la première fois ce matin, j’ai couru sans douleur. Ce qui est plutôt bon signe.

***

Pour l’automne. Petit haïku d’automne…

Au fond de la brume

le bruit de l’eau –

je pars à sa rencontre

Ozaki Hôsai

Solo

Virgil Crest 100.

Samedi matin, 22 septembre, à 6:00, ce sera le départ. Mon deuxième 100 mile de la saison.

Si je me fis au site web, nous serons 74 à y prendre part (il y a aussi un 50 mile et un 50K qui lui aura lieu dimanche). Le temps limite pour terminer la course – le cut-off time – est de 36 heures, soit 6 heures de plus qu’au VT100. Le premier a avoir franchi la ligne d’arrivée en 2011 l’a fait en 23 heures 22 minutes. Ouais…

Je serai seul cette fois. Solo, total solo. Pas d’équipe aux stations d’aide, pas de pacer pour m’accompagner durant les longues heures de la nuit. Une nouvelle expérience, quoi. Ça risque d’être… assez intéressant.

Pour l’instant, la météo semble plutôt du bon côté pour le weekend. À Cortland NY, on prévoit 21 degrés samedi, ensoleillé avec risque d’averses, et un minimum de 13 degrés pour la nuit. Il est encore trop tôt pour s’en réjouir, mais si ça ressemble à ça, mes vieux os (hé hé) seront contents!

Équipement.

J’aurais bien voulu m’en passer, mais je vais devoir courir avec ma veste d’hydratation. Plus je cours, plus je tends à «épurer» mon équipement. J’ai adopté les bouteilles à la main pour les ultras et ça me plaît bien. La veste, je la porte en entrainement et quand je n’ai pas le choix. Cette fin de semaine, si je veux être le plus autonome possible, je ne l’aurai pas. J’ai un peu de mal à m’imaginer courir avec ça sur le dos pendant 24 heures, peut-être plus. Comme la météo, il faudra faire avec. Sur place, vendredi, je jaugerai la possibilité de la laisser à une station d’aide pour terminer le dernier quart de la course avec une bouteille… À voir.

Pour les souliers, aucun doute: Je compte commencer et finir la course avec mes Mountain Masochists de Montrail. En cas de forte pluie ou de problèmes majeurs, j’aurai mes S-Lab 5 Soft Ground de Salomon en back-up au 50ième mile, mais si je peux éviter de changer, tant mieux.

C’est précisément au 50ième mile que je devrai me préparer pour la nuit. L’idée est de faire ça le plus rapidement possible, sans avoir à trop penser, pour ne pas être tenté par l’abandon. Je me donne 5 minutes, sans lever les yeux de mon sac, avant de repartir au plus vite. (Au Virgil Crest 100, on court deux fois le même parcours: 25 miles pour l’allée, 25 miles pour le retour puis on recommence. Donc, le 50ième mile se trouve à être tant le début, le milieu que la fin de la course… La fatigue et l’approche de la nuit aidant, il doit être assez facile de lever la tête, de lorgner vers une chaise ou sa voiture, de penser à la bière fraîche et à la bouffe chaude et de se dire qu’on en a assez fait pour la journée.) Le changement ne concernera que le haut du corps: chandail en mérinos, coupe-vent imperméable si besoin, petits gants, bandeau, lampe frontale. Un peu de bouffe et c’est reparti.

Quelques trucs.

Je connais un ou deux trucs pour affronter un 100 mile:

D’abord, avancer. Courir, oui, bien sûr, mais surtout avancer. Coûte que coûte, peu importe la vitesse. Aussi, ne pas s’appuyer aux arbres pour reprendre notre souffle. Oublier le confort. Oublier la chaleur. Aux stations d’aide, sourire et ne pas s’attarder, dire aux chaises qui nous font de jolis yeux d’aller se faire foutre.

Avancer. Encore et toujours.

S’accrocher fort quand le corps veut lâcher et que la tête se dévisse.

Tenter de se détacher de soi…

Ouais. Bon. Ok.

On s’en reparle.

Playlist.

Il est plutôt rare que je cours avec de la musique. Je me suis habitué sans. Mais comme une fois n’est pas coutume, je me suis arrangé une petite playlist Virgil Crest 100. J’aurai mon iPod avec moi, juste au cas où. Vais-je m’en servir? Je ne sais pas. J’en doute. Quoiqu’au beau milieu de la nuit, m’offrir une trame sonore pour planer un peu… Pourquoi pas?

Je n’ai rien choisi de trop hard. J’ai plutôt pris des morceaux que j’aime bien écouter en voiture, des morceaux qui me font penser à ceux que j’aime. Des morceaux qui me permettront peut-être de me sentir moins seul.

En voici quelques uns:

The Kids Are Ready to Die – Run – Feels Good At First – Viva la Vida – The Winning Side – Wishing Well – Solsbury Hill – Just Breathe – Down Under – Walk On the Wild Side – The Cave – Long Nights – All These Things That I’ve Done – I Won’t Give Up – Cold Water – End of the Road – Hallelujah. 

Amusant. On dirait un 100 mile en condensé…

Naturellement, si je m’endors trop, il y aura toujours AC/DC.

Sur Twitter.

Lu cette semaine, du Dalai Lama lui-même (je veux bien le croire…):

Training the mind is the source of inner peace.

Dans la même veine, un article intéressant ici (en anglais) sur la force du mentale chez les athlètes d’endurance par Andy DuBois, aussi sur Twitter.

La force du mentale… La paix intérieure… Oui, j’y travaille. Mais ni l’une ni l’autre ne sont sur Twitter.

Eddie Vedder.

Voici ce que dit ce bon vieux Eddie dans la chanson Long Nights tirée du film Into the Night:

Have no fear

For when I’m alone

I’ll be better off than I was before

I’ve got this light

I’ll be around to grow

Who I was before

I cannot recall

I’ll take this soul that’s inside me now

Like a brand new friend

I’ll forever know

I’ve got this light

And the will to show

I will always be better than before

 Pour finir…

À tous ceux et celles qui participeront à l’une ou l’autre des courses du Rock’n Roll Marathon de Montréal, je vous souhaite le meilleur. Du plaisir, des dépassements, plein de records personnels! Sans blessures!!

Enjoy!

Un arbre en solitaire qui tient la route en Toscane, Italie. Août 2012.

Retour à la normale

Tranquillement,  je me remets du Vermont 100. J’ai repris l’entraînement sans forcer, sans me presser. La forme revient en douce. Les jambes sont encore raides, la vitesse est quasi absente, mais le corps fonctionne, il répond bien. Pas de douleur. Pas de mal. C’est surtout un sacré méchant rhume qui m’a plombé dans les jours suivant la course.  Système immunitaire à zéro, on peut comprendre. Et petit blues aussi.

Tranquillement, tout revient à la normale.

***

Il y aurait encore plein de choses à dire sur le VT100. La plus importante, il me semble, serait de glisser un mot à propos de mon «équipe». Ma blonde, mes amis Charles et Geneviève, mes parents, mes filles. Ils ont pris leur weekend pour moi. Ils ont été là à chaque instant, prêts à m’aider, à me supporter,  à me remonter le moral au besoin. À chaque station d’aide où je pouvais les voir, je reprenais des forces. Ils ont parfois été le vent qui me poussait vers l’avant et grâce à eux, je suis reparti à chaque fois avec le sourire. Je veux les remercier. Je l’ai fait en personne, je le refais encore.

Merci. Merci. Merci. Mille fois.

Sans vous, l’épreuve en aurait été une d’un tout autre degré.

***

La prochaine course d’importance sera cette fois en total solo (sans équipe, sans pacer): le Virgil Crest 100, le 22 septembre. J’en reparlerai.

***

Voilà, c’est maintenant le temps des vacances et d’un joli voyage en Italie avec ma famille. Le bonheur. Purement, simplement.

Il y aura un peu de course, naturellement. En Toscane. Au petit matin. Juste pour le plaisir. Juste avant de petit-déjeuner avec ma blonde et mes filles et de partir visiter toutes les beautés qui s’offriront à nous. Et bien sûr, il sera aussi question de bonne bouffe et de bon vin!

Surtout de bonne bouffe et de bon vin!

Life is good.

Bonnes vacances!

Oui. La Toscane. Des collines. Pas de problème.

Chronique du Vermont 100

 

 Le départ à 4:00 du matin, samedi 21 juillet. (Photo Luc Hamel)


L’an dernier, j’ai couru mon premier Vermont 100 – et par le fait même mon premier 100 mile (160km) – en 23 heures 29. Un temps tout à fait respectable, dont je suis fier. J’ai récolté la fameuse Belt Buckle traditionnellement remise à ceux et celles qui terminent une épreuve de 100 mile sous la barre des 24 heures (le temps limite accordé au VT100 est de 30 heures). Jamais je n’avais eu à fournir un effort aussi grand, sur un aussi long terme. Dans les secondes suivants mon arrivée, j’étais prêt à jurer à qui voulait l’entendre que jamais, plus jamais! Pourtant, deux jours plus tard, la poussière retombée, les jambes revenues à la normale, j’étais prêt à m’y remettre sans aucun doute (les gens qui me connaissent bien savent que c’est typiquement moi, ils ne s’en font plus trop avec cela…).

Un an et une semaine plus tard, m’y voilà à nouveau. Prêt à partir. Prêt à en découdre une fois de plus. Et je ne voudrais être nulle part ailleurs. Je me sens bien, calme. Pour une rare fois la veille d’une course, j’ai bien dormi. J’ai fait tout ce qu’il fallait à l’entraînement. J’ai eu mes doutes, mes angoisses. J’ai eu des entraînements encourageants, d’autres parfaitement pathétiques. J’ai fait de très bonnes courses au printemps, d’autres moins bonnes. Maintenant, je n’y peux plus rien. Il me suffit de vivre et de respirer l’instant présent. Ici même, sur la ligne de départ du Vermont 100 Mile Endurance Run. Et je l’apprécie à fond. Il me suffit de vivre, de respirer l’instant présent. Il me suffit maintenant de faire le vide, de courir, d’avancer. Coûte que coûte.

À 4 heures 00, le départ est donné. Les quelques 300 coureurs et coureuses s’élancent dans la fraicheur du petit matin en poussant des cris de joie. Nous sommes plusieurs amis québécois cette année. Il y a devant moi Pierre, Patrick et les deux Vincent. J’entends mon ami Michel rire avec Marie-Pier, juste derrière. On est en milieu de peloton, encore assez serré. Tranquillement, le peloton va s’étirer, s’effilocher en petites grappes de 2-3 coureurs. Plus tard dans la journée, il y aura des moments où je courrai seul, sans voir personne pendant plus d’une heure. Mais pour l’instant, nous sommes ensemble, on discute un peu, on rigole. Le rythme est bon. Life is good.

Les premiers kilomètres se déroulent en douce. Je me fais un devoir de m’en tenir à mon plan qui est très simple: Ne pas partir trop vite, faire MA course et non celle des autres, et surtout, garder des forces pour les longs kilomètres qui m’attendent en fin de journée et dans la nuit. J’aurais envie d’ouvrir un peu la machine, déjà, mais je me répète comme un mantra: Smooth and easy, smooth and easy…

Les amis prennent de l’avance, et si j’ai envie de les suivre, je me retiens. Je jase pendant un moment avec Josh, un gars du Maine qui a couru le Leadville 100 l’an dernier. Il en est à son premier VT100. On marche une première longue montée, j’en profite pour prendre un gel au beurre d’arachide que je fais descendre avec une bonne gorgée d’eau. À la montée suivante, je continue à courir tandis que Josh ralentit le pas. Je me sens bien, je ne pousse pas, et ça roule. Malgré la fraîcheur du matin, la sueur commence à perler. Je bois régulièrement. Je suis parti avec une seule bouteille à la main. Mon équipe m’en refilera une deuxième plus tard si j’en ressens le besoin.

Première station d’aide après 7 miles. Densmore Hill. Je remplis ma bouteille et je repars aussitôt. Je commence à sentir des crampes dans mon ventre et je me demande si ce n’est pas un effet secondaire des antiacides que j’ai pris juste avant le départ. Rien de trop inconfortable, mais quand même, pas agréable. Le genre de malaise qui joue aussi dans la tête, qu’on ne veut pas voir s’aggraver, sur lequel on a très peu de prise… Je préfère avoir mal au genou ou partout ailleurs plutôt qu’au ventre…

Station #2, Dunham Hill. Il y a une toilette chimique, mais elle est déjà occupée et deux autres coureurs font la file. Sans entrer dans les détails, je commence à comprendre d’où viennent les crampes. Je choisis d’attendre mon tour et de faire la file. D’autres coureurs arrivent, font le plein, repartent. D’abord un, puis deux, cinq, dix. Bordel! Je prends une chance et je me remets à courir sans plus attendre. Peut-être y a-t-il une autre toilette à Taftsville Bridge, la station d’aide #3. Je ne m’en souviens plus, mais peu importe, je suis reparti.

En quittant Dunham Hill, on embarque rapidement sur la route asphaltée et s’en suit une longue descente jusqu’à une petite ville qu’on traverse sous les encouragements des habitants et de quelques supporteurs. Mes crampes commencent à être sérieuses. Mais je n’ai pas le choix, il faut que je continue. Je cours de mon mieux, essayant de me concentrer sur ma foulée, sur mes pas. Je sens ma tête qui commence à me lâcher, les pensées négatives se bousculent et je les repousse les unes après les autres.

À Taftsville Bridge, j’arrive à régler mon « problème » et lorsque je repars, je me sens instantanément mieux. Mon moral revient d’un coup. Je rattrape plusieurs coureurs. Et mon rythme s’accélère, toujours dans les limites raisonnables. Encore une petite station d’aide pour refaire le plein en eau et je serai bientôt à Pretty House, la station d’aide où les coureurs rencontrent pour la première fois de la journée leur équipe.

À Pretty House, je retrouve ma blonde, Nathalie, et mes deux grandes filles (ma petite Marion, 3 ans, est resté à la maison avec sa mamie), mes parents ainsi que Charles et Geneviève, mes amis qui vont plus tard courir avec moi les derniers kilomètres de cette journée.

Il est 7 heures 53 quand j’y arrive. Charles remplit ma bouteille d’eau et je remets à Geneviève les manches que je portais au départ et ma lampe frontale. Nathalie me remet des gels au beurre d’arachide que je glisse dans ma Spybelt (petite ceinture à la taille) pour remplacer ceux que j’ai pris. Je prends ma deuxième bouteille par sécurité (la chaleur est là et je ne veux pas manquer d’eau). Je suis prêt. J’essaie de passer le moins de temps possible dans les stations d’aide. Et surtout, de ne pas m’asseoir.

Mais Nathalie ne me laisse pas repartir sans m’embrasser, ce qui deviendra de station en station, le baiser de la chance.

Arrivée à la station #5, Pretty House. (Photo Daniel Grimard.)

Les 8 prochains miles se déroulent plutôt bien. Les chevaux ont commencé à nous rejoindre (traditionnellement aux USA, les courses de 100 miles étaient des courses de chevaux et le VT100 est, à ma connaissance, la seule course du genre où hommes et bêtes se côtoient tout au long du parcours). Le sentier monte sur de hautes collines dans les herbes et si le paysage est magnifique rendu en haut, la descente, elle, s’avère plutôt brutale pour les jambes. Et pour mes pieds.

J’ai choisi de commencer la course avec les Montrail Rogue Fly, souliers de type plutôt minimaliste. Sur les routes de terre et les quelques sentiers que nous avons parcourus depuis le début, ils font merveilles. Mais voilà qu’après pas loin de 50 kilomètres de course, mon pied droit commence à rouler dangereusement vers l’intérieur dès que le parcours devient le moindrement technique. Immédiatement, je prends la décision de changer au ravitaillement suivant. Je n’ai pas de chance à prendre et je sais que mon autre paire, Mountain Masochist II aussi de Montrail, va faire un super beau travail, même si j’avais initialement prévu les mettre à la mi-course ou même seulement en début de soirée.

À l’approche de Stage Road, station #7, j’entends mes filles crier: Papa! Papa! Et ça, c’est un boost d’enfer!


Arrivé à Stage Road à 9 heures 26, après 50 km de course, je suis accueilli par mes filles, Julia et Simone. Le bonheur! (Photo Luc Hamel)

Nathalie m’annonce en souriant que je suis 15 minutes en avance sur mon temps de l’année dernière. C’est plutôt bon à entendre! Elle me demande de quoi j’ai besoin et je lui dit que je vais changer de souliers mais pas de bas et que je ne veux pas m’asseoir. Pendant que Nathalie me met de la crème solaire, mon père me tend un Coke Diète que je cale d’un trait. Pourquoi diète, alors que les autres coureurs boivent du Classique? Parce que le sucre du Coke normal me donne des brûlements d’estomac. Aussi simple que ça. Et un Coke Diète froid avec de la caféine passe beaucoup mieux qu’un café chaud!

Rapide changement de souliers avec le sourire et un coke diète… (Photo Geneviève Lavigne)

En passant devant la table de ravitaillement, je prends quelques morceaux de bananes et de melons d’eau que j’emporte avec moi. Je marche un peu en prenant le temps de manger, mais très vite le pas de course reprend le dessus.

Je fais les 4 ou 5 kilomètres suivants sans voir trop de coureurs. Je suis dans ma bulle, dans ma zone, et tout fonctionne parfaitement. À un certain moment, je sens quelqu’un s’approcher derrière moi. Je me retourne et découvre Pierre, souriant, qui me rejoint. Je le croyais devant moi depuis longtemps, mais il me dit qu’il a pris tout son temps à une des stations d’aide principales. Pierre est un excellent coureur. Il en est à son premier 100 mile. À partir de ce moment, on va faire un bon bout de chemin ensemble.

Les 17 kilomètres qui suivent nous apportent notre lot de longues montées, de bonnes descentes, ainsi qu’un grand bout de route asphaltée, avant de nous faire passer par une belle petite portion de single track. Au sortir du sentier, il y a une petite montée qui nous amène à la station #13, Jenne Farm. De là, il ne reste 2.5 km avant Camp 10 Bear I qui est la station située quasiment à la mi-parcours (on passe à cette station deux fois, la deuxième fois au 70ième mile). Je décide d’ouvrir un peu les valves pour ces 2 kilomètres et demi qui sont pratiquement en descente et je me lance. J’y vais assez vite, sans mettre les freins sur mes quadriceps, je me laisse aller. Je file pas mal et Pierre me suit. J’arrive aux abords de Camp 10 Bear à plein gaz. J’aperçois tout de suite Junior, Luc et Daniel, le Team de mon ami Michel, et aussi les photographes attitrés. Je suis content de les voir. Je me dirige vers la pesée obligatoire. À mon arrivée au check-up médical, vendredi 15:00, j’ai été pesé à 175.3 livres. Je pèse à présent 172.1 livres. Je suis ok pour continuer (une perte de 5% de notre poids initial et nous sommes mis sous observation et réhydratation, 7% et c’est la fin de la course, à l’inverse une prise de poids de + de 6% peut indiquer un problème sérieux comme un dysfonctionnement des reins et c’est l’arrêt immédiat).

Pesée officielle à Camp 10 Bear I, 12 heures 43. (Photo Daniel Chartier)

Cinq minutes plus tôt et j’aurais manqué mon équipe qui est arrivée tout juste comme je descendais de la balance. J’avais maintenant près de 40 minutes d’avance sur mon temps de 2011. On s’est rapidement installé dans un coin pour le ravitaillement.

Et c’est là où j’ai faille gaffer…

Dans mon désir de ne pas m’attarder aux stations d’aide, j’ai ingurgité tout ce qu’on me donnait à boire et à manger à la vitesse de l’éclair et je suis reparti les mains pleines de melons et de bananes. Ça aurait pu mal tourner… Il y avait un long bout de chemin de campagne à faire au soleil et je savais qu’une solide et sévère montée m’attendait dans le bois. Je courrais d’un bon pas… et j’ai commencé à avoir mal au coeur et à me sentir gonflé. Je me suis trouvé idiot d’avoir bouffé comme ça, mais je ne pouvais plus rien y faire. Je me suis concentré sur mes pas, sur mon rythme de course/marche, j’ai mis mon esprit un peu au devant de moi pour qu’il me tire vers l’avant. Ç’a fonctionné et rendu tout en haut, j’ai vu la petite affiche où l’on pouvait lire: 51 miles done, 49 to go. J’ai souri en me disant qu’à partir de maintenant, métaphoriquement du moins, ça descendait…

J’ai retrouvé toute mon équipe à Tracer Brook, station #17.  Cette fois, j’ai pris le temps de mastiquer les aliments… Nathalie a mis de la glace dans un foulard qu’elle a noué autour de mon cou. Je ne me suis quand même pas attarder, mais j’avais le moral. Les kilomètres précédents, je les avais bien couru, ça c’était bien enchaîné et j’avais rattrapé pas mal de coureurs. J’avais maintenant plus d’une heure d’avance sur mon temps de l’année précédente. Je ne m’énervais pas trop avec ça, mais ça me donnait confiance.

En quittant Tracer Brook, une montée interminable s’offrait aux coureurs. Une de celles qui semblent vouloir s’éterniser à jamais.

De la glace autour du cou à Tracer Brook, 14 heures 47. (Photo Geneviève Lavigne)

Tout va bien, je repars! Avec mon père en arrière-plan et Charles à mes côtés. (Photo Luc Hamel)

Pierre m’a rejoint à nouveau tout de suite après la station #18, Prospect Hill. On a retrouvé nos équipes respectives à Margaritaville où l’on ne s’est pas attardé ni l’un ni l’autre. De Margaritaville à Camp 10 Bear II, 12 kilomètres à faire. Je courrais avec Pierre mais j’étais aussi beaucoup dans ma tête. Intérieurement, j’ai du me battre avec moi-même au cours de cette portion du parcours. J’avais l’impression que je n’y arriverais tout simplement pas. Je ne sais pas pourquoi, mais ça s’est insinué en moi comme ça. Je me sentais lourd, crevé. Je n’ai rien dit à Pierre. Je traversais un creux. Un mur. Un méchant coup de barre!

Quand j’ai vu Julia à l’approche de Camp 10 Bear II, j’ai comme eu un coup de fouet. 70ième mile. 112.65 kilomètres de parcouru. Encore 47 autres km à faire. À peine plus qu’un marathon… La nuit s’en vient… Allez, hop! On se botte le cul!

17 heures 30 à ma deuxième visite de Camp 10 Bear. Je pèse 171.4. Good to goJ’en profite pour changer de camisole. Je mange un peu même si j’ai tout sauf faim… Je sens ma forme qui est revenue. Geneviève s’est préparée pour courir avec moi puisque les pacers sont autorisé à nous accompagner à partir d’ici jusqu’à la fin, mais je préfère repartir seul pour une dernière fois. C’était prévu comme ça, de toute manière. J’ai besoin de ces derniers kilomètres en solo avec moi-même pour finir la course.

Changement à Camp 10 Bear II. (Photo Geneviève Lavigne)

Ready to go for another round. (Photo Luc Hamel)

Départ de Camp 10 Bear II avant la nuit. (Photo Luc Hamel)

Quand j’arrive à Spirit of 76 près d’une heure quarante-cinq plus tard, je commence à me sentir pas mal vidé et j’appréhende un peu la portion à venir. Les 18 kilomètres qui m’attendent m’avaient parus durer toujours en 2011. Mais je les avais couru dans la noirceur la plus complète, alors que maintenant, il fait encore clair et pour au moins une bonne grosse heure et plus. Au niveau du moral, c’est un avantage certain.

À partir d’ici, Charles embarque avec moi. Il m’accompagnera jusqu’à Bill’s où Geneviève prendra le relais et je le retrouverai à Polly’s pour terminer la course avec lui.

À Spirit of 76, juste avant de repartir pour 18 longs km, je me sens vidé. (Photo de Geneviève Lavigne)

Encore une fois, je ne m’attarde pas à la station. Je dis à Charles que je vais courir devant et c’est ok pour lui. Mais il se rend vite compte que je traîne de la patte. Il me suggère de prendre la tête dans les montées et de me laisser leader les descentes (j’ai encore du jus dans les descentes). Parfait. Je dois me parler intérieurement, me fouetter un peu. Je sens la paresse m’envahir. Je crois y arriver, je trouve encore du gaz dans le réservoir, et on termine ces 18 foutus kilomètres en 2 heures 20 environ.

Arrivée à Bill’s. Nouvelle pesée médicale: 171.0. La bénévole me demande: How do you feel? Je réponds en riant: Best shape of my life!!! Naturellement, je blague et ça la fait sourire, mais n’empêche que je me sens pas si mal. Je repars avec Geneviève pour un autre 11 kilomètres. Dès les premières foulées, je la préviens de la « monstrueuse » montée que nous allons avoir à affronter dans quelques mètres. Du moins, dans mon souvenir, cette montée m’avait parue « monstrueuse »… Il n’en est rien! Tant mieux! Rendu en haut, c’est une longue descente dans les champs. J’aperçois des lampes frontale qui dansent au loin. Bientôt, on rejoint la route et on rattrape encore quelques coureurs.

Les 11 kilomètres sont réglés en plus ou moins 1 heures 15.

Enfin, Polly’s! Station #28. 95.9 miles (154.33 kilomètres). Je n’ai plus tellement la notion du temps. On me dit qu’il est 23 heures 11. Dans le pire des cas, je serai rendu à minuit et demi.

J’embrasse Nathalie. Quand on va se revoir, ce sera à la ligne d’arrivée!

Dans l’empressement, Charles et moi passons tout droit alors qu’il aurait fallu tourner à gauche. Ni l’un ni l’autre n’avons vu la flèche. Deux cents mètres plus loin, nous arrivons devant une route. Aucune indication. Cul-de-sac pour nous. Oups! Je me retourne et vois passer des lumières de frontales dans le bois un peu plus haut. On fait tout de suite demi-tour. On court. L’embranchement est là, on l’a simplement manqué. Heureusement, on s’en est aperçu tôt.

La course reprend. Mais je n’ai plus grand-chose dans le corps. Je commence sérieusement à manquer de gaz, je veux juste finir. J’aurais aimé courir cette portion de bout en bout mais, typique du VT100, ça monte encore et encore alors que l’on croit que c’est fini… Lorsque j’aperçois la petite pancarte qui indique: 1 mile to go! Je sais pertinemment que ce sera le one mile le plus long de cette longue, longue journée!

À 00:08, dimanche le 22 juillet, je franchis la ligne d’arrivée. Toute ma gang est là. On se sert dans nos bras, on s’embrasse. Un bénévole me remet une médaille de participation. Je demande à mon père: Où est la chaise? Elle est tout près, on m’y amène, je m’y assois. Je ne réalise pas encore que j’ai retranché 3 heures 20 à mon temps de l’an passé. Je viens de terminer le VT100 en 20 heures 08 minutes et 54 secondes…

Enfin rendu! L’effet embrouillé de la photo reflète très bien l’état de mon esprit…

Une fois les classements ajustés, je serai 35ième overall et 10ième sur 67 chez les 40-49. Mon meilleur temps dans une course.

J’aurais aimé resté à la ligne d’arrivée pour attendre mes amis. Mais la nuit fraîche m’a donné le frisson instantané et même habillé chaudement, je grelottais. Une douche chaude m’aurait aidé, mais comme il n’y en avait pas sur place, j’ai choisi de rentrer à l’hôtel avec les autres pour me laver et dormir un peu.

Je suis revenu sur place à 9 heures le matin pour encourager les derniers coureurs. Michel était là. Et Patrick avec Louis, qui n’a pas pu courir à cause d’une blessure mais qui a passé la journée et une bonne partie de la nuit à être bénévole. Et Vincent. Pierre nous a rejoint avec sa famille sous la tente, un peu plus tard, pour le BBQ et la remise des Belt Buckles. On s’est tous félicité, raconté un peu nos courses. On a mangé, pris quelques bières, reçu nos prix. Et on s’est dit au revoir.

Voilà!

See you next year, VT100!

Remise de la Belt Buckle (emballée!) par la Race Director, Julia Hutchinson.

Se préparer au pire, espérer le meilleur

Nous y voilà presque. Seize jours encore. Deux petites semaines. Aussi bien dire demain.

Ce sera le Vermont 100 Mile Endurance Run.

J’en serai à ma deuxième année. Mon deuxième 100 mile. J’ai bien sûr envie d’y faire un bon temps, selon mes standards. Un temps meilleur que celui de l’an passé. Mais ce n’est pas le seul but. En fait, le temps ici importe peu. La journée sera longue. On ne court pas 160 kilomètres comme on court un marathon. On ne peut pas courir après le temps sur un 100 mile, à moins bien sûr d’être un coureur élite. Et je suis loin d’en être un. Je n’ai pas la prétention de le devenir, je n’en ai pas non plus le talent. On court un 100 mile pour l’aventure personnelle, pour l’envie de se dépasser à très grande échelle. Pour le voyage intérieur aussi. On ne peut pas courir 160 kilomètres sans aimer être seul à l’intérieur de soi pendant de longs, longs moments. On ne peut pas non plus courir 160 kilomètres sans aimer (un peu) souffrir. Beaucoup. Sans aimer un peu souffrir beaucoup.

***

«Prepare for the worst, hope for the best.»

J’ai lu cette phrase il y a quelques années déjà, dans la revue Ultrarunning. Un proverbe anglais. Anonyme. Qui pourrait être, à ce que j’ai pu comprendre, une interprétation de certains passages de la Bible, notamment dans les Actes de l’Apôtre Paul… Ouais… Je ne lis pas beaucoup la Bible. Jamais pour ainsi dire. Par contre, je lis beaucoup Ultrarunning.

J’ai lu cette phrase il y a longtemps et elle m’est restée. Comme d’autres plus littéraires de Kerouac, d’Henry Miller, de Jim Harrison… Phrases que j’ai souvent du mal à retrouver dans les livres, mais dont j’ai encore le goût, la sensation, la force dans mon esprit… Il y en a une de Jim Harrison. Dans son roman Dalva. Qui parle de chiens perdus qui font des centaines de kilomètres sur les routes de campagnes, sous la pluie, qui dorment sous les ponts, des chiens qui marchent et courent des centaines de kilomètres pour retrouver leur famille… Je ne peux pas la citer mots pour mots, mais je me souviens de sa tristesse, de sa beauté… Je me souviens de sa force. Comme un poème.

«Prepare for the worst, hope for the best.» 

Cette petite phrase, donc, facile à retenir, s’applique parfaitement aux Ultras. Et particulièrement bien aux 100 miles. Ce n’est pas une phrase qui vaut cher. Mais elle n’en reste pas moins forte.

Elle s’applique aux Ultras comme à la vie en générale. On pourrait se dire ça juste avant de venir au monde…

***

J’ai fait ce qu’il fallait en entraînement. Je suis prêt au pire, il me reste maintenant à espérer le meilleur.

Encore seize jours, deux petites semaines, aussi bien dire jusqu’à demain pour me garder à niveau…

***

Timothy A. Olson a remporté en un temps record la dernière édition du Western State 100. Pour ceux et celles qui aimeraient lire son rapport de course:

http://www.irunfar.com/2012/07/laughing-out-loud-timothy-olsons-2012-western-states-100-race-report.html

Non seulement Tim Olson me donne envie de me dépasser et d’être un meilleur coureur, il m’a aussi donné envie de lire Siddhartha d’Hermann Hesse. Je ne l’avais encore jamais fait. On aura jamais assez d’une vie pour lire tout ce qu’on voudrait.

Siddhartha. Ça ne fera pas de moi un coureur plus rapide, mais c’est ce livre qui m’accompagnera jusqu’au Vermont.

Littérature et ultrarunning. Rien à redire.

Mouvements

Ultimate XC 50 km, St-Donat. 30 juin.

Je vais pas raconter de blagues. Peu après le début de la course, j’ai su que ça allait être une longue journée pour moi, beaucoup plus longue que ce que j’avais initialement prévu.

Pourtant, au départ, je me sentais en pleine forme, confiant en mes moyens. Je croyais être en mesure de pousser fort dès le départ, de garder dans mon champ de vision mes amis plus rapides (Benoît, Michel, Rachel, Laurent), de m’accrocher derrière eux à moyenne distance et de tenir le rythme… 1 kilomètre plus loin – plus haut – j’étais largué. Il était évident que la prochaine fois que je les reverrais, ce serait à la ligne d’arrivée et qu’ils auraient assurément une ou deux bières d’avance, sans compter un paquet de minutes…

Drôle comment les choses se goupillent parfois. Le coeur y est, mais pas les jambes. On se lève le matin prêt à en découdre, mais sans le savoir, nos jambes ont décidé de déconner et de rester au lit. Et pas avoir de jambes dans une course de trail assez extrême en montagne, eh bien ça regarde mal. J’ai ralenti la cadence en me disant que c’était une longue course et que j’avais le temps, que rien n’était encore perdu. Mais déjà mon esprit commençait à regarder ailleurs. Même pas 8 heures du matin et il faisait déjà très chaud. La petite voix qui commence à murmurer: «Allez, à quoi ça sert tout ça? Pourquoi t’arrêtes pas?…» Merde! Ça va vraiment pas! j’ai pensé. Alors j’ai fait comme on doit faire dans ces cas-là et je me suis accroché. Seulement, à me faire dépasser pas mal dans les 10 premiers kilomètres, c’est le moral qui a foutu le camp pour aller rejoindre les jambes…

Au ravitaillement #1, je suis tombé sur Jean-Michel, un ami qui roulait bien. Le temps de remplir mes deux bouteilles et je suis reparti avec lui en me disant que ça allait me motiver de le suivre, que ça allait me donner un bon boost. Le boost a pas duré longtemps. Peut-être 3 kilomètres. J’ai recommencé à tirer de la patte. J’ai dit à Jean-Michel de pas attendre après moi. Il est resté encore un moment, puis il a dit: «On se voit plus tard.» «Ok!» j’ai fait. Je l’ai regardé disparaître au loin. Comme les autres, je croyais le revoir au finish.

Ravitaillement #2. J’ai refait le plein en eau et j’ai avalé quelques quartiers d’oranges en reprenant tout de suite la route. Je ne m’attarde jamais vraiment aux stations d’aide, même quand ça va mal. Surtout quand ça va mal! On peut reprendre plusieurs secondes, voire plusieurs minutes si on s’y prend bien. On s’hydrate, on se nourrit, on repart. Ce n’est pas vraiment le temps ni l’endroit pour compter les mouches (il y en avait beaucoup, cela dit…).

500 mètres plus loin, je me suis arrêté pour resserrer mes souliers. En levant la jambe gauche pour poser le pied sur un tronc d’arbre coupé, j’ai eu droit une superbe crampe dans le quadriceps. Génial. J’avais justement besoin de ça. Une crampe solide, sauvage. Je me suis envoyé trois capsules d’Endurolytes et je suis reparti… en marchant.

Tu viens pour faire une course. Tu viens pour COURIR. Et tu MARCHES. C’est normal de marcher en montant, c’est même parfois plus rapide, c’est normal de marcher en montant, ça aide à reprendre des forces. Mais marcher sur le plat, marcher les descentes, marcher quand c’est roulant… BORDEL!

Les kilomètres suivants sont allés ainsi: marche, cours, crampe. Endurolytes. Marche, cours, crampe. Enduro… Et parce que c’est sûrement plus amusant, je me renverse les chevilles à quelques reprises dans les descentes… Pas du tout évidentes, les descentes, single track avec roches, racines, fougères à profusion. D’habitude, c’est ma force. Mais là… Fuck! La petite voix n’était plus un murmure, elle prenait de la force: «Regarde, tu vois, ça sert à rien. Tu es cuit, foutu. Arrête-toi avant de te blesser. Pense au Vermont 100 dans trois semaines. Tu veux le courir en béquilles, ton 100 miles? Hein? Ça t’amuserait? Prend ça cool, allez, arrête-toi à la prochaine station. Anyway, tu vas la finir en 12 heures, ta course. À quoi bon! T’es lent comme une tortue. Va te baigner au lac. Va prendre une bière. Allez, allez…» 

Une seule fois j’ai abandonné une course. Marathon d’Ottawa en 2011. Je l’ai amèrement regretté, j’ai passé plusieurs jours à m’en vouloir. Cette fois, pas question d’écouter la petite voix maudite. De toute façon, je savais qu’une autre prendrait la relève si j’abandonnais. Une autre voix plus méchante qui dirait: «Bravo, mon gars! Abandon par manque de coeur au ventre au 20ième kilomètre! C’est superbe! Et maintenant, dis-moi que tu mérites d’aller en courir 160 au Vermont! Dis-moi que tu as tout ce qu’il faut…!!Dis-moi que tu n’es pas un peu LÂCHE!!!» N’empêche, tout en essayant de demeurer zen, d’être en mouvement et de ne pas m’aplatir face contre terre, un DNF (did not finish) semblait quasi inévitable.

La station #3 se trouvait en-haut d’une solide montée. Là, j’ai été testé… Il y avait un ravitaillement d’eau, oui, mais aussi un abri contre le soleil, des chaises et des coureurs assis sur les chaises, l’air un peu déçu. Un bénévole qui disait dans un walkie-talkie: «J’ai trois coureurs ici qui arrêtent pour blessures…» J’ai rempli mes bouteilles, reluqué une fraction de seconde une des chaises vides. Dans cette fraction de seconde, une éternité de oui, de non, de peut-être, de pourquoi pas. Puis je suis reparti. En courant. Vite.

La peur de l’abandon m’a donné un regain d’énergie qui a duré 4 kilomètres environ. Je commençais par contre à sentir des ampoules brûler sous mes pieds. Et les crampes revenaient par à-coups. J’enfilais des capsules d’Endurolytes. Je buvais beaucoup d’eau. J’ai rapidement vidé mes bouteilles. Et j’ai cru que je n’arriverais jamais à la station d’aide #4. J’avais la bouche complètement sèche. Il me fallait boire absolument. Après une autre bonne montée en plein soleil, j’ai aperçu les deux bénévoles et surtout, la table avec les réservoirs d’eau. J’ai pu refaire le plein et repartir assez rapidement.

Après…

Il y a eu la section marécage où ma jambes droite s’est enfoncée jusqu’en haut de la cuisse dans la boue. Voulant prendre appui avec mon bras droit, il s’est à son tour enfoncé jusqu’à l’épaule. Je m’en suis sorti en ressemblant à la Créature des Marais. Tout de suite après, j’ai pu profiter de la rivière… J’y ai sauté à pieds joints et si j’avais pu plonger, je l’aurais fait! Je me suis laissé aller, j’ai pseudo nagé quelques brasses. C’était parfait pour mes jambes. De l’eau bien froide. Au sortir de la rivière, j’ai pu courir la montée menant à la 5ième station, celle où l’on pouvait changer nos chaussures et refaire le plein en gel d’énergie, jujubes d’électrolytes et autres. Au départ, je n’avais pas l’intention de changer mes souliers, mais j’avais quand même mis une paire de rechange dans mon drop-bag, au cas où. Comme mes pieds me faisaient pas mal souffrir, je n’ai pas pris de chance et j’ai remplacé mes Salomon par mes Montrail. Bon choix. Mes pieds ont paru reprendre vie, malgré les ampoules que je sentais bien gonflées. Après avoir descendu d’un trait un lait au chocolat froid pas vraiment froid, je suis reparti d’un bon pas. Je me sentais mieux. Beaucoup mieux. Mieux, mais bon, pas tellement plus rapide…

Il y a eu cette autre station d’aide où les bénévoles ont été surprises de me voir. Où elles m’ont pris en photo avec une grosse pelure d’orange en travers de la bouche. Comme je suis un acteur qui ne s’en fait pas trop avec son image, j’ai rigolé. C’est de cette même station que je suis reparti avec un dernier quartier d’orange qui, m’a foi, a dû tremper dans le chasse-moustique. Ma langue et mes lèvres ont été un instant comme anesthésiées… Au point où j’en étais…

Il y a eu cette longue descente de peut-être 3-4 kilomètres sur un chemin de VTT au gros soleil. Descente où courir à 5 minutes 30 du kilomètre faisait mal en chien. Au moins, je courais!

Il y a eu l’arrivée au ravitaillement prés de La Réserve, un centre de ski. Ravitaillement avec tam-tam et quelques spectateurs pour nous encourager. C’est là que j’ai retrouvé Jean-Michel. Il avait eu lui aussi un mauvais moment à passer. On a décidé de poursuivre ensemble. Une très bonne idée, surtout qu’il y avait pas loin devant nous un monstre de montagne à gravir. Une jolie pente de ski abrupte qui montait montait montait. C’était bien de s’encourager dans l’effort.

Il y a eu ces kilomètres qui n’en finissaient plus de finir, qui sont passer de 50 à 54 à 56, pour finir à 58 sur ma montre Suunto (j’ai remarqué que même les GPS ne s’accordent pas sur la distance du parcours: certains indiquent 56K, d’autres 57, j’ai même vu un relevé de Garmin qui indiquait 59).

Dans les derniers 3 kilomètres, Camille, un ultrarunner de la Martinique nous a rejoint. Il était venu expressément pour la course. Il nous a parlé d’un ultra en Martinique. 140 kilomètres. 4000 pieds de dénivelé. Il l’a couru deux fois. Ça doit être pas mal, quand même, un ultra en Martinique…

On a terminé ça, Jean-Michel et moi en 8 heures 41 minutes 57 secondes. Moins bien que j’aurais aimé, moins pire que j’aurais cru. Rien n’est jamais vraiment perdu.

Camille nous a rejoint dans les secondes suivantes.

Franchir la ligne, c’était comme le Nirvana.

***

C’est toujours très satisfaisant de terminer un ultra. La journée a été longue. Les amis sont là, souvent la famille y est aussi. L’ambiance est  festive. Il y a les burgers – bien sûr! – et la bière. Chaque ami(e) coureur(euse) a son histoire à raconter. Les jambes font mal. Les muscles font mal. Il y a bien de réelles blessures chez certains, chez certaines. Mais notre âme – oui, oui -, notre âme est plus légère. Et on sourit. C’est pas cool, ça? Est-ce que ça en vaut pas la peine??

Satisfaction à l’arrivée. Photo de Luc Hamel.

***

Je n’ai pas parlé de mon marathon d’Ottawa à la fin mai. Il a bien été. Il en devient donc moins intéressant… J’y ai fait le temps que je visais. 3 heures 30.

***

Bouger. Être

en mouvement.

Coûte que coûte.

Avancer.

Ne pas regarder derrière.

Être.

En mouvement.

***

Mai: 373.25 km.

Juin: 405.43 km.

Janvier à juin: 1934.5 km.

Bear Mountain, Dean Karnazes et les hamburgers

The North Face Endurance Challenge Gore-Tex 50 mile Northeast Regional.

Bear Mountain, 5 mai 2012.

Alors?

Alors ç’a été une courte nuit et une longue journée. Une longue et belle journée. 10 heures 56 minutes et des poussières de course pour environ 4 heures de sommeil découpées en rondelles. Sommeil fragile, murs de chambre en carton. Motel un peu cheap, voisins bruyants… Mais comme j’étais pas là pour me reposer, faut pas trop s’en faire.

Pour ce qui est de la course, tout s’est bien déroulé. Bien sûr j’aurais aimé faire un meilleur temps, mais hé! on veut toujours faire un meilleur temps… Je visais les 10 heures, peut-être même un peu moins. Je visais grand, j’ai débordé… Ça arrive. Mais dans l’ensemble, rien à redire. Parcours superbe et difficile à souhait, très bien marqué. De la roche, de la roche et… de la roche. Des racines, de la bouette, de bonnes montées, de bonnes descentes, très peu de bouts plats, quelques sections asphaltées qui sapent légèrement le moral – pas trop quand même, mais de l’asphalte en trail ça fait toujours un peu mal à l’âme…

Du point de vue hydratation, le choix des deux bouteilles à la main était parfait. J’aurais eu chaud avec mon sac sur le dos. Pour la nutrition, ç’a été exclusivement aux stations d’aide: oranges, bananes, patates bouillies, bretzels. Aucun gel d’endurance. Toujours peur, sur la très longue distance, de me bousiller le système digestif avec ça… Et cette année, j’ai réussi à éviter les problèmes gastriques et les crampes musculaires qui m’ont plombé en 2011. Je vais pas m’en plaindre. J’ai pas cherché le trouble.

Le seul côté négatif, c’est que je n’ai jamais eu les pieds aussi trashés après une course. J’ai couru avec mes Salomon S-Lab 3 que j’aime beaucoup. Mais voilà justement, mes S-Lab en avaient déjà pas mal dans le corps – plusieurs kilomètres d’entrainement, Vermont 100, Vermont 50. Résultat: protection moindre et ampoules partout avec six black toenails d’un coup, DOA (ongles d’orteils noircis, morts à l’arrivée). Mon record. Jusqu’à maintenant. J’aurais eu besoin de chaussures un peu moins usées…

Sur les derniers 20 kilomètres, l’état de mes pieds m’a empêché de pousser comme j’aurais voulu, surtout dans les descentes. Comme je sentais chaque petits et gros cailloux, chaque racine, et que j’avais l’impression déplaisante d’avoir un de mes ongles arraché, c’était moins évident…

Mais ça fait quand même partie du plaisir…

On remet ça l’an prochain. Et on va aller les défoncer, les foutues 10 heures!

Départ/arrivée, 3hrs40.

Entre 7:00 et 8:00 approx.

Départ/arrivée, 17:30

***

J’ai eu la chance de rencontrer Dean Karnazes après la course. On a jasé quelques instants. Très sympathique. Il se prépare à courir son 9ième ou 10ième Badwater 135 Ultramarathon… 

Pour la 9ième ou 10ième fois…! Euh… D’accord.

 Avec mon ami Fred et Dean K.

Qu’on aime ou non Karnazes, une chose est certaine: il inspire. Grandement. Plusieurs lui reprochent son côté hyper-médiatisé, un peu contraire au profil plus bas d’une vaste majorité d’ultrarunners d’élite. Et alors? Karnazes est médiatisé à l’os, il court sans cesse et il donne envie de bouger à des gens qui autrement resteraient assis sur le divan jusqu’à la mort. C’est quand même pas mal, non?

Lisez  – en anglais seulement – son dernier livre: RUN!

Moi ça me donne juste envie prendre mes souliers et de traverser le pays coast to coast… Quelqu’un pour me commanditer?

***

Ah oui! Les hamburgers…

C’est ce que j’ai mangé pendant deux jours dans l’état de New York. Avec de la pizza sur la route. On est aux États-Unis, après tout! Non, c’est vrai, j’ai mangé des pâtes, la veille de la course. Avec un verre de Pinot. Des pâtes aux poulet, tomates, pesto. Des pâtes pas si mal. Mais les hamburgers! Ok, j’avoue, après avoir couru, y a rien qui bat un satané burger, même s’il est froid, même s’il est servi avec juste un peu de ketchup, même si whatever!

Alors à l’arrivée, c’est ce que j’ai mangé. Burger végé. Avec de la bière (en avais pas bu depuis novembre dernier, ouf!). Et pour souper aussi, j’ai bouffé du burger. Plus costaud celui-là, un vrai de vrai. Le bonheur avec encore de la bière et des ailes de poulet!

Après une course, après un ultra surtout, c’est un hamburger que je veux. Un gros si possible. Au boeuf, au gibier, au poulet, à la dinde, végé, peu importe. J’en veux un. Même deux. Mais s’il vous plait, pas au saumon. Ni à l’agneau.

De la bière aussi. Mais seulement après la course…

***

Les gagnants du 50 mile: Chez les hommes, Jordan McDougal a terminé en 7:25:22, et chez les femmes, Aliza Lapierre en 9:19:24.

***

Beaucoup de québécois ont couru à Bear Mountain. Je ne peux pas tous les nommer, mais c’était un plaisir de se retrouver ensemble au petit matin et après aussi, épuisés, fourbus, heureux. Je suis prêt à parier qu’on sera encore plus nombreux l’an prochain…

***

Merci à Fred et Rachel d’avoir partagé la route en voiture avec moi. Merci à Rachel d’avoir couru tout ce parcours de malade en ma compagnie pour une deuxième année de suite. Et un gros bravo à Vincent F. qui, en terminant sous les 12 heures, c’est ainsi qualifié pour courir le Vermont 100 (160km) en juillet! Ça va chauffer, Vince!

Toxique – L’air du temps…

Bon, il n’y a rien à faire. Depuis plusieurs jours que j’essaie, je n’y arrive pas. Je parle de mon rapport de course à Bear Mountain. J’en suis à 3 ou 4 tentatives d’écriture, mais à chaque fois, ça ne prend pas. Tout se barre en couilles, tout s’effondre mollement. Disons que je ne suis pas particulièrement un mordu du rapport classique, hyper détaillé, quasi au kilomètre près. De mon côté, et ce peu importe la course, ça ressemble beaucoup à: Je suis venu, j’ai couru et j’ai vaincu (sort of…) la distance. Mais pour Bear Mountain, je m’étais promis pour une fois d’écrire quelque chose de plus long tout en essayant de rester intéressant. Peine perdue. Quand on s’ennuie soi-même à écrire, mieux vaut aller se couper les ongles d’orteils…

***

Alors. Pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi suis-je incapable d’enligner deux phrases à peu près potables sur ma course de 50 miles? L’air du temps, j’imagine. Un peu beaucoup toxique à respirer, autant pour le cerveau que pour le coeur…

Ceci est un blog sur la course à pied, je ne vais pas parler de politique.

Ceci est un blog un peu zen, alors je ne vais pas m’emporter.

J’entends, je lis surtout, un paquet de choses et ça en devient effrayant. On en tremblerait. On en tremble, oui. Mon coeur assis à la cuisine s’emballe parfois de rien alors que je peux courir 24 heures en ligne.

Beaucoup de bruit. Beaucoup de chiens qui jappent et peu de chefs de meute. Et les chefs, ceux qui devraient l’être, ont plutôt le profil de bandits de grands chemins…

Pas de politique, ai-je dit.

Pas d’emportement.

Bien, bien…

Une amie – je devrais plutôt dire une connaissance, mais en ces temps un peu moches, je veux qu’elle le soit, mon amie -, une amie donc a écrit ceci sur Twitter:

«Ce n’est pas les coups de matraques qui m’inquiètent. C’est les déchirures entre les gens…»

Moi aussi, c’est ce qui m’inquiète

Et déchirures il y a. Qui crissent. Terriblement.

Il faudrait peut-être commencer à se remettre la tête et le coeur à la bonne place. Parce que si on attend après certains, on risque de passer le reste de nos jours la tête entre les jambes et le coeur au bord des lèvres.

«…jusqu’à ce jour-là je n’avais encore jamais parlé

avec des hommes sans pesanteur, plus étrangers

à nos présences que les martiens de notre terre

nos mots passaient à côté d’eux en la fixité parallèle

de leur absence…»

Un homme. Un rare vrai par les temps qui courent. Gaston Miron.

Sur la route

Tout s’est bien déroulé au Demi-Marathon de la Banque Scotia, dimanche dernier. Je ne ferai pas un compte rendu kilomètre par kilomètre, puisque c’est somme toute assez simple: Je me suis présenté à la ligne de départ détendu et confiant, la température était parfaite dans l’ensemble – mis à part le vent peut-être, et encore -, et j’ai couru de mon mieux les 21.1 kilomètres qui s’offraient à moi. J’ai eu de petites douleurs – jambier antérieur droit – que j’ai pu ignorer sans trop problème après 4 ou 5 km, des doutes à mi-parcours que j’ai balayés du revers de la main, j’ai gobé deux ou trois gels au beurre d’arachides comme une sorte de test pour l’estomac, et j’ai tenu le rythme que je voulais, même un peu plus. Je me suis senti mal, je me suis senti bien. Et au final, le résultat me convenait parfaitement.

Le plus important, c’est que j’ai aimé chaque instant de ma course. Ce qui n’est pas toujours aussi évident qu’on le pense…

Et après, j’ai croisé des gens qui ont terminé en 1 heure 15, d’autres, en plus de 2 heures 20. Tous et toutes avaient le sourire éclatant, le regard brillant. C’est aussi ça, la beauté de courir. Se dépasser, repousser ses propres limites et par le fait même, se rendre heureux. Point.

Parfois, juste pour cela ça vaut le coup.

***

Encore quelques heures et ce sera le moment

de prendre la route.

Prendre la route, prendre la route,

prendre

la route.

5 ou 6 heures sur la I-87 S, et on sera

rendu

à Central Valley, New York.

Et pas très loin, tout près,

tout près de là,

la montagne,

celle de l’Ours,

Bear Mountain et ses 50 miles,

 ceux du North Face Endurance.

Oui.

Ce sera ça

maintenant.

***

***

«The stillness of this earth

which we pass through

with the precise speed of our dreams.»

Jim Harrison, Returning to Earth

 ***

Prendre la route… Le 11 mai prochain, Sylvain Burguet s’est donné le défi de courir les 265 km qui séparent Montréal de Québec en 30 heures. Tout ça, en soutien à la déficience intellectuelle.

Ça vaut la peine de s’y arrêter un peu, non? www.ledefimontrealquebec.com

Je lui souhaite la meilleure des réussites.

***

Quelque part il y a le chaos.

En ton coeur

entretient simplement

la Beauté.

***
(Avril: 331,39 km.)