Bromont Ultra 100: Un dur de dur

Je m’étais bien promis de ne plus abandonner une course. 

Promesse rompue.

C’est la fatigue qui m’a eu.

Honnêtement, je me doutais un peu que j’aurais à faire face à l’effet post-UTMB à Bromont. Mais je croyais quand même avoir assez de réserves pour terminer mon troisième 160 km de la saison en y allant peinard, sans trop me presser. Grossière erreur! Aussi, je m’attendais à un parcours du genre Vermont 100. Mes camarades organisateurs du Bromont Ultra nous ont plutôt balancé un proche – très proche! – cousin du Virgil Crest (VC100) dans les pattes! Outch!

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Le site de départ du Bromont Ultra, le vendredi soir, à la veille de la course.

Si j’ai sous-estimé le parcours qui m’attendait, jai aussi sur-estimé mes capacités physiques et mentales pour cette course. Je n’étais tout simplement pas prêt à m’attaquer à un autre 100 mile si peu de temps après le Mont-Blanc. Je ne vais pas me morfondre avec cet abandon. J’ai donné tout ce que j’avais à donner ce weekend et ç’a tenu sur une distance de 57.8 km (selon ma Suunto Ambit). Suite à un bon départ en compagnie de Louis A., de Fred G. et d’un autre coureur, j’ai senti que les choses se compliqueraient après une quinzaine de kilomètres seulement. J’avais le souffle court. Je peinais dans les montées. J’étais incapable de me concentrer sur l’instant présent et je n’arrêtais pas de me répéter – malgré moi – que la journée serait longue. Mauvais signe…

Deux averses surprises m’ont amené au bord de l’hypothermie, ce qui ne m’a pas aidé à conserver mes forces. Je fonctionnais déjà avec des batteries faibles et une petite lumière rouge clignotante.

Aux environs du 35ième kilomètre, au moment d’entamer la montée des pentes de ski, j’ai eu un regain d’énergie. Et de confiance. Le mot d’ordre maintenant était de terminer le premier 80 km, puis de voir pour la suite. Rapidement, j’ai déchanté. J’étais dans la section la plus difficile du parcours. Difficile et interminable. Je n’avais pas de réelles douleurs physiques – rien de notable du moins – mais la fatigue s’incrustait et mon morale dépérissait à chaque kilomètre. Je me forçais à manger à intervalles réguliers, avalant deux gels à l’heure en moyenne. Je m’étais aussi toujours bien nourri aux stations d’aide: patates bouilles, bananes, melon d’eau. Je buvais régulièrement et gobais des S!Caps pour la balance de sodium/potassium. Je faisais tout ce qu’il fallait pour tenir le coup, pour garder le cap. J’avais comme mantra: «Tu termines la première boucle de 80 et après tu verras comment tu te sens. Tu vas y arriver. Ça va aller!» Mais ça n’allait foutrement pas…

Dans une descente, quand j’ai commencé à bailler à m’en décrocher la mâchoire, je me suis dit qu’il était peut-être temps de mettre fin à ma saison de course 2014.

Et c’est ce que j’ai fait en arrivant au camp de base (55 km approx.), après plus de huit heures de course et 2400 mètres de dénivelé positif. J’étais vidé, crevé.

TKO.

Bromont Ultra 80 and 160 km course

J’ai dit que je ne me morfondrais pas avec cet abandon. Et je ne le ferai pas. Deux jours plus tard, je ressens encore de la fatigue et mes jambes sont aussi lourdes que si j’avais terminé l’épreuve. Je sais que j’ai fait le bon choix. C’est maintenant l’heure du repos.  Après tout, il s’agit de revenir en force en 2015!

Le Bromont Ultra a tout pour devenir un classique des ultramarathons au Québec. Un dur de dur. Et je suis certain que sa réputation va rapidement faire son chemin jusqu’à nos proches voisins américains. Pour une première édition, Gilles, Audrey, Alister et tous les autres organisateurs ont frappé fort. Bien sûr, il y aura quelques ajustements à faire, notamment en ce qui concerne les nombreux passages au camp de base pour les coureurs du 160 kilomètres. Mais cet évènement ne peut que s’améliorer, c’est certain.

Pour moi, un des obstacles majeurs sera toujours cette boucle de 80 kilomètres à faire deux fois, comme au Virgil Crest 100. Je ne suis pas un fervent amateur de ce genre de parcours, en témoignent mes deux précédents abandons au même VC100. Je préfère de loin les boucles complètes (Vermont, Massanutten, UTMB), les point-to-point (Western State) ou encore les out-and-back (Leadville). Mais les parcours que l’on double me donnent définitivement du fil à retordre. Cela dit, je comprends tout à fait qu’ils soient plus simples à gérer d’un point de vue logistique.

Mais peu importe. Mon prochain défi sera peut-être de venir à bout d’une de ces bêtes, justement.

On verra bien…

Pour l’instant, bravo à toute l’équipe et à tous les bénévoles pour leur dévouement et leur incroyable travail. Organiser un évènement de cette ampleur relève de l’exploit. Mission accomplie!

Aussi, un bravo à tous les coureurs et toutes les coureuses, toutes distances confondues! J’étais présent dimanche après-midi pour assister à l’arrivée des participants du 80, 55 et 25 kilomètres. De vous voir tous et toutes vous donner à fond et terminer avec fierté et le sourire aux lèvres était tout simplement beau et inspirant.

Bien sûr, un immense bravo et respect total à mes amis qui ont terminé les 160 kilomètres: Joan (1ère place), Fred (2ième), Pierre, Louis et Martin. You rock, guys! 

Un peu de motivation. Histoire de bien terminer pour mieux recommencer…

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 Just. Keep. Moving. Forward.

Pourquoi cours-tu comme ça? (Livre)

Petit billet rapide en ce lundi après-midi. 

POURQUOI COURS-TU COMME ÇA? est un recueil de nouvelles auquel j’ai eu le plaisir de participer. Ici, pas de trucs pour être plus rapide ni de conseils pour choisir de bons souliers ni de programmes d’entrainement à tout casser. Simplement sept bonnes histoires qui ont pour thème commun la course à pied ainsi que le (court) récit de mes errances d’ultramarathonien.

Avec l’automne qui s’installe, c’est le petit bouquin parfait pour se détendre… après l’entrainement!

Disponible depuis le 4 septembre dans toutes les librairies et aussi en ligne, ici.

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«On a beau avoir des jambes de feu ou une technique naturelle, la course s’apprend comme la vie: un pas à la fois.» – Patrick DION, La Course en Juillet.

Bonne course et bonne lecture!

Colossal UTMB

La pluie.

À une dizaine de minutes du grand départ, la pluie se met à tomber. Rien de terrible, un petit crachin. Mais au-dessus de nos têtes, au-dessus de Chamonix et du Mont-Blanc, les nuages sont menaçants. On y coupera pas. L’édition 2014 de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc commencera sous la pluie. Je ne m’en fais pas trop. Certains coureurs autour de moi enfilent déjà leurs coupe-vent ou leurs imperméables. Je n’en fais rien. Je porte un tee-shirt et des manchons en laine mérinos, je vais avoir trop chaud si j’ajoute une couche. Et il ne fait pas particulièrement froid. J’essaie de rester concentré, zen. De m’imprégner du moment. Je suis quand même sur la ligne de départ du mythique UTMB, bordel! Je ferme les yeux, prends une grande inspiration. Je pense à ma blonde et mes filles restées à la maison, au Québec. Mon coeur se serre, ma gorge se noue. Je voudrais qu’elles soient là, avec moi, pour partager ce moment avec elles, pour que je puisse leur sourire, leur lancer un clin d’oeil, leur dire que je les aime… Mais elles n’y sont pas. Il n’y a rien que je puisse y faire. Zen, donc. J’ai une course qui m’attend. Une longue, longue course. À nouveau, une bonne inspiration. Je sais très bien que ma famille, même éloignée, saura me donner la force et le courage nécessaires pour passer à travers l’épreuve quand les choses se corseront, je sais que lorsque viendra le temps de puiser tout au fond de moi-même pour me relever et continuer, elles seront , à mes côtés.

Je souris. Puis j’ouvre les yeux. Il reste moins de cinq minutes. La pluie redouble. Tout le monde trépigne d’impatience et de nervosité.

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L’excitation du départ avant la pluie.

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Selfie de coureur.

Quand la musique qui annonce le départ commence, un immense frisson me parcourt. Conquest of Paradise de Vangelis. À la fin des années 90, le boxeur Stéphane Ouellet utilisait ce morceau pour son entrée sur le ring et ça avait un effet monstre, magique pour l’amateur que j’étais. Cette fois, cette musique joue un peu pour moi et je trouve ça plutôt cool! C’est bien ce que je m’en vais faire, non? Conquérir un paradis qui n’a rien d’artificiel et qui saura m’en faire baver? Grand frisson, grand sourire… On égraine les secondes et puis hop! nous voilà partis. La pluie? Oui, et alors? Je m’en fous pas mal!

Le départ est chaotique. Excepté pour les coureurs élites placés devant et les quelques autres qui les suivent directement. Pour la majorité des coureurs dont je fais partie, on passe par une sorte d’entonnoir avant de pouvoir prendre sa place et courir convenablement. Je ne suis pas placé trop loin derrière (je ne me suis pas mis plus à l’avant pour m’empêcher de partir trop vite), mais je n’échappe pas à l’effet de congestion. Une fois ce désagrément passé, je commence à courir sous les encouragements électrisants de tous les gens placés de chaque côté du parcours qui traverse Chamonix. Je trouve peu à peu mon rythme. Je me rappelle avoir lu qu’il est préférable de courir en deçà de ses capacités et c’est ce que je m’efforce de faire, même si j’ai envie d’ouvrir la machine. Pas question de me brûler dans cette première section qui autrement pourrait se courir très rapidement.

Les premiers 8 kilomètres jusqu’à Les Houches se font sans problème. La pluie a cessé, mais l’humidité se faite ressentir. Je suis content de ne pas avoir enfiler mon coupe-vent, j’aurais crevé. Je pense à ce coureur que j’ai dépassé au 3ième km et qui boitait, déjà hors combat. La déception que ce doit être! Tous ces mois, ces heures d’entrainements, tous les sacrifices pour se fouler la cheville après vingt minutes de course. Ce doit être terrible!

Après Les Houches, on attaque la première montée. Tout se passe toujours bien. Mes bâtons sont rangés dans mon sac, je ne compte pas m’en servir avant un moment. Je suis surpris de dépasser autant de personne dans la montée, ce qui est loin d’être ma force. Et pourtant, je ne suis pas à bloc, j’évolue de manière confortable. Tant mieux. Je bois régulièrement et je gobe un gel au demi heure. J’alterne entre ceux aux beurre d’arachides, aux bananes et aux fraises/bananes sans caféine, conservant ceux caféïnés pour la nuit ou pour les gros coups de fatigue.

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Derrière…

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… et un peu plus loin, devant.

 Quand la pluie se remet à tomber, elle le fait sérieusement. Les sentiers deviennent boueux en un rien de temps et je me fais la réflexion que si ça dure longtempss, ça ne sera pas joli! Peut-être pas comme à l’Ultimate XC 2013, mais pas loin… Aux trois quarts de la pente, le vent se met aussi de la partie et cette fois, je n’ai pas le choix, je m’arrête à l’abri pour enfiler mon coupe-vent et j’en profite pour prendre mes bâtons en main, les laissant toutefois repliés. Pas pour longtemps. La pluie rend le terrain glissant, «gras» comme on dit ici, et je dois passer aux bâtons si je ne veux pas m’étaler de tout mon long sur les sentiers.

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(Crédit photo: Maindru Photo.)

Dans la descente qui mène à Saint-Gervais, première grosse station de ravitaillement, je manque de me casser le cou à plusieurs reprises, étirant même de bonne façon, lors d’une glissade, mon ischio-jambier droit qui m’a fait souffrir au marathon d’Ottawa. Je ne remets pourtant pas en question le choix de mes Pearl Izumi N2 (ni de mes M2 quand je changerai à Courmayeur au matin), mais le fait est que par terrain boueux, glissant et abrupte, ils manquent de mordant. Aussi, je me retrouve à descendre «sur les freins», ce qui n’aidera en rien mes quadriceps pour les kilomètres à venir. En principe, j’aurais du me laisser aller dans la descente, freiner le moins possible pour ne pas stresser les muscles. Au lieu de ça, après avoir éviter quelques vols planés catastrophiques, je suis descendu sur les talons, ce qui n’est pas nécessairement une bonne idée.

Arrivé à Saint-Gervais (21 km), je nage en plein brouillard, littéralement. D’abord, la station me parait énorme comparé à celles dont j’ai l’habitude ici et aux États-Unis. Ensuite, il y a beaucoup, beaucoup de monde. Et lorsque je me retrouve aux tables devant des plateaux de fromages et de saucissons, je suis carrément déstabilisé.

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Brouillard à Saint-Gervais, autant dans les rues que dans ma tête…

 Je me secoue un peu, trouve où remplir mes bouteilles d’eau et descends plusieurs rasades de San Pellegrino. En me rendant à la table où on sert de la soupe, j’aperçois quelqu’un que je connais debout au milieu de la place et qui encourage les coureurs. Je me dirige vers lui avec le sourire et réalise à la dernière seconde qu’il s’agit de Sébastien Chaigneau, un des meilleurs coureurs de trail en France, gagnant du Hardrock en 2013. Si moi je le connais, lui n’a aucune espèce d’idée de qui je suis…  Nos regards se croisent et je le salue d’un hochement de tête en continuant mon chemin. Je décide qu’il vaut mieux ne pas m’attarder ici et le temps d’une soupe avalée cul-sec, je repars.

Les 10 kilomètres suivants se déroulent sans encombres  – je n’en ai en fait aucun souvenir – et il me semble que j’arrive rapidement à Les Contamines (31 km). Autre grosse station avec annonceur et animation, là où les coureurs ont droit à leur aide personnelle pour la première fois. Comme je suis solo, ça ne me regarde pas et je fais ce que j’ai à faire du mieux possible. Je remplis mes bouteilles, prends des provisions, descends quelques bonnes doses de San P., et bien sûr, je prends une soupe. Ce sera ainsi à chaque station ou presque.

En quittant la tente de ravitaillement pour repartir, je lève les yeux et vois une pancarte où est écrit: ABANDON avec une flèche qui pointe à droite. Au même moment, j’entends l’annonceur qui lance: « Ceux qui ont abandonné ou qui veulent rentrer sur Chamonix, l’autobus quittera dans dix minutes…» Bon, je cite de mémoire mais ça ressemblait pas mal à ça. J’avoue que pendant une fraction de seconde, j’ai été tenté. L’idée m’a effleuré l’esprit. Abandonner. C’était si simple. Si facile. Juste là, à droite, en direction de l’autobus…

Je suis reparti. Vers la gauche, vers le chemin le plus long. Et je n’ai jamais repensé à cette connerie sur la pancarte.

Plus de pluie, maintenant, mais la nuit bien installée et une montée pas trop abrupte, régulière, pour les 8 prochains kilomètres.

À La Balme (39 km), une tente chauffée, une jolie bénévole aux yeux bleus qui remplissait à volonté mon gobelet de San P. avec un sourire timide et magnifique (je dis San Pellegrino, mais c’était peut-être une autre marque, allez savoir, moi je ne me rappelle plus, je voyais surtout ses yeux et son sourire, mais d’ici la fin, on va s’entendre pour du San P.). J’ai profité de la chaleur de la tente et je me suis changé en vitesse. J’ai viré mes vêtements détrempés, tee-shirt et manches en mérinos, mon foulard, pour les remplacer par un Icebreaker à manches longues, mon imperméable et un Buff en mérinos. J’ai sorti mes gants aussi, vu ma propension à geler facilement des mains. Je me suis assuré d’avoir tout remis dans mon sac puis je suis ressorti.

À l’extérieur, il y avait un gros feu et je m’en suis approché pour me réchauffer. Certains coureurs étaient assis là, d’autres, allongés sur les bancs autour. Avoir fait de même, je ne m’en serais jamais remis. C’était trop bon!

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Le feu à La Balme. On y était tellement bien qu’il valait mieux ne pas y rester longtemps…

En quittant La Balme, c’est la longue montée vers le Col du bonhomme puis la Croix du bonhomme à 2486 mètres. S’ensuit une solide descente vers la station Les Chapieux (49 km). Je ne perds pas de temps à Les Chapieux, je reprends la route en moins de deux. Étant donné que j’ai mis ma Suunto Ambit en mode autonomie de batterie de 50 heures et que les données GPS sont imprécises, je ne me préoccupe pas de ma vitesse, ni de ma cadence, ni vraiment du kilométrage. J’ai plutôt bloqué l’écran sur les paramètres d’ascension, de descente et d’altitude et sachant que nous avons 9600 mètres de dénivelé positif sur les 168 kilomètres, je sais ainsi ce que nous avons fait et ce qu’il reste à faire. Là encore, ce n’est peut-être pas la précision la plus optimum, mais ça donne une bonne idée de l’ensemble.

Les 15 kilomètres suivants nous amènent de Les Chapieux à la station du Lac Combal, en passant par le Col de la Seigne à 2516 mètres. La montée et la descente du Col de la Seigne sont magnifiques. Il a beau faire noir, les centaines de lampes frontales qui se suivent forment un serpent lumineux qui rampe sans fin à travers les montagnes.

Nous sommes maintenant en Italie.

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Crédit photo: Kristen Kortebein (Trailporn.com)

 Au Lac Combal (64 km), je change justement les piles de ma frontale. Je mets un peu de temps à repartir, un manque de focus généralisé dans les stations d’aide, moi qui suis plutôt un adepte du in and out rapide. Résultat: coup de froid. Je frissonne. Heureusement, avant la prochaine montée, il y a peut-être 2-3 km à peu près plats. J’en profite pour courir à bon rythme et me réchauffer. Je commence aussi à lever les yeux vers le ciel. J’espère y voir des étoiles. Le jour va se lever bientôt et avec lui, je le souhaite, le soleil et non la pluie…

Je suis exaucé car, lorsque je passe l’Arête du Mont-Favre, le jour se lève enfin sur le Mont-Blanc et sur nous. Et le temps s’annonce radieux.

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Alors que la grande majorité des coureurs se trouve encore en Italie au lever du soleil, les coureur élites, eux, se rapprochent de la Suisse et de la station La Fouly où les attend Bryon Powell d’iRunFar. (Crédit photo: Bryon Powell)

Bien que le soleil ait fait son apparition, j’ai encore froid. Il est temps d’arriver à Courmayeur où je pourrai procéder à quelques changements.

Après l’Arête du Mont-Favre, on descend jusqu’à la station Col Chécrouit où je m’arrête même si je n’ai pas à la faire, même si mes deux bouteilles d’eau sont encore presque pleines. Manque de focus, une fois de plus. J’attrape un morceau de fromage et le mâche sans grande conviction. Je reprends la route en me demandant pourquoi je me suis arrêté…

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De la station Col Chécrouit, on descend sur Courmayeur. 4 kilomètres seulement. Mais ils sont violents.

Les 4 kilomètres suivants qui nous amènent sur Courmayeur sont terribles. En fait, en plein le genre de sentier que j’aurais aimé dévaler à fond de train avec des jambes fraîches. Mais là… Mes quadriceps commencent déjà à montrer des signes inquiétants. Ils sont raides, je n’ai aucune souplesse, je me retrouve une fois de plus à courir sur les talons, à mettre les freins alors que je devrais plutôt y aller à fond. Pour ma défense, la section est très technique et les switchbacks sont serrés, abruptes. Plusieurs coureurs me dépassent ici, ils filent comme des bombes. Je n’en reviens tout simplement pas. Jusqu’à ce que je les retrouve «explosés» quelques mètres plus bas…

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Selfie (de pied) de coureur après 77 kilomètres.

Courmayeur. 77 kilomètres de faits. Même si ce n’est pas exactement le cas au niveau du kilométrage, l’endroit est un peu considéré comme étant la mi-course. C’est ici que les coureurs ont droit à leur unique drop-bag. Et c’est ici aussi que je retrouve un peu de mon focus. Je me suis préparé mentalement durant la descente, je sais maintenant où je vais, ce que je veux et comment y arriver.

D’abord, je récupère mon sac et me trouve un endroit tranquille. Il est près de 8 heures du matin. Des coureurs mangent, d’autres font la sieste, d’autres se préparent à repartir. J’enlève mon chandail, puis mes chaussures et mes bas Injinji (bas à orteils, les seuls que j’utilise lors de mes ultras). Je nettoie et sèche mes pieds. Je prends le temps de les examiner ce faisant. Pas de bobos significatifs. Parfait. Je sors mes Pearl Izumi M2 de mon drop-bag et une paire de bas propre. Je me rechausse sans trop serrer mes lacets. J’enfile un nouveau tee-shirt, celui que m’a offert Mountain Hardwear et la gang de La Chute du Diable. J’enlève les vêtements mouillés de mon sac de course et les remplace par d’autres qui me serviront la nuit prochaine. Toutes ces opérations terminées, je me sens mieux. je peux aller manger. On nous sert des pâtes et j’en prends un bon bol. Quelques verres de San P. Puis, je me dirige vers le pseudo-dortoir où sont installés de gros matelas bleu de gymnastique. J’en prends un, m’y installe, règle l’alarme de mon iPhone pour 15 minutes et je ferme les yeux. Instantanément, je me mets à planer dans un endroit chaud et confortable et je pense à ma blonde et à mes filles, rien d’autre.

Au bout de 15 minutes, c’est la musique de Kill Bill qui me ramène sur terre. Je ne perds pas de temps, je me remets sur pieds, prêt à reprendre la route. Avant, je dois seulement remplir mes bouteilles d’eau fraîche et passer par les toilettes. Pour l’eau, pas de problème, pour les toilettes par contre… Il semble n’y en avoir qu’une seule (plutôt étrange) et deux allemands (les drapeaux apparaissent sur nos dossards) font la file. Tant pis, je passe mon tour, hors de question de poireauter plus longtemps ici. Je ferai ça à la trailrunner, c’est à dire, dans les bois…

De Courmayeur, on grimpe plus de 700 mètres sur 5 kilomètres jusqu’au Refuge Bertone. De là, la vue est splendide.

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 Près du Refuge Bertone, vue plongeante sur Courmayeur.

Au Refuge Bertone, la vue est donc splendide… et les toilettes sont libres! J’ai aussi droit à un petit café italien bien sucré qui me donne un sacré bon coup de fouet! Du Refuge Bertone (82 km) jusqu’à la station Arnuva (95 km), j’alterne efficacement entre course et marche rapide dans les montées. Tout baigne et si mes calculs sont bons, je suis dans les temps pour terminer près des 35 heures, ce qui me convient au plus haut point.

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Quelque part en Italie. (Crédit: Maindru Photo.)

À la station Arnuva, je refais le plein et j’essaie de filmer un petit vidéo pour envoyer à ma blonde et mes filles. Sauf que la batterie de mon iPhone est quasi à plat et au moment d’envoyer le clip de 15 secondes, mon iPhone s’éteint et éteint le clip. Je rage un peu, fait une nouvelle tentative, avortée elle aussi. Et plus possible de prendre de photos à partir de maintenant. Tant pis.

Il est temps d’attaquer la montée du Grand col Ferret (2537 mètres) avant de basculer vers la Suisse.

La montée, pas de problème. Longue mais très belle. Arrivé au sommet, le vent est fort et il fait froid. Je m’arrête un instant pour enfiler mon coupe-vent et j’entame directement la descente. À partir de là, commence le sufferfest pour mes quadriceps. Jusqu’à la station suivante, La Fouly (108 km), je vais trouver le temps long. Très long. Et douloureux.

Après La Fouly, où je fais un de mes arrêts les plus courts, je retrouve un bon rythme sur la majeure partie de la section qui mène au petit village suisse de Praz de Fort que je traverse et que je trouve superbe. La montée suivante pour se rendre à Champex-Lac (122 km) est une véritable torture. La fatigue générale se fait sentir. La station à Champex-Lac en est une grosse avec aire de repos et tout, mais comme ma batterie d’iPhone est à plat et que j’hésite à demander à un bénévole de me réveiller après 15 minutes de sieste, je préfère me changer pour la nuit, manger un peu et me reposer en m’appuyant la tête sur une des tables à pique-nique. Je ferme les yeux et somnole une dizaine de minutes. Ensuite, je me prépare à repartir.

Un peu plus tôt, en arrivant, j’ai remarqué le tableau électronique qui affichait nos temps et notre classement. Avant de quitter, je m’y arrête à nouveau par curiosité et je vois que mon ami Laurent est entré dans la station après moi. Je pars à sa recherche, sous la tente, me disant qu’il doit être en train de manger et de se préparer pour la nuit. Comme je ne le trouve pas, j’en conclus qu’il a peut-être choisi d’aller dormir un peu. Pas question de le déranger. Je repars sous les encouragements des habitants de Champex-Lac qui crient mon nom et lancent de joyeux: «Allez, Canada, go, go, go!» Ça me fait sourire et me met de bonne humeur. Je cours sans forcer et deux cents mètres plus loin, j’aperçois un coureur arrêté sur le côté de la route qui fouille dans son sac. Laurent! Je lui dis que je l’ai cherché dans la station et il m’apprend qu’il ne s’y est pratiquement pas arrêté. On est content de se retrouver ici, on décide de poursuivre ensemble. Seulement, Laurent est un coureur beaucoup plus rapide que moi (moins de 2:45 au marathon) et bien qu’il soit fatigué lui aussi, ses quadriceps ne sont pas dans le même état que les miens. Si je peux maintenant le suivre sur les plats et les montées, il me perd dans les descentes. Je lui dis à plusieurs reprises de ne pas m’attendre et de continuer sans moi, qu’on se retrouvera bien. Non, il décide de rester en ma compagnie. On s’encourage, rendant ainsi la deuxième nuit un peu moins pénible.

La deuxième nuit… Je vais couper court ici, car cette deuxième nuit sera étrangement pareille au  Jour de la Marmotte (le film avec Bill Murray) avec des sections qui se suivent et se ressemblent beaucoup – du moins dans mon esprit.

Disons qu’il reste un marathon (42,2 km) à courir  et qu’il est aux environs de 21 heures. Nous mettrons, Laurent et moi, près de 12 heures à compléter ce foutu marathon. 12 heures! Le pattern n’est pas compliqué. Ça monte abrupte et ça descend à pic. Je passe devant pour les ascensions et Laurent (qui a cassé un de ses bâtons dès le début de la course) prend la tête pour les descentes. Beaucoup de roches, de racines. À certains endroits, il est préférable de ne pas perdre l’équilibre et de tomber en-dehors des sentiers car la chute risque d’être douloureuse… Les yeux me brûlent de fatigue, j’ai peur de m’endormir debout. À Trient (139 km), on fait une pause et un power-nap de 10 minutes. Je n’en dis rien à Laurent, mais je commence à avoir des hallucinations, je vois des statues dans les bois (une pianiste rousse en robe blanche!!) et toutes sortes de choses plutôt amusantes dans le faisceau de ma lampe frontale. Comme je connais le phénomène, ça me fait rigoler et je me concentre de mon mieux sur mes pas et sur le but ultime, celui d’avancer.

On passe peu de temps à Vallorcine (149 km). La dernière ascension nous attend, qui nous mènera à la Tête aux vents à 2130 mètres d’altitude. On dépasse pas mal de monde dans cette montée interminable. On s’arrête à quelques reprises pour reprendre notre souffle. On est littéralement «torchés», on ne se sent plus beaucoup de force. Et quand on lève les yeux au ciel et qu’on voit des étoiles, on réalise très vite que ce ne sont pas des étoiles, mais plutôt la lumière des frontales qui nous précèdent… Ça monte dans la face d’un singe! On reprend la route…

C’est le matin quand on arrive enfin à la station La Flégère (160 km). Laurent se prend un petit café et je me laisse choir sur une chaise. On blague avec une bénévole très sympathique. Il ne reste que 8 kilomètres à se taper et c’est la fin. Mais ces 8 derniers kilomètres sont en descente… Ce qui me plaisait beaucoup sur papier lorsque j’étudiais le parcours dans les jours précédents la course m’apparait à présent comme un véritable calvaire. Je crois que j’aurais préféré une dernière ascension. Mais bon, il faut ce qu’il faut et j’en ai vu des plus amochés que moi, je n’ai pas à me plaindre.

Les deux premiers kilomètres, je les fais sur les talons, naturellement. Sur les freins, de manière stupide. Puis, à force d’être dépassé à répétition, j’en ai marre, il est temps que ça finisse. Je me laisse aller et même si ça fait mal, je serre les dents. Ça fait BANG! BANG! BANG! dans chaque fibre de mon corps. On rattrape plusieurs coureurs – il me semble- et ça me redonne le moral. Ce n’est pas une question de compétition ni de classement au final. Honnêtement je m’en fous. Je veux simplement terminer cette course et au plus vite. J’espérais, au mieux, terminer près des 35 heures. Je sais maintenant que je serai sous la barre des 40 heures. Et c’est parfait comme ça. La deuxième nuit a été beaucoup plus dure que je m’y attendais et mes jambes ne m’ont pas facilité la tache. Mais voilà, on y est presque. Bientôt, j’en aurai fini avec ce colossal UTMB!

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Avec Laurent, à quelques mètres de l’arrivée, dimanche matin. (Crédit: Maindru Photo.)

On quitte les sentiers pour entrer dans Chamonix. Ça y est! Il ne reste qu’un petit kilomètre à courir! Il est encore tôt, mais déjà des gens sont assemblés le long du parcours, certains en train de petit-déjeuner sur les terrasses. On nous encourage, on crie nos noms, j’entends: «Les canadiens sont là!» Laurent et moi, on a le sourire fendu jusqu’aux oreilles. On rentre enfin à la maison!

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Sur mon fil Twitter. Je tiens à préciser que ce n’est pas moi qui textais en course, mais bien un système informatique…

Passé le fil d’arrivé, je n’ai qu’une envie: m’asseoir au plus vite. Puis, boire une bière. Même si c’est de la Heineken… Aussitôt que je m’installe sur un bout de trottoir, j’ai des spasmes dans les muscles et je crampe solide. J’enlève tant bien que mal mes chaussures. J’ai l’impression d’avoir une ampoule de la taille d’une balle de golf sous le pied gauche. Eh bien non! À peine une petite boursoufflure, rien de terrible. Une amie québécoise de Laurent (dont j’oublie le nom, désolé…) est avec nous. Elle habite dans le coin. Elle nous aide et on discute un peu. J’ai du mal à croire que je suis là et que j’ai terminé cette course, j’ai du mal à croire que j’ai franchi la ligne d’arrivée du mythique UTMB. En même temps, je suis comme un peu paumé, j’ai du mal à savourer l’instant.

C’est encore la nuit à Boucherville et j’ai trop hâte de donner des nouvelles à ma blonde et mes filles (ce que je ne sais pas, c’est que Nathalie et Simone se sont réveillées à 2 heures 30 du matin et qu’elles m’ont vu arriver en direct via la webcam). Je termine ma bière et me relève en grimaçant. À 46 ans, ça grince comme si j’en avait le double. On se fait une accolade, Laurent et moi. On se remercie mutuellement d’avoir terminé ça ensemble. Puis, je prends tranquillement le chemin de ma petite «cabane» à Chamonix. Et quand je dis tranquillement…

J’écris un texto à ma famille pour leur dire que je suis rentré, que tout va bien et que je vais les rejoindre via FaceTime plus tard. Je prends une bonne douche et je me laisse tomber sur le lit. Je m’endors sans trop de soucis.

Plus tard, après avoir parlé à ma blonde et mes filles, je retourne à la Place du Triangle de l’Amitié pour l’arrivée des derniers coureurs et la remise des prix. Ensuite, je vais reprendre mon drop-bag à l’endroit prévu. Je tombe sur Fanny, une québécoise qui vit dans l’Ouest. Elle a terminé elle aussi. Elle est avec sa mère. Je les ai rencontrées le jour de mon arrivée à Chamonix. Sa mère a fait un saut de parapente en tandem, la veille de la course, ce qui m’impressionne au plus haut point. Pas certain que j’aurais les couilles… On discute un moment, on se félicite et on se souhaite un bon retour.

Pour souper, sous les conseils de ma nutritionniste personnelle et préférée, je m’offre la totale: tartiflette et sa salade avec une bonne (plus ou moins) bière fraîche! (Pas vrai que ma blonde m’a conseillé ça, mais elle n’était pas contre non plus…)

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Tartiflette et sa salade et une bière qui m’a fait m’ennuyer de la IPA. Je n’ai pas pris en photo les escargots qui ont précédés, ni la tarte tatin qui a suivie. Et je ne peux pas expliquer la présence des deux corbeilles de pain…

Après tout ça? Du repos. Juste. Du. repos.

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Repos au soleil.

Dernier mot. La beauté de l’instantané.

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Graffiti sur un mur de Chamonix, au lendemain de l’UTMB 2014.

Pré-UTMB (Photos)

Le temps de remettre mes idées en place, voici quelques photos prises à Chamonix dans les jours précédents le départ de l’UTMB 2014.

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Le mot d’ordre.

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Déjà, à Chamonix, on suit les flèches…

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De toute beauté.

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Le site de départ/arrivée de la PTL, TDS et de l’UTMB. La CCC part de Courmayeur et l’OCC, de Orsières.

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Tout en haut, le Brévent, d’où décollent les parapentes.

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Le temps change rapidement.

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L’Arve qui traverse et coupe en deux Chamonix.

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Ma «cabane» à Chamonix.

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L’arrivée des derniers coureurs de la TDS, le jeudi midi.

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Selfie de touriste…

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Jeudi soir, l’équipement est prêt, ready to go.

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Un SMS comme réveil-matin.

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Battements cardiaques au réveil, it’s all good.

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Vendredi, 29 août, 16:30, il reste une heure avant le départ.

À suivre…

Vermont 100: Une quatrième fois

J’avais le souvenir de mon VT100 2013 en travers de la gorge. L’an dernier, la tête et le coeur n’y étaient tout simplement pas et j’avais passé la majeure partie des 160 kilomètres à m’apitoyer sur mon sort, triste et con, et à vouloir abandonner pour un oui ou pour un non. Le soutien et les encouragements de ma blonde, de mes filles et de mes amis Charles et Geneviève m’avaient permis de demeurer en piste et de terminer «l’épreuve», mais j’en avais bavé solidement en me trainant de peine et de misère.

J’avais très envie d’effacer ça. Et surtout, de ne pas recommencer le même maudit manège.

Première chose: J’ai promis à ma bande – toujours constituée de ma blonde, Nathalie, mes trois filles et de Charles et Geneviève – que j’allais garder le sourire quoiqu’il arrive et que je m’arrangerais pour que le moral soit au plus haut niveau.

Deuxième chose: Je me suis promis de ne pas me plaindre, d’apprécier la beauté du parcours, d’avancer coûte que coûte, de courir et de ne pas me trainer les pieds.

Si j’ai bien rempli le premier point, j’ai eu plus de mal pour le deuxième. Cela dit, mes quadriceps en sont un peu la cause…

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4:00 du matin samedi. Le départ. Toujours aussi relax. On est une dizaine de québécois à faire la course. On se serre la main, on se souhaite bonne chance. Je me mets en ligne dans la dernière minute en compagnie de Louis A. Il fait frais, légèrement humide. Je porte des shorts Pearl Izumi Ultra et une simple camisole North Face. Mes pieds sont chaussés de mes Pearl Izumi N2 Trail bleu/vert qui ont 320 km au compteur. Je n’ai pas l’intention de les changer, à moins d’un pépin majeur. Je me sens bien, reposé.

Une fois lancé, le rythme s’installe tranquillement. Je cours avec Louis, en jasant. Louis est plus rapide que moi. Il passe sous les 3 heures au marathon. Mais comme on court un 100 miles, il n’y a pas de presse. Quand il aura envie d’augmenter la cadence, je le laisserai filer pour ne pas me bruler. Les premiers kilomètres se font sans accrocs, à une bonne cadence. On dépasse pas mal de monde. Puis, comme il se doit, je dois faire un arrêt dans les bois… car il y a des choses auxquelles on échappe pas… Je souhaite bonne route à Louis, j’éteins ma lampe frontale et prends la tangente à travers les fougères.

Trois ou quatre minutes plus tard, c’est un troupeau de coureurs/coureuses qui m’a dépassé… Je repars à l’attaque sans trop pousser, histoire d’aller reprendre ma place plus à l’avant. J’y arrive assez bien et je rejoins Louis (il a du s’arrêter lui aussi) maintenant accompagné de Vincent F. et Denis L. Nous voilà tous les quatre galopant au même rythme sur les routes du Vermont.

Le jour se lève. Je remplis ma bouteille aux points d’aide Densmore Hill puis, plus loin, Dunham Hill sans perdre de temps. Notre petit groupe se sépare aux environs du 20ième kilomètre. Denis est resté un peu en retrait, Louis et Vincent ont pris les devants. Je ne force pas pour les rejoindre. Je garde mon rythme, m’efforce de manger régulièrement, soit un gel ou soit ma nouvelle découverte, des minis barres d’énergie à base de Chia. À chaque heure, je prends aussi une S!Caps – capsule de sodium/potassium. Les choses vont bien, mais… Je sens mes quadriceps un peu raides. Je ne m’en fais pas trop avec ça, sauf que ce n’est pas normal sitôt dans la course.

À Taftsville Bridge, pendant qu’on remplit ma bouteille, je descends deux ou trois verres de Gatorade et je repars avec un morceau de banane et deux de melon d’eau. J’ai tout à coup l’impression d’être lent. Terriblement lent. J’ai l’impression de me faire dépasser avec une facilité déconcertante. À l’approche de Pretty House, première station d’aide où les crew sont permis, je me dis que mon équipe doit être découragée de me voir prendre autant de temps avant d’arriver. J’estime être en retard de beaucoup. Qu’à cela ne tienne. Je me colle un sourire au visage, rattrape une coureuse devant moi et jase un peu avec elle. À l’intersection devant nous, je vois passer une mini-fourgonnette qui se dirige vers la station d’aide tout près. Je continue de jaser avec la coureuse qui en est à son premier VT100. Courant maintenant à une cinquantaine de mètres derrière la mini-fourgonnette, je remarque le numéro de coureur peint sur le vitre arrière: 111. Mon numéro! Au même moment, je vois Nath qui sort la tête par la vitre coté gauche et qui m’annonce en souriant que je suis 20 minutes EN AVANCE sur le temps prévu, donc sur mon meilleur temps! J’ai un peu de mal à y croire, mais ça me donne un sacré bon coup de fouet. Et m’assure à nouveau, comme si besoin était, que je suis nul en calcul et en maths.

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Arrivée à Pretty House plus tôt que prévu. Mes filles et mon amie Geneviève qui m’accompagnent

jusqu’à la table de ravitaillement. Ma petite Marion, elle, est cachée derrière moi… (Photo: Far North)

 Mon arrêt à Pretty House a été court. Les deux sections suivantes jusqu’à Stage Road où m’attendait à nouveau mon équipe se sont déroulées sans problème. J’en ai  couru une partie avec un gars du Tennessee. Très sympathique.

Stage Rd, donc. Je retrouve Nath, mes filles, Charles et Geneviève. Encore une fois, je ne m’attarde pas. J’ai 50 kilomètres dans les jambes et une bonne montée m’attend à la sortie de la station d’aide.

L’an dernier, j’avais commencé à m’auto-démolir dans cette section.  Cette fois, je tiens le coup. Avec des hauts et des bas. Je rejoins Vincent. On court un bout ensemble. Il prend de l’avance, je le rattrape. Je prends de l’avance, il me rattrape. Le yo-yo comme ça sur plusieurs kilomètres. Même chose avec un autre coureur qui porte une camisole verte (à un certain moment, je le rattrape et le dépasse pour la nième fois, il me dit alors: «Good job», et je comprends qu’il est cuit, je ne le reverrai plus…).

Arrive ensuite cette chose étrange. Une de mes chaussures se met à faire squick! Et quand je dis squick! c’est squick! squick! À chaque pas. Je ne suis même pas capable de discerner si c’est la chaussure droite ou la gauche ou les deux. Squick! Squick! Squick! Je vais devenir fou. Vincent me lance de loin qu’il va savoir où je serai la nuit venue. Qu’il n’aura pas besoin de lampe frontale, qu’il pourra se guider au son. Je n’ai pas de mal à le croire. Ce squick!-là, c’est le supplice de la goutte chinoise. Je ne durerai jamais la run. Je vais abandonner avant! Merde! Heureusement, on arrive au premier Camp 10 Bear dans une dizaine de kilomètres. La mi-course (ou presque). J’ai une autre paire de N2 qui m’attend. Orange flash. Une paire toute neuve. Un peu risqué, mais too bad, pas le choix! Je n’endurerai pas des squick! squick! pour les 80 quelques kilomètres restants!

À Camp 10 Bear 1, c’est la pesée officielle. J’ai perdu .7lb sur mon poids de la veille, aussi bien dire rien. Je rejoins ma gang (j’ai toujours 20 minutes d’avance sur mon meilleur temps au même endroit), leur dis que je vais changer de chaussures. Quand Nat me demande si ça va, je réponds que ça va ok avec le sourire. Je ne vais pas si ok que ça, elle le sait. Mais je souris, lui fais un clin d’oeil et descends une mini- canette de coke en moins de 2. J’enlève ma ceinture de taille Ultraspire qui me gène depuis un bon moment et glisse quelques gels et barre de Chia dans les pochettes de mes shorts. Je repars le plus vite possible. Quand le mal de coeur me prend, une demi heure plus tard, je réalise que j’ai laissé mes Tums et mes bonbons au gingembre dans ma ceinture de taille. Bravo. J’entreprends une interminable montée le coeur un peu fade. J’essaie de penser à autre chose. Je mesure la chance que j’ai que le ciel soit légèrement couvert. En plein soleil, à 13 heures et des poussières, ce serait l’enfer.

À la station suivante, Pinky’s, le mal de coeur est passé et je fais le plein en eau, bois du Gatorade, avale quelques morceaux de patates bouilles et je repars avec du melon d’eau et des bananes. Je sais par expérience que les prochains kilomètres jusqu’à Tracer Brook se courent plutôt bien. J’essaie d’en profiter, mais mes quadriceps me donnent du fil à retordre.

À la sortie de la station Birmingham’s, en traversant un champ d’herbe, surprise! je me fais piquer à la cheville par une guêpe. Bon. D’accord. Ça fait mal. Mais comme j’ai déjà mal partout ailleurs, ce n’est pas nouveau et je n’en fais pas de cas. Je poursuis ma route en espérant seulement que la cheville ne se mette pas à enfler. Non, rien. Nada. La douleur s’estompe. Parfait. Peu de temps après, je rattrape Louis. Il commence à avoir des problèmes d’échauffements entre les cuisses, ce qui l’avaient contraint à l’abandon l’an dernier. De mon coté, ça ne s’arrange pas avec mes quadriceps. On décide de poursuivre ensemble en ajustant nos rythmes de course. On ne s’arrête pas à Tracer Brook, on attaque directement la longue montée de 2.7 km qui nous mènera à Seven Sees où se trouvent mon équipe.

À Seven Sees, le moral est très bon. On m’apprend que Joan R. est troisième au classement général et que Pierre L. a une vingtaine de minutes d’avance sur nous. Tout va bien. Je remplis ma bouteille puis avise un réservoir où est inscrit: «Pickle Juice». Du jus de cornichons! Essentiellement, la marinade vinaigrée et salée dans laquelle on conserve les dits pickles. Rock on! Je m’enfile deux shooters de «Pickle Juice» sous le regard hautement dubitatif et un peu inquiet de ma blonde. Je lui dis de ne pas s’en faire, que c’est plein de sodium et que ça peut éviter les crampes. Puis, je lui demande de me redonner le petit sac Ziploc qui contient mes Tums et mes bonbons au gingembre que j’avais laissé plus tôt dans ma ceinture de taille. On ne sait jamais, après le jus de pickles…

Louis et moi poursuivons ensemble jusqu’à Margaritaville. Je suis prêt à repartir avant lui. Il me dit d’y aller, qu’il va me rejoindre. Je repars. À quelques reprises, je jette des coups d’oeil par-dessus mon épaule. Il n’est pas en vue. Je ne le reverrai qu’à l’arrivée, plus tard dans la nuit.

De Margaritaville à Camp 10 Bear 2, je reprends quelques places sur des coureurs qui sont visiblement «explosés». Dommage pour eux. Mais ça me redonne confiance.

Il y a une très longue descente qui mène jusqu’à Camp 10 Bear 2. L’an dernier, je m’étais défoncé solide dans cette descente, histoire de reprendre du temps perdu. Résultat: j’avais vidé mes dernières réserves, batterie à zéro… Cette fois, je joue safe. Interdit de passer sous les 5 minutes du kilomètre en descendant. De préférence, demeurer entre 5:10 et 5:30/km. Ce qui ne m’empêche pas à un moment de lancer un grand cri de joie en descendant tellement je me sens bien.

À Camp 10 Bear 2, je retrouve ma gang. Mais avant, je dois passer par la seconde pesée officielle. J’ai perdu 2 livres sur mon poids initial (175 au lieu de 177). Rien d’anormal. Je rejoins Nath et mes filles, refais le plein en gels et en barre d’énergie. Il est encore tôt, donc je ne prends pas ma lampe frontale. Geneviève est prête à m’accompagner pour les 11 prochains kilomètres, jusqu’à Spirit of 76 où Charles prendra la relève*.

Si ce n’est en rien comparable à ce que j’ai vécu en 2013, c’est quand même à partir de là que les choses se déglinguent un peu. Mes quadriceps me font de plus en plus souffrir. J’ai un bon coup de fatigue, mais j’arrive à le surmonter. Mon estomac commence à délirer et je le calme avec un Tums. Je gobe aussi un gel au chocolat/beurre d’arachide + caféine. L’énergie revient. Je suis encore dans les temps pour faire mieux que 2012 et passer sous les 20 heures.

À Spirit of 76, je repars avec Charles. On essaie d’imposer un bon rythme. Mais malgré moi, je ralentis. Je peux courir sur de petites distances, pas tellement plus. Je serre les dents pour courir dans les descentes. Mais je marche la moindre petite butte.

À Bill’s, troisième pesée officielle. 176 livres. It’s all good. Je bois un bouillon de légumes et reprends la route avec Geneviève. Maintenant, dans les montées, je dois m’arrêter fréquemment pour masser mes quadriceps. Physiquement, j’ai l’impression d’être cassé de partout. Le moral est bon, mais je n’ai plus grand-chose pour pousser la machine.

Polly’s. Avant-dernière station d’aide. La dernière où je m’arrête. Comme pour les années précédentes, Charles embarque à nouveau avec moi pour les 7 derniers kilomètres. Je donne tout ce qu’il me reste. C’est à dire… bien peu. Je ne pense qu’à finir. Les deux derniers miles du parcours ont été modifiés et ils sont beaucoup moins roulants que par les années passées. Je marche. Trop. Ça reste moins pire que de ramper… Dès que ça descend un peu, je cours. Mais ça descend très peu. Un coureur sortit de nulle part nous dépasse. En courant. Dans une montée. Je lui lève mon chapeau (imaginaire). Il mérite bien de terminer devant moi, celui-là.

Finalement, on entend des voix devant, plus bas. Le sentier est maintenant bordé de lanternes de chaque cotés. L’arche où est inscrit FINISH LINE apparait enfin dans les bois, dans la nuit. Des gens applaudissent, mes filles viennent vers moi. Charles me tape dans la main et je traverse la ligne d’arrivée.

Il est 00:51, dimanche matin. J’ai 20 heures 51 de course dans les jambes. Et dans le corps. J’embrasse Nath et mes filles, remercie Geneviève et Charles, puis je me laisse tomber sur une chaise.

Another fucking 100 done!

And I love it!

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Après. Je me change rapido près de l’arrivée, avec Nath qui me cache du mieux qu’elle peut. Je mets des vêtements secs et une doudoune d’hiver pour éviter le frisson qui ne saurait tarder. Une bonne IPA américaine m’attend à la chaise, au finish. Je trinque avec Charles et Geneviève. Mes filles sont fatiguées. Je leur dis de rentrer à l’hôtel, que je vais rester un peu pour attendre les autres avant d’aller me coucher dans ma tente. Je vois Vincent, Louis et Nicolas S-V. arriver à tour de rôle, tous les trois en-bas de 22 heures. De mon coté, j’en ai assez. Le frisson m’a gagné, ainsi qu’une intense fatigue. Je me rends non sans difficultés à la tente principale où je bouffe un cheeseburger et une montagne de salade de choux. Ensuite, je reprends le chemin du mieux que je peux vers mon petit campement et je tombe comme une roche sur mon matelas de sol.

Râler. C’est ce que je fais de 2 heures 30 à 7 heures du matin, dans mon sac de couchage, en dormant par à-coups. C’est un peu comme si je m’étais fait piler dessus par une armée de soldats d’élite. À 7 heures, je me glisse hors de la tente, me déplie et vais me baigner/laver dans le petit lac (une marre pour être honnête, pleine de grenouille et d’écrevisses) en plein milieu du champ.

BBQ. C’est là qu’on se retrouve à 10 heures 30. Tout le monde marche un peu bizarre mais avec un grand sourire en plein visage. Après avoir mangé et reçu nos boucles de ceinture (traditionnellement remises à ceux et celles qui terminent sous les 24 heures), nous reprenons la route chacun de notre coté, vers nos maisons respectives.

Mensonge. Il ne faut jamais croire un ultramarathonien qui affirme qu’il ne courra plus d’ultramarathons. Seul l’ultramarathonien en question se croit dans ces cas-là. Mais il oublie vite. Et dès le lendemain, il est prêt à en découdre à nouveau. Nathalie, Charles et Geneviève l’ont très bien compris. Aussi ont-ils gentiment hoché la tête en m’entendant dire que c’était mon dernier Vermont 100 avant deux ou trois ans, que j’allais désormais me concentrer sur de plus courtes distances, bla bla bla. Lundi matin, quand j’ai texté Charles pour lui dire qu’en juillet 2015, l’objectif serait de passer solidement sous les 20 heures, il m’a assuré être partant.

IPA. J’ai oublié le nom de la IPA** que j’ai bu tout de suite après mon arrivée. Dommage car elle était très bonne. Mais de retour à la maison, j’ai plongé la main dans la glacière, sortie une IPA Long Trail et l’ai savourée avec plaisir. Elle manquait peut-être un peu d’amertume à mon gout, mais n’empêche, après avoir couru 160 kilomètres dans les montagnes du Vermont, une bière portant le nom d’IPA Long Trail, ça ne s’invente pas. Et ça se boit le sourire aux lèvres et le coeur léger.

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Cheers!

* Aux États-Unis, dans les courses de 100 miles, des pacers sont autorisés à accompagner un coureur ou une coureuse pour les 30 derniers miles. Le Massanutten 100 et maintenant le Vermont 100 ont des catégories «Solo» qui reconnaissent les athlètes ayant relevé le défi en solitaire. En Europe, à l’UTMB notamment, les pacers ou accompagnateurs sont interdits.

** On m’a renseigné et le nom de la IPA en question: Stowaway IPA.

Quand les choses ne se déroulent pas comme on le veut

Marathon d’Ottawa. 25 mai 2014.

Pas le résultat que j’escomptais.

Mais pas tout à fait le fiasco que ça aurait pu être.

Du départ jusqu’au 23-24ième km, tout allait comme il faut. Je suivais mon plan de match, j’étais sur le bon pace, le bon rythme. Depuis le kilomètre 20, je devançais le lapin de 3:25. Je m’étais retenu pendant un bon moment pour ne pas le passer avant la mi-parcours, mais au 20ième, puisque j’y étais… Admettons qu’à ce moment je filais pour finir en près de 3 heures 20. La qualification pour Boston dans mon groupe d’âge est de 3 heures 25. Contrairement à plusieurs, le marathon de Boston n’est pas un rêve ni un but, mais si je me qualifie, bien sûr que je serai partant! En plus, j’adore cette ville. Donc, au 23-24ième km, c’était encore tout à fait possible. Je gérais bien mon énergie, le moral était bon. Je m’attendais naturellement à une baisse de régime dans les kilomètres à venir, mais j’étais prêt à y faire face. Je sentais bien un léger début de crampe dans l’ischio-jambier droit, mais rien pour m’inquiéter vraiment. Je n’ai jamais eu trop de problème avec les crampes, quelques fois en trail,  rien de terrible. J’aurais dû me méfier…

J’ai senti le SNAP! dans ma jambe. Et je suis parti à sautiller en courant, la jambe droite quasi hors-service. Je n’avais encore jamais senti une douleur comme ça en courant. Je me suis accroché et j’ai réussi tant bien que mal à garder le bon rythme. Je savais que ma famille et mes amis allaient être de l’autre côté du pont Alexandra. Je me suis dit que j’allais m’arrêter près d’eux, prendre le temps de m’étirer et de juger des dommages. Puis, j’ai pensé au risque probable d’abandon si je faisais un arrêt à cet endroit, avec eux. Il me semblait élevé. Et il n’en était pas question! J’ai abandonné ce même marathon en 2011 pour des raisons que je m’explique encore mal. Cette fois-ci, malgré la douleur, j’allais tenir le coup. Et finir. Peu importe comment.

J’ai fait un premier arrêt étirement sur Sussex, dans la descente, puis je suis reparti en serrant les dents. À partir de ce moment, ç’a été une succession de course-arrêt-étirement. Pas vraiment la joie. Les descentes, surtout, me faisaient mal. À un point d’aide médical, j’ai demandé des Advil – ce que je ne fais jamais. On m’a donné des Tylenol. Ok. J’ai gobé ça avec une gorgée d’eau et hop!

J’ai commencé à encourager les coureurs/coureuses autour de moi qui en arrachaient eux aussi, ça me permettait de penser à autre chose qu’à ma propre douleur. Le lapin de 3:25 m’a dépassé, suivi de celui de 3:30 quelques minutes plus tard. Décidément… J’ai choisi d’en rire, mais juste un peu. En remontant Sussex, j’ai recommencé à marcher. Puis j’ai repris la course. J’avais beau regarder ma montre et essayer d’évaluer le temps que ça allait me prendre pour finir, je n’y arrivais pas (moi et les chiffres!). Sur ma Suunto Ambit, j’ai activé la fonction autostop pour la course sur route, très pratique quand on doit s’arrêter aux feux de circulation en entrainement. Là, avec tous les petits arrêts non-prévus, le temps de course affiché sur ma montre ne valait plus rien. Je pensais maintenant finir dans les 3 heures 45. Au mieux. J’attendais de voir passer le lapin… C’était très loin de ce que j’avais envisagé. Et alors? J’allais finir, non? C’est ce qui m’importait. Faut savoir s’adapter.

Dans les quatre derniers kilomètres, j’ai tenté de ne plus m’arrêter. Impossible. Je me suis étiré la jambe une dernière fois et j’ai marché le dernier point d’eau. Puis j’ai «attaqué» le 41ième kilomètre à 5:09min/km. Quand je suis passé devant ma gang qui m’encourageait en criant, je n’ai pas oublié de leur sourire. J’étais au moins encore capable de ça!

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3:34:34. Mon temps officiel. Mon deuxième meilleur temps sur la distance. Pas si mal compte tenu des circonstances.

En 2013, une semaine jour pour jour après avoir couru les 100 miles du Massanutten, j’ai fait un temps de 3:37:29.

En 2012, mon record personnel de 3:30:30.

En 2015, sans bobos, ça devrait y être pour un bon PR.

Maintenant. Était-ce une bonne idée de poursuivre avec une blessure?

Non. Cent fois non. Mais l’orgueil jumelé à trois précédents abandons dont je ne suis pas fier et aussi le fait de ne pas avoir pris le départ de mes deux premières courses de la saison – le 50 km Intérieur (malade) et le Demi de la Banque Scotia (horaire trop chargé) – m’ont poussé à prendre le risque. Il est possible que je le regrette. Si c’est le cas, je saurai au moins à qui m’en prendre.

Claquage, élongation ou contracture? À ce que j’en lis, j’ai une élongation du muscle ischio-jambier. Un claquage, comme je l’ai d’abord cru, m’aurait stoppé net. L’élongation m’a permis de poursuivre tout en ralentissant mon rythme. Donc, au menu pour les prochains jours: repos, glace, compression et élévation. Je prends naturellement congé de course pour le reste de la semaine. Je verrai lundi prochain (2 juin) où en sont les choses. Si tout va bien, si tout se replace comme il faut, début du «vrai» entrainement pour l’UTMB.

Sinon, ce sera un détour par la physio.

Et j’irai marcher avec mon chien.

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La Chute du Diable – Prise 2

Connaissez-vous Max KingMax King est une bombe, littéralement. Dans le monde des athlètes d’ultra-distances. Et il vient  juste de «détruire» le record (vieux de 26 ans) du Ice Age Trail 50 Mile. Son temps? 5:41:07… 5 heures 41 minutes 07 secondes sur 80 kilomètres! Une bombe, donc. Et cette bombe sera de la deuxième édition officielle de La Chute du Diable Mountain Hardwear/Montrail où il courra le tout nouveau parcours de 80 kilomètres qui s’ajoute cette année à ceux de 50, 21, 10, 6, 3 et 1 km.

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Max King (Bib#202) au départ du Ice Age Trail 50

Monsieur King ne sera pas seul à la ligne de départ. Sébastien Roulier y sera aussi et le duel que vont se livrer ces deux athlètes de haut niveau risque d’être très intéressant.

D’autres coureurs de calibre international seront sur place, dont plusieurs membres de l’équipe Montrail.  Qu’un évènement comme La Chute du Diable commence à attirer les coureurs et coureuses Élite des États-Unis est une bonne nouvelle. La compétition s’en trouvera naturellement rehaussée. Nous avons d’excellents coureurs de trail au Québec. II suffit de regarder les résultats du dernier 50 Mile TNF Endurance Challenge à Bear Mountain pour s’en convaincre:  dans le top 10, on retrouve trois québécois chez les hommes et chez les femmes, Hélène Michaux et Rachel Paquette sont respectivement 2 et 3ième sur le podium derrière Rory Bosio. Il est tout à fait normal que notre élite ait l’occasion de se battre sur son propre terrain. De plus, nos sentiers n’ont absolument rien à envier à certains parcours que l’on retrouve aux USA. Je le répète, le 50 km de La Chute du Diable est un des plus beaux que j’ai eu la chance de parcourir. Le 80 km sera impeccable, je n’ai aucune crainte!

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Lors de la conférence de presse en avril dernier avec Michel Lampron, Mario Villemure, Jacques Aubin, qui donnera une conférence le 29 août en soirée, et Dalva, ma future partenaire de trailrunning. (Photo: Le Nouvelliste)

Bien qu’étant à nouveau le Président d’Honneur de l’évènement cette année, je ne pourrai malheureusement pas être sur place. Par contre, la raison en est une bonne puisque je serai au même moment en train de me mesurer à l’UTMB en Europe. Déçu de manquer la Chute? Oui, absolument. Mais il est bien entendu et promis que je serai là, quoiqu’il advienne, pour l’édition 2015!

La Chute du Diable Mountain Hardwear/Montrail aura lieu les 30 et 31 août 2014. Pour vous inscrire, il suffit de cliquer ici.

Bon début de saison!

Bon entrainement!

Bonnes courses!

*

Update: Très intéressant cet extrait d’une conférence TED de David Epstein: Are athletes really getting faster, better, stronger? (Merci à Pierre Lequient pour le lien.)

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Update #2: Je viens de corriger le temps de Max King au Ice Age Trail. Il n’a pas couru les 80 kilomètres en 5 heures 53 minutes comme je l’avais écrit, mais plutôt en 5 heures 41 minutes 07 secondes! 

 

Frozen Ninja, marathon intérieur et UTMB

Février. Le mois de l’année le plus court qui m’apparait souvent le plus long…

Je ne vais pas me plaindre de l’hiver. Au moins nous en avons un cette année, avec neige et grands froids à volonté. Un hiver bien installé qui me fait ressembler à un Frozen Ninja lors de mes sorties sur route ou en trail. Un bon test d’endurance à tous les niveaux. Mais tranquillement, je commence à rêver au printemps. J’ai hâte de dégeler et de courir léger. Si les «pelures d’oignons» sont parfaites pour survivre par temps froid, je préfère de loin en avoir moins sur le corps. Et surtout, j’ai très, très envie de fouler à nouveau le sol – la terre, les racines et les roches – de mes sentiers préférés.

Je refuse de me plaindre de la température, mais le fait est qu’on y goûte pas mal cette année (j’écris ça et c’est LA journée où il fait doux pour la première fois depuis longtemps…). C’est pourquoi j’ai choisi le mois de février pour diminuer – un peu – mon entraînement. Après un sérieux passage à vide en septembre et mon (second) DNF au Virgil Crest 100, j’ai repris du poil de la bête et mon désir de courir et de me mesurer à d’autres ultras est revenu. J’ai accumulé pas mal de kilomètres en novembre, décembre et janvier, et je n’ai participé qu’à une seule course, soit le Demi Marathon des Microbrasseries début novembre (j’y ai pris grand plaisir sans chercher à faire un record personnel et c’était le but). À présent, je ralentis un peu la cadence histoire de repartir en force au mois de mars.

Et mars commencera de solide façon avec les 50 km intérieur du Marathon Intérieur de Montréal JOGX.

50 kilomètres à courir sur une piste de 200 mètres.  250 tours. Ça va faire mal and it’s all good! Je ne vise pas de temps particulier. Je vise plutôt à être constant. Un exercice mental, oui, mais aussi de pacing. Si j’arrive à tenir un bon rythme de course sur la durée, j’en serai extrêmement ravi. Si tout va pour le mieux, je vais en profiter pour tester mon allure marathon en prévision d’Ottawa. Il est encore tôt et je ne pense pas pouvoir le maintenir tout du long. Je verrai. L’idée principale reste d’être le plus régulier possible, le plus longtemps possible. Penser métronome et tenir le coup. L’an dernier, au Marathon Intérieur, j’avais sérieusement perdu le rythme autour du 33ième kilomètre. Cette année, j’en aurai 7.8 de plus à courir. Je devrai lutter contre l’envie de commencer rapidement. C’est toujours tentant, au départ. On est toujours un peu «innocent» de ce qui s’en vient… Et un (ultra) marathon intérieur, c’est loin d’être une blague!

Une chose est certaine, je risque pas d’avoir froid…

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Frozen Ninja après une quinzaine de kilomètres

au Mont St-Bruno.

En planification de ma saison 2014, je me suis inscrit à quelques «loteries»: Western State, Hardrock et Massanutten. Je souhaitais surtout être pigé pour le Western State. C’eut été le cas et le plan était de m’inscrire au Grand Slam of Ultrarunning qui consiste à courir le Western State, le Vermont 100, le Leadville 100 ainsi que le Wasatch Front 100 dans le même été. Pour ce faire, on a pas le choix, on doit absolument être pigé au WS100. Ça n’a pas fonctionné, la loterie m’ayant laissé en plan. Idem pour le Hardrock – là, je m’y attendais, très peu de places sont disponibles pour cette course. Pour le Massanutten, je suis sur la liste d’attente cette année, en assez bonne position semble-t-il pour être assuré d’une participation. Mais voilà, l’UTMB m’a pris par surprise. Et je ne ferai pas le Massanutten en 2014.

La loterie de l’UTMB (l’Ultra-Trail du Mont-Blanc) attire plusieurs milliers de coureurs/coureuses. J’explique grossièrement. Pour pouvoir s’inscrire à la loterie, il faut récolter 7 points (bientôt 8) en trois courses qualificatives. Les courses de 100 miles donnent généralement 4 points, celles de 50 miles, 3 points et celles de 50 km, 1 ou 2 points dépendant de la difficulté du parcours. Si l’on est inscrit à la loterie et que notre nom n’est pas pigé, on a le choix: soit être transférer à une course de moins longue distance autour du Massif du Mont-Blanc (la TDS) ou bien ne rien faire et augmenter nos chances d’être choisi lors de la loterie l’année suivante. C’est dans cette optique que je me suis inscrit en décembre. Croyant mes chances plutôt minces sinon nulles pour cette année, je me disais que j’aurais une petite longueur d’avance en 2015. Mais le sort en a décidé autrement et voilà que le 29 août 2014, je serai prêt à prendre le départ d’une course absolument magnifique et mythique!

Pour avoir une idée à quoi ressemble l’UTMB, cliquez ici.

Ainsi l’UTMB devient ma course principale pour l’année 2014. Le défi est énorme. Je n’ai encore jamais couru sur un terrain semblable, à cette altitude, avec un pareil dénivelé. Beaucoup de travail en vue. En fait, à chaque pas de course que je fais depuis la mi-janvier, je pense Mont-Blanc…

Les courses à venir en 2014:

– 50 km du Marathon Intérieur de Montréal JOGX (mars);

– Demi Marathon Banque Scotia (avril);

– Marathon d’Ottawa (mai);

– Ultimate XC (juin);

– Vermont 100 (juillet);

– UTMB (août);

Après, on verra. Bien que je n’y sois pas encore inscrit, le Demi des Microbrasseries en novembre est dans mes plans. J’ai aussi un projet personnel de course sur lequel je vais me pencher dans les prochaines semaines.

J’ai la forte impression qu’il me reste encore quelques entrainements déguisé en Frozen Ninja et je suis ok avec ça.

Je sais aussi que le printemps n’est plus très loin. Et ça me plait assez!

UTMB-2010

I worked out

to make myself as strong

as water.

I have dreamed

myself back

to where

I already am.

NORTH, Jim HARRISON

Prendre le temps…

Tout allait bien. D’accord, il y avait la pluie – plutôt un déluge – et les sentiers qui se transformaient de plus en plus en rivières boueuses.  Il y avait les longues heures de course accumulées – à ce moment là, pas loin de 14 heures. La nuit tombait aussi et je courais de mon mieux en évitant de glisser dans la boue et en illuminant les trail markers avec ma lampe frontale.

Je ne blague pas quand je dis que tout allait bien. Ça faisait un peu plus de deux heures que j’avais quitté Hope Lake, la base principale du Virgil Crest Ultras. Le Virgil Crest a ceci de particulier. Tous les coureurs du 50 et du 100 miles  prennent le départ à Hope Lake à 6 heures samedi matin (une course de 50 km a lieu le dimanche à 8 heures). On court 25 miles dans une direction jusqu’à Daisy Hollow, station d’aide #5, puis on retourne en direction d’Hope Lake. Ceux qui courent le 50 miles terminent à ce moment. Ceux (et celles) qui courent le 100 reprennent quand à eux la route jusqu’à Daisy Hollow avant de revenir à nouveau sur leurs pas vers Hope Lake… Compliqué? Non. Mais pas facile.

Donc, deux heures après avoir quitté Hope Lake pour la seconde fois, tout allait bien. Étrangement, mes jambes allaient mieux qu’au beau milieu de l’après-midi. Peut-être la pluie qui leur donnait un coup de fouet. J’étais seul dans la section du parcours qui m’amenait à Lift House 5, station d’aide centrale qui nous accueille avant l’ascension de l’Alpine Loop (une montagne de ski alpin plutôt corsée). Courir seul ne dérange pas, bien au contraire. Même la nuit. J’ai fait le Massanutten 100 en solo et m’en suis très bien porté. Là je croisais à l’occasion les quelques derniers (courageux) coureurs du 50 miles qui retournaient à Hope Lake, la plupart me demandant – un peu désespéré – combien de miles ils leur restaient à parcourir…

J’étais seul, je me sentais physiquement bien, j’approchais les 60 miles de course et BOOM! je n’ai plus eu envie de continuer. Comme ça. J’en avais assez, je n’avais plus de plaisir, plus aucun. Je ne voyais plus l’intérêt de poursuivre. Je ne voyais plus l’intérêt de refaire en entier le même parcours que j’avais fait quelques heures plus tôt. Ce n’est pas la pluie, ni la boue, ni la fatigue, ni la douleur qui m’ont fait arrêter. Simplement, j’étais… las. Profondément las. À la limite de l’écoeurement. Et je ne voulais pas me rendre là.

À Lift House 5, j’ai annoncé que je quittais la course puis j’ai remis mon dossard. Un bénévole m’a gentiment ramené à Hope Lake où j’ai pris mon temps pour me changer, manger deux burgers, boire une bière, discuter avec quelques autres coureurs, dont plusieurs avaient laissé tomber le 100 mile comme moi.  J’ai ramassé tout mon équipement, mes sacs, mes chaussures couvertes de boue, puis je suis rentré à l’hôtel pour dormir. Sans aucun remords.

C’est la deuxième fois que je DNF* au Virgil Crest 100. Naturellement, ça m’ennuie. Mais ce n’est pas très grave. C’est une course, pas une mission pour sauver l’humanité. Ni même mon âme. Je vais rebondir, je n’en suis pas trop inquiet. Je vais seulement prendre le temps…

Prendre le temps de voir où j’en suis d’abord, ce que je veux faire comme coureur d’ultramarathons et comme coureur tout court. Ai-je atteint ma limite? Est-ce que mon désir de me dépasser sur de longues distances est déjà émoussé…? J’ose espérer que non. Mais le fait est qu’en-dehors du Massanutten et du marathon d’Ottawa le weekend suivant, j’ai songé et passé très très près d’abandonner à chacune de mes autres courses: Ultimate XC, Vermont 100, même au XMan Orford (course à obstacle de 7 km) et, dans une moindre mesure, aux 50 km de la Chute du Diable. Il y a là un pattern que je n’aime pas beaucoup.

Serait-il préférable que je mette les ultras de côté pendant un an pour me concentrer sur mes temps au demi et au marathon? Ou alors, ne courir que pour le plaisir de la chose, sans objectifs ni courses officielles? Je ne crois pas que j’en serais capable. Mais ces questions refont fréquemment surface. J’ai un travail à faire à ce niveau. Il commence aujourd’hui.

Je vais prendre le temps de me remettre sur pieds (physiquement et moralement) et aussi reprendre le temps de courir parce que j’aime ça. Après, je verrai. Je pourrais aussi bien me mettre à faire du cirque…

Quand on retourne à la racine, on trouve le

sens

Quand on s’égare dans les branches, on perd

le goût véritable.

Sosan GANCHI ZENJI

VCUCourse

Parcours du VC100.

Je voudrais ici féliciter mes compagnons durant ce – malgré tout – très beau weekend de course:

Aux 50 km: Annie Guay.

Aux 50 miles, Martin Rouillard, Denis Larochelle, Dovid Fein, Annick Lessard et Philippe Lahaie.

Et bien sûr, mes héros du 100 mile: Joan Roch, Pierre Lequient, Louis Arcand et Daniel Héon. Vous avez donné tout ce que vous aviez et avec le sourire! You rock!!!

(*DNF: Did Not Finish.)

Pas d’excuses – on fonce!

Le VT100 dans moins de 3 jours.

Je ne suis pas aussi prêt que je l’aurais souhaité. Pas aussi aiguisé, affuté. Pas aussi on the edge qu’à pareille date l’an dernier. Depuis mon retour de Virginie et du Massanutten, j’ai beaucoup travaillé et mon entrainement en a souffert. Accumulation de fatigue et kilométrage moindre que prévu. Si je pense avoir réussi à garder une bonne base, ce ne sera rien pour «tout casser».

Je ne cherche pas d’excuse ici. Je suis simplement conscient qu’il me sera difficile d’atteindre les objectifs que je m’étais fixés pour cette année. Qu’à cela ne tienne! Ce sera ma troisième année au Vermont 100, je commence à bien connaitre le parcours et je vais là-bas avec l’intention de donner tout ce que j’aurai à donner. J’y vais pour faire ma course et vivre pleinement chaque instant de cette longue journée.

Il fera chaud aussi. En prévision, une température ressentie de 37C. Des orages possibles. Et une sérieuse humidité. Ça va être solide. En plus de courir, trois choses à faire et à maitriser: s’hydrater, s’alimenter, se refroidir. Simple, n’est-ce pas?

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Entrainement au Mont St-Bruno…

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…dans la chaleur.

Retour sur l’Ultimate XC.

Je n’ai pas blogué sur mon 58K de l’Ultimate XC à St-Donat le 29 juin dernier. Un horaire chargé m’a empêché de le faire. Et puis, honnêtement, j’ai fait une course lamentable. Je ne vais pas étirer la sauce. Ou la bouette. Pas d’excuses, encore une fois. Ça n’a tout simplement pas été ma journée. Bien sûr, les conditions ultra-boueuses des sentiers n’aidaient en rien, mais je sais pertinemment que j’ai «performé» bien en-deça de mes capacités.

J’ai connu une mauvaise course, mais j’ai fait un très bon entraînement. Dur sur le moral. Ça peut être payant, parfois.

Je n’ai pas blogué sur le 58K, mais plusieurs de mes amis et camarades de courses l’ont fait. Michel Caron, Joan Roch et Frédéric Giguère, entre autres, ont tous écrit d’excellents billets sur cette journée. Ça vaut la peine d’aller y jeter un coup d’oeil.

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Lutter, foncer.

Ce printemps, mon père s’est fait opéré pour un cancer de la gorge. Il a eu soixante-seize ans cette semaine, le 16 juillet. Il est solide, mon père. Un roc. Il suit ses traitements et il s’en remet très bien.

Pour la première fois en trois ans, il ne sera pas au Vermont 100 à me soutenir toute la journée et une partie de la nuit. Alors je l’emmènerai avec moi en pensées. Et je courrai pour lui dans les moments difficiles. Ou peut-être est-ce lui qui courra avec moi…IMG_2850

Allez. Pas d’excuses. On fonce.

Le corps cassé

toujours vivant

je traverse l’été

Sumitaku Kenshin

Halluciner des ours – Chronique du Massanutten 100 Mile Run

MMT100.

Le Massanutten Mountain Trails 100 Mile Run est une grosse, une très grosse «bestiole».

Situées dans la Shenandoah Valley en Virginie, les montagnes du Massanutten abritent plus de 300 miles de sentiers. Près de 483 kilomètres! On est loin du Mont St-Bruno et du Mont St-Hilaire. Le parcours du MMT, lui, couvre seulement 103 miles de trail parmi les 300.

Oui, 103 miles. Pas juste 100…

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Parcours et dénivelé du MMT100.

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Vendredi 17 mai, 16 heures. Jusqu’ici tout va bien, prise 1.

Samedi matin 18 mai, 2hrs45 – avant-course.

Je me réveille quelques minutes avant l’alarme de mon iPhone. Autour de moi, dans le «camping», les autres coureurs commencent eux aussi à s’agiter.

J’ai dormi. Un peu. Pas vraiment. Heureusement, la veille, j’ai eu une bonne nuit à l’hôtel (après avoir conduit une douzaine d’heures quasi non-stop de Boucherville à Woodstock VA). Je n’ai pas beaucoup dormi, mais je me sens bien. Je suis prêt pour le départ. En fait, j’ai juste hâte que la course soit lancée. Je prends mon petit déjeuner sous la tente: banane, petit pain plat aux canneberges et oranges, boisson d’électrolytes. Puis je me prépare consciencieusement, concentré sur chacun de mes gestes pour ne rien oublier. Une fois prêt, je range tout ce que je peux (vêtements, sac de couchage, bouffe, etc) dans le coffre de la voiture. De cette façon, il ne me restera qu’à démonter la tente à mon retour.

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Vendredi après-midi, installation de mon camp de base. Près des douches.

Après un rapide passage à la salle de bain (eau froide au visage et un bon brossage de dents), je quitte mon campement pour me rendre à pied au Quartier Général de la course – là où auront lieu le départ et l’arrivée, éventuellement. Ce n’est rien vue comme ça, une simple petite marche de 300-400 mètres en pente descendante sur un sentier… de roche. Massanutten Rocks! qu’ils disent sur le chandail. Ce n’est pas une blague. Ça commence même avant la course…

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Massanutten Rocks!

3hrs30. Solo racer.

Sous le grand chapiteau blanc qui sert de QG, les coureurs et coureuses se réunissent, plusieurs accompagnés de parents et amis. Je vais faire mon dernier check-in avant le départ (qui consiste à donner mon numéro de coureur et signifier ainsi que je serai bel et bien sur le parcours). Je suis inscrit dans la division Solo. Tous les 100 mile ont des participants qui courent sans équipe ni pacer, mais à ma connaissance, le Massanutten 100 est le seul à le souligner. Une simple petite distinction supplémentaire. Être un solo racer implique peu de choses en réalité. En-dehors du fait de ne pas avoir d’équipe ni d’accompagnateur pour les derniers miles, on a pas le droit de courir avec la musique de notre iPod ou autre appareil du genre et il nous est interdit de recevoir de l’aide extérieure autre que celle d’un ou d’une bénévole dans les stations d’aide ou d’un autre coureur sur le parcours. Autrement dit, on doit pouvoir se débrouiller seul. Un petit collant orange sur mon numéro indique que je fais partie de la division solo.

Mon check-in réglé, je vais me chercher un café. Je me tiens un peu à l’écart, salue quelques coureurs rencontrés la veille. Toute la nervosité que j’ai pu ressentir dans les derniers jours, voire dans les dernières semaines, semble s’être évaporée. Je sirote mon café, les oreilles remplies du brouhaha ambiant. La plupart des gens présents autour de moi se connaissent. Soit par le VHTRC (Virginia Happy Trail Running Club), soit pour avoir déjà couru le MMT100, soit pour s’être croisé lors d’un précédant 100 mile. Pourtant, je ne me sens pas exclu. Je sais – je sens – que je suis à ma place. En ce moment même, je ne voudrais être nulle part ailleurs qu’ici. Je ne pense pas à la blessure qui m’a mis sur le carreau tout le mois de mars et une bonne partie du mois d’avril ni à l’entrainement de pingouin qui s’en est suivi. Je suis vraiment dans le here and now et ici et maintenant, je me prépare à courir un 100 mile réputé comme étant le plus difficile de la côte Est des États-Unis. Et j’adore ça!

Le départ.

À 4 heures précise, on se lance. Nous sommes à peu près 200 à entreprendre l’aventure. La température avoisine déjà les 20 degrés C. Il fait très humide. La journée s’annonce chaude. Des orages sont prévus. Mais je ne pense pas à ça. Je prends ma place au milieu du groupe. On traverse un champ gazonné avant de bifurquer à droite sur une route de gravier. Tranquillement, le groupe compact se disloque. De petites grappes se forment, s’éloignent les unes des autres. On suit cette route qui monte en pente douce durant les premiers 6 kilomètres et demi, jusqu’à la Aid Station (AS) #1, Moreland Gap, qui n’est en fait qu’un point de ravitaillement en eau et Gatorade. Je ne m’y arrête même pas, mes deux bouteilles sont encore pleines. À partir de là, on tourne à droite et on entre dans la forêt par un sentier singletrack. C’est ici qu’apparaissent les fameuses roches. Un avant-goût de ce que sera la majeure partie des prochains 159 kilomètres…

Aller trop vite.

J’ai dépassé pas mal de monde dans la première section et je maintiens un bon rythme une fois dans les sentiers et dans la longue montée qui s’en suit. Je suis un autre coureur sans trop lui pousser dans le dos. Il finit par me laisser passer au bout d’un moment même si je n’ai rien demandé. Un peu plus loin, c’est un autre coureur qui me dépasse. Ce sera le même manège pour toute la durée de la course. Il fait encore noir, mais à travers le feuillage des arbres, je distingue la lueur naissante du jour à l’horizon. Je souris. Je pourrais me pincer tellement j’ai du mal à croire que je suis là, à courir dans les montagnes du Massanutten.

Aux environs de 6 heures 20, j’arrive à la Station d’Aide #2, Edinburg Gap. Je suis un peu – beaucoup – en avance sur mon temps à cette station. Je prévoyais y être vers les 6:45. Bonne ou mauvaise nouvelle? Les deux: Bonne parce que ça va vraiment très bien, mieux que je l’aurais imaginé, et mauvaise parce que… je vais peut-être trop vite.

Une bénévole remplit mes bouteilles pendant que je mange du melon et des morceaux de bananes. J’avale deux S!Caps (capsules de sodium et potassium) avec un verre de Gatorade et je repars aussitôt… en oubliant de laisser ma lampe frontale dans le drop bag que j’avais prévu à cet effet. Mon prochain drop bag est dans 42 kilomètres. Tant pis. Je devrai courir avec ma frontale jusque là-bas. Je la garde autour de la tête encore une heure ou deux avant de finalement l’enrouler autour de mon poignet droit.

Peu de temps après avoir quitter l’AS#2, j’attaque une longue montée rocheuse d’un bon pas. J’y rejoins deux coureurs, un homme et une femme qui semblent se connaitre et qui discutent. Je me tiens derrière eux, leur marche rapide me convenant parfaitement. Au bout d’un court moment, l’homme me propose de passer, mais je décline poliment, ralentissant même un peu pour ne pas trop les coller. J’ai encore cette impression d’être trop rapide en début de course, je préfère me retenir un peu pour ne pas «exploser» trop tôt. Je me dis qu’une fois rendu en haut, je pourrai toujours les dépasser sans problème. Je les écoute bavarder distraitement. Je comprends qu’ils en sont tous deux à leur 5 ou 6ième MMT100, ce qui en soi est déjà très impressionnant. On continue à monter, monter, monter. Puis j’entends l’homme dire à la femme qu’il a terminé en 22 heures 22 minutes et des poussières l’an dernier. Oups! Décidément je vais trop vite!

Comme c’est ma première fois sur ce parcours et étant donné sa réputation ( et je ne parle même pas de mes derniers mois d’entrainement plutôt ratés), mon temps rêvé se situe entre 25 et 27 heures de course. Mon temps «réaliste», lui, entre 28 et 30 heures. Mais pas en 22 heures 22 minutes et des poussières!

À nouveau, l’homme me propose de passer. À nouveau, je décline. Cette fois en rigolant un peu.

Naturellement, une fois rendu au sommet, il prend largement les devants et file comme une flèche.

Je continue avec la femme qui s’avère être Kathleen Cusick. Si son nom ne m’est pas inconnu, je n’arrive pas à me rappeler où je l’ai entendu. Ça ne me reviendra que beaucoup plus tard: Kathleen Cusick a remporté le VT100 chez les femmes en juillet 2012 en 18 heures 28. Au final, elle terminera le MMT100 en 3ième position chez les femmes avec un temps de 27 heures 13 minutes. Très sympathique. (Elle devrait être de retour au Vermont cette année.)

Au bout de 2 ou 3 kilomètres, je dois m’arrêter. Pipi time. J’en profite aussi pour descendre un gel au beurre d’arachides. Hé oui! c’est comme ça, on fait une chose puis une autre sans se poser de question! Je repars assez rapidement, mais je suis bien incapable de rattraper Miss Cusick qui est déjà loin…

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Jusqu’ici tout va bien, prise 2.

Ours et serpents.

Peu avant d’arriver à l’AS#5, Elizabeth Furnace, il y a un ours noir pas très loin à gauche du sentier. C’est dans une longue descente. Je réduis considérablement mon allure. Je suis habitué aux chevreuils, aux ratons laveurs, aux lièvres et à d’occasionnelles tortues, même aux renards et aux moufettes. Mais pas aux ours. Je me fais fait le plus discret possible puis je reprends ma course sans regarder derrière. Avec le rythme cardiaque un peu plus élevé qu’à la normale

Un peu plus loin, je rejoins un autre coureur qui lui sursaute en m’entendant arriver.

Il croyait que j’étais l’ours. Il me demande si je l’ai vu. Je dis oui. On fait un bout de chemin ensemble. Il en est à son deuxième MMT100. Il n’avait encore jamais vu d’ours. Mais il me parle d’un serpent à sonnettes sur son parcours, l’année dernière.

Je préfère ignorer son histoire…

Vague de chaleur.

Shawl Gap Parking. AS#6. Mile 38.

61 kilomètres de couru jusqu’à maintenant. Il fait chaud et humide, mais par chance les nuages nous évitent les rayons directs du soleil.

À Shawl Gap, je peux enfin me départir de la lampe frontale que je traine depuis trop longtemps. Je mets de l’eau fraîche dans mes bouteilles, je reprends quelques GU aux beurre d’arachides dans mon drop bag. Je mange des fruits, quelques bretzels, et me visse une casquette blanche sur ma tête. Je commence à avoir mal à la jambe gauche, au niveau de la bandelette (IT band). Aussi je me mets un bandage spécial en Néoprène pour aider. Mais le mieux reste encore d’ignorer la douleur et de me concentrer sur une seule chose: Avancer.

Chaleur et fatigue conjuguées, j’ai ralenti de beaucoup. Il n’y a que 5 kilomètres entre la station #6 et la #7, Veach Gap Parking, et ils se font plutôt bien, même si mes jambes souffrent dans les descentes. Mais de Veach Gap jusqu’à la prochaine station, Indian Grave Trailhead (AS#8), un solide 14 kilomètres nous attend. Et comme toujours, ça commence en montant.

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Début de la montée entre Veach Gap et Indian Grave Trailhead.

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Petite pause à mi-chemin.

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Puis ça continue… Pour redescendre une fois en haut.

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Changements.

J’ai prévu changer de chaussures à la station #9, Habron Gap Parking. Les 6.27 kilomètres entre Indian Grave Trailhead et Habron Gap Parking se font sur une route de gravier. J’en cours une bonne partie mais je peine à garder une allure «confortable». Je me concentre sur le fait qu’à Habron Gap près de 87 kilomètres auront été parcouru. Plus de la moitié. Et qu’aussi, je vais enfin pouvoir mettre mes pieds dans mes Mountain Masochist!

J’ai commencé la course avec les Bajada, eux aussi de Montrail. S’ils ont bien fait, ce ne sont pas mes Mountain Masochist, et je commence à ressentir des points chauds autour de mes pieds, je devine quelques ampoules naissantes.

À Habron Gap Parking, je prends le temps de m’asseoir et de faire les changements qui s’imposent. Les bénévoles m’aident à être le plus efficace possible. On m’offre un bol de nouilles Ramen que je dévore. Je bois quelques verres de Gatorade. Je suis prêt à repartir. Je remercie les bénévoles. Si mon souvenir est bon, il est à peine passé 16 heures quand je reprends le sentier.

Je débarque à la station #10, Camp Roosevelt, 3 heures plus tard.

Il est 19 heures et Camp Roosevelt est considéré comme l’endroit «ça passe, ou ça casse». C’est ici, au mile 63.9, que la plupart des gens qui veulent abandonner le font. La raison est fort simple: le campement principal et le QG de la course sont à peine à 5 minutes de marche. Cinq petites minutes, une route à traverser et c’est terminé, on rentre à la maison!

De mon côté, il y a longtemps que ma décision est prise: pas question d’abandonner. Je vais finir cette course. Sur les genoux, s’il le faut. Mais je vais finir.

J’ai jonglé plusieurs fois avec l’idée d’abandonner au cours de la journée. Je crois qu’on y pense tous à un moment ou à un autre, c’est normal. La tache est énorme. Tous les os, tous les muscles, toutes les fibres de notre corps nous font mal. On a juste envie de dire: «Bah! une prochaine fois!» Le hic, c’est qu’il n’y aura peut-être pas de prochaine fois. Aussi bien terminer ce qu’on a entrepris. C’est plus simple. Plus difficile peut-être. Mais tellement plus gratifiant.

J’en vois donc quelques uns, qui semblaient en meilleures conditions que moi un peu plus tôt, débarquer et prendre le chemin des tentes et des voitures. Je n’ai aucune envie de faire comme eux.

En allant chercher mon drop-bag, je rencontre Stéphanie, une québécoise installée en Virginie depuis une quinzaine d’années. Nous sommes entrés en contact grâce à Ultramarathon Québec. Stéphanie est bénévole à Camp Roosevelt depuis le milieu de l’après-midi et plus tard, elle accompagnera une de ses amies pour l’aider à terminer la course. J’ai prévu ici un plus long changement, histoire de me préparer pour la nuit. J’enlève ma camisole et enfile un tee-shirt. Je prends ma nouvelle lampe frontale. À partir de maintenant, je vais courir avec ma veste Spry d’Ultraspire (je l’enlèverai plus tard, la laissant dans mon dernier drop-bag). Il tombe une fine pluie. Dans ma veste de course, j’ai un coupe-vent imperméable, des batteries de rechange pour ma frontale, un peu de bouffe. Pendant que je me prépare, Stéphanie m’apporte un autre bol de Ramen. Elle remplit aussi mes bouteilles avec de l’eau fraîche. Dix minutes tout au plus et je suis prêt. Je descends rapido 2-3 verres de Gatorade à la lime. Et me voilà reparti.

Cette fois pour la longue, longue nuit…

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Les roches, la nuit…

La nuit, une erreur de Pee-Wee et dormir en marchant.

Je viens de quitter Visitor Center, AS#12. Il est passé minuit. J’ai mangé deux bonnes pointes de Quesadillas au fromage et un bol de Ramen. J’ai un regain d’énergie. La section entre l’AS#12 et l’AS#13 n’est que de 5 kilomètres et elle se court bien. Jusqu’à ce que ma lampe frontale se mette à clignoter et baisse d’intensité. La pile est vide. C’est une pile rechargeable, mais je peux la remplacer par deux piles AAA. Je m’installe sur une roche et entreprends le changement. Par chance, j’ai mon iPhone avec moi. Pas pour texter ni pour téléphoner, mais pour prendre des photos. J’ouvre l’application Flashlight pour m’éclairer. J’enlève la pile rechargeable de la frontale, installe les deux AAA. Rallume la frontale. Nada. Fucking nada. Pas de lumière. Pour avoir une idée de comment il fait noir, c’est comme si j’étais enfermé dans un garde-robe de cèdre: ça sent le bois tout autour et je ne vois même pas ma main devant mes yeux. Impossible de continuer. J’essaye avec la lumière du iPhone. Je vois à peine à deux pieds devant et la pile va se décharger dans le temps de le dire. Je maudits vraiment la pile rechargeable et surtout, surtout! mon erreur de Pee-Wee d’avoir pris cette lampe! Je me réessaie avec les triple A. Je les ai achetées le vendredi matin avant la course, impossible qu’elles soient vides! En fait, c’est le système de rechange de la lampe qui est mal foutu et au bout de ce qui me parait être d’interminables minutes, j’y arrive et la lampe s’allume enfin. Pour se remettre à clignoter. Lorsque le clignotement cesse, l’éclairage n’est pas fameux. Je prends la lampe dans ma main pour éclairer juste devant moi et je me remets à courir en direction de Bird Knob, l’AS#13, où je pourrai peut-être emprunter une lampe de poche. J’ai une autre lampe frontale dans mon drop-bag à l’AS#14. Dans plus de 10 kilomètres… Faut tenir le coup!

À Bird Knob, j’explique mon problème et on se fend en quatre pour m’aider. Je me retrouve avec trois lampes de poche! On me dit de les donner à celui qui s’occupe de Picnic Area, l’avant-dernière station d’aide (AS#14). J’ai perdu une bonne vingtaine de minutes avec toute cette histoire de lampe et je repars de Bird Knob sans rien manger. Pour cette raison peut-être, je frappe joliment un mur, et si j’arrive à courir quelques portions de route, je marche en chancelant dans les montées, comme un ivrogne. C’est tout juste si je ne dors pas en marchant.

J’arrive à Picnic Area 2 heures et 15 minutes après avoir quitter Bird Knob. 2 heures 15 minutes pour 10 kilomètres. Il est prêt de 4 heures du matin et je suis cuit. Je remets les lampes de poche à un dénommé Quincy, je m’assois sur une chaise et prends ma bonne lampe frontale dans mon dernier drop-bag. J’enlève ma veste de course. Je n’en aurai plus besoin. Je me force à manger un peu, mais c’est plus difficile. Quand je sens que la chaise est sur le point de «m’avaler» pour de bon, je me lève d’un coup, reprends mes bouteilles et je fous le camp.

Halluciner des ours au petit matin.

Le jour s’est levé. Il est 6 heures du matin quand j’émerge du bois dense et feuillus et me retrouve sur un chemin de terre dans une partie de la montagne ravagée par un feu de forêt. La scène est surréaliste. Du brouillard, un matin gris, l’odeur de bois brûlé mêlée à l’humidité et… des ours noirs partout!

Du moins c’est ce que je crois voir. Car il s’agit bien sûr de souches et de morceaux de bois calcinés. N’empêche. À chaque dizaine de mètres, j’en vois un. Si je n’étais pas aussi épuisé, je crois bien que je rirais. J’hallucine des ours! Un peu plus loin, c’est un loup que je vois, avec ses oreilles pointues et son long museau, mais comme j’aime beaucoup les loups, ça me fait moins freaker.

Le manque de sommeil me fait halluciner, comme si j’avais pris une substance quelconque!

Deux fois je me suis assis sur une roche pour dormir un peu entre 4 et 5 heures du matin. Juste une poignée de petites minutes à chaque fois. Juste ça m’a fait me sentir mieux. Mais pas assez, semble-t-il, pour empêcher mon imagination de délirer.

À présent, entouré d’ours et d’un loup imaginaires, je cours les deux derniers kilomètres qui me mèneront à l’AS#15, Gap Creek II (je suis passé par Gap Creek il y a déjà longtemps, vers les 21 heures), dernier arrêt avant d’attaquer les 11 kilomètres de la section finale.

Home stretch.

Je ne perds pas de temps à Gap Creek II. Il est temps d’en finir. J’entreprends la dernière montée, que j’ai déjà fait beaucoup plus tôt, et qui me semble étrangement moins brutale que la première fois. À mi-chemin, il y a une pancarte avec une flèche indiquant la voie à suivre. Sur la pancarte, il est écrit: 98 miles. Tout de suite, je me dis: Allez, encore deux petits miles et c’est terminé, juste 3 derniers kilomètres à faire, et ça descend en plus, c’est dans la poche!

Je commence à descendre à travers les roches, j’essaie d’aller le plus vite possible tout en évitant de me blesser. Je dépasse un coureur. Je descends, descends, puis arrive à une nouvelle route de gravier. À partir de là, j’évalue qu’il doit me rester un mile à courir.

Je suis dans l’erreur. J’ai oublié que le Massanutten ne fait pas 100, mais bien 103 miles! Ce qui veut dire qu’au 98ième mile, il ne m’en restait pas deux, mais cinq! 5 miles. 8 kilomètres!!! Probablement les plus douloureux que j’aurai couru de toute cette longue journée!

La route n’en finit plus. À chaque tournant, j’espère arriver au bout, mais ça continue encore et encore. Ce ne sont plus des ours que j’hallucine, mais des gens endormis contre les arbres! Je crois voir des pancartes au loin mais ce sont simplement des feuilles séchées sur des branches. Je ne me souviens pas avoir été aussi fatigué, aussi épuisé. Mais au moins, je cours. J’y arrive encore. Je m’accroche.

Puis, j’arrive à un embranchement et je tourne à droite. Le coin m’est familier. J’entends une faible musique. La fin est proche. Un gros 4X4 blanc arrive face à moi et le conducteur sort la tête de sa fenêtre. Il crie: Good job, Rockstar!!!

Je ne comprends pas trop pourquoi il me traite de rockstar. Je tente un sourire, c’est plutôt un genre de grognement qui sort de ma bouche. Et puis, oui, ROCKstar, ha ha! Je comprends. Cool. Mais j’ai surtout envie de demander: Est-ce que j’arrive bientôt…?

En fait, je suis arrivé. À plus ou moins 500 mètres. Le 4X4 sort du camping où je suis moi-même installé. Je quitte la route pour prendre un petit sentier qui descend vers un ruisseau. Au ruisseau, je m’arrête cinq secondes pour y mouiller mes pieds. L’eau glacée imbibe mes espadrilles et me rafraichit instantanément. Dieu que c’est bon! Je reprends ma course en suivant les petits drapeaux du parcours qui dessine un grand demi-cercle dans le champ de gazon où nous avons pris le départ, samedi matin à 4:00:00. On est dimanche maintenant. Je franchis la ligne d’arrivée après 28 heures 48 minutes 13 secondes de course.

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Encore quelques mètres.

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Et voilà!

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Le travail fait, je sers la main de Kevin Sayers, le directeur de course.

L’après-course.

Une fois arrêté, mes jambes me font un mal de chien, mais je n’ai pas envie de m’asseoir. Je sers la main de quelques coureurs et coureuses, puis je me dirige vers le coin déjeuner. J’ai terriblement faim! Je me prends une bonne portion d’omelette aux légumes et plusieurs grosses tranches de bacon croustillant roulé dans le poivre. J’avale ça tout rond avec un café. Il y a des matelas de sol dans un coin sous la tente. Je décide d’aller m’y étendre pour dormir un peu. Mais avant, je préfère prendre une douche, démonter ma tente et ramener ma voiture dans le stationnement plus près. Pour ce faire, il me faut remonter les 300-400 mètres du début, ce petit sentier dont j’ai déjà parlé. Ce n’est pas si terrible que ça, juste très, très lent…

La douche me fait le plus grand bien. Mettre des vêtements propre et secs aussi. Me brosser les dents, un bonheur!

Je démonte ma tente en un rien de temps et je la range en boule dans mon grand sac North Face. Je la roulerai comme il faut une fois de retour à la maison.

Vers 9 heures 30, je suis de retour sous la tente du QG, à l’arrivée, et je m’étends sur un des matelas. Je m’endors sur le champ, mais me réveille au bout d’une heure à cause de la douleur dans mes jambes, douleur surtout due à des spasmes musculaires. Je reste étendu là encore un moment avant d’aller récupérer mes drop-bags.

Je passe une bonne partie de la journée à applaudir les coureurs qui arrivent. Le temps limite de la course est de 36 heures. Elle se terminera donc officiellement à 16 heures. Je retrouve Stéphanie qui a passé plus de 15 heures à pacer son amie! On bavarde en attendant deux de ses camarades de course. Je suis là pour l’arrivée de Bruce qui, après trois essais infructueux, termine son premier MMT100. Je l’aide à s’asseoir et la première chose qu’il me dit, c’est: Never again! Ce qui, en langage d’Ultrarunner, veut à peu près dire: See you next year!

Bruce, Stéphanie et moi attendons de voir apparaître Gary Knipling. Gary est une légende ici. À 69 ans, il est sur le point de terminer son 16ième Massanutten 100! Un record pour cette course. Je voudrais bien revoir Gary, lui serrer la main et le féliciter. Mais à 14:30, j’ai ma dose. Je suis complètement épuisé. Je veux rentrer à l’hôtel, parler à ma famille, boire une ou deux ou trois bonnes bières fraîches et me coucher.

Je salue et remercie Stéphanie et Bruce, leur demande de transmettre mes félicitations à Gary, puis je quitte.

On se revoit l’an prochain, Massanutten 100. Je l’espère bien!

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Liberté

Une demie-heure plus tôt, j’étais allé voir les résultats sur le site web du marathon. Chez les hommes, Lelisa Desisa (ETH) l’a emporté en 2:10:22. Chez les femmes, Rita Jeptoo (KEN) en 2:26:25. J’ai cherché le nom de quelques connaissances pour voir leurs temps. En vain. La totalité des résultats ne semblait pas compilée. Je suis allé me préparer un petit espresso d’après-midi en réfléchissant au souper que j’allais préparer. Machinalement, j’ai pris mon iPhone et ouvert mon compte Twitter. Quelqu’un m’avait envoyé le message suivant: «As-tu vu ce qui est arrivé au marathon de Boston?» Non. Je n’avais pas vu. Je suis allé voir…

Le monde est parfois un endroit terrible, remplit d’horreurs et de bêtes sauvages – et je ne parle pas ici des ours, des loups et des lions de montagnes. Le monde dans lequel on vit peut parfois sembler être une sombre et cruelle bêtise. Et il arrive que le monde dans lequel on vit me désespère et m’écoeure.

Ç’a été le cas lundi alors que je regardais les explosions (en HD!…) passer en boucle. On peut rester avec ce sentiment et l’entretenir, cette infinie tristesse, cette désolation de l’âme. Mais ça ne mènera jamais à rien de bon. Alors, on choisit de voir l’autre côté de notre monde, celui où la beauté se renouvelle sans cesse, jour après jour, année après année, saison après saison. Un monde où la beauté, quand on prend la peine de s’y attarder, trouve toujours son chemin, même à travers les craques de l’absurde et de l’innommable. C’est le seul abri possible. Un abri fragile, bien sûr, mais le seul. Croire en la beauté par dessus l’horreur. Demeurer confiant face à l’humanité plutôt que trembler devant les lâches qui s’acharnent à la détruire. C’est de cette seule manière que l’on peut vivre.

Dès le lendemain j’ai lu une chronique qui disait qu’on ne courrait plus jamais comme avant. Penser, réagir de la sorte revient à donner raison à ceux qui prônent, prêchent et pratiquent la Terreur. Au contraire, je crois qu’il faut courir encore plus et encore plus librement qu’avant. Ce n’est pas la course à pied qui a été attaquée à Boston. C’est la liberté. Et succomber à la peur, c’est abandonner notre liberté, c’est la donner en pâture aux sauvages, aux lâches qui la refusent, qui la rejettent, qui la bafouent et qui la souillent constamment du sang d’innocentes victimes.

Des gens se sont inquiétés pour moi, croyant que je prenais part à la course.

Je n’ai pas encore «mérité» le marathon Boston. Oui, ce marathon se «mérite». Et peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier. À 45 ans, il me manque un bon 10 sinon 15 minutes pour m’assurer une participation, mon meilleur temps sur la distance étant de 3 heures 30 minutes et des poussières.

Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais rêvé de courir Boston. J’y ai seulement couru quelques kilomètres le long de la Charles River à l’été 2008. Mes rêves de course se portent plutôt vers les Ultras: le Western States 100, l’UTMB, Leadville, Hardrock, Massanutten… Mais depuis une semaine, les choses ont un peu changées. Si je ne crois pas pouvoir retrancher les minutes en trop au prochain marathon d’Ottawa à la fin mai – blessure qui traîne et la possibilité d’être au MMT100 une semaine avant -, il n’est pas dit que je ne tenterai pas ma chance à l’automne sur un autre parcours. Ça reste à voir. Peu importe que je sois à Boston ou non en avril 2014. J’y serai un jour.

Et le marathon, lui, y sera toujours.

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«Les méchants qui outragent les bons ressemblent à celui qui lancerait un crachat vers le ciel. Le ciel ne pouvant pas être sali par le crachat, c’est (l’homme) lui-même qui est sali. Ils ressemblent encore à celui qui jetterait de la poussière contre un adversaire placé du côté d’où vient le vent; la poussière, ne pouvant pas atteindre l’adversaire, revient (sur elle-même) et contre celui (qui l’a jetée).»

Le BOUDDHA

«(…)La peur est une force qui aiguise nos sens. Avoir peur est un état de paralysie contre lequel on ne peut rien. Il est primordial de comprendre la différence (…)»

Marcus LUTTRELL