Perspectives

Rater une course. Livrer une contre-performance. Abandonner. Ne plus avoir le goût. Ce sont des choses qui arrivent. Entendons-nous, cela n’a rien de tragique ni de dramatique. Mais lorsque nous nous sommes entraîné pendant des semaines, pendant des mois, que nous avons fait tous les sacrifices nécessaires, que nous avons rêvé, anticipé, visualisé un événement particulier, cela est décevant. Bien sûr. Ce n’est cependant pas la fin du monde. Il n’y a pas mort d’homme. La beauté de la chose, c’est que nous aurons toujours la possibilité de nous reprendre.

Et que nous avons, par le fait même, l’opportunité d’apprendre.

J’apprends plus de mes échecs que de mes (petites) victoires. Les victoires nous flattent, nous gonflent l’ego. Cela n’est pas déplaisant, au contraire. Seulement, il ne faut  pas s’y complaire. Je ne dis pas non plus qu’il faut s’abonner à l’échec. Ça n’aurait aucun sens. Ça ne ferait aucun sens. Mais les échecs que nous subissons nous confrontent à nous-même. Ils nous forcent à faire le point, à nous questionner. À nous reprendre en main. Ils nous donnent la chance de prendre un nouvel envol. Un nouveau départ.

Certaines personnes diront que j’accorde trop d’importance à la course à pied. Elles ont peut-être raison. Mais aussi, elles me comprennent peut-être mal. Une chose est sûre, ces personnes ne me connaissent pas.

La course à pied m’a changé. Profondément. J’ai réussi à cesser de fumer – après plus de 25 ans – en grande partie grâce à la course (devenir père de famille y a aussi fortement contribué). Au début des années 2000, sans raisons apparentes, j’ai fait de solides crises de panique et d’anxiété. Je ne comprenais pas ce qui se passait, ce qui m’arrivait, j’avais l’impression de m’enfoncer dans la noirceur, dans l’isolement. La pratique quotidienne de la course m’a aidé à me sortir de ces états sombres, des idées noires qui m’envahissaient. À cette époque, je n’avais d’autre ambition que de me remettre en forme et de courir un peu chaque jour. Je ne comptais pas les kilomètres parcourus. Je ne songeais pas à m’inscrire à une course officielle. Je n’avais pas de montre. Ça n’avait pas d’importance. Je courrais pour me refaire, en quelque sorte, pour me garder en vie. Ce n’est que deux ou trois années plus tard que j’ai appris l’existence des ultramarathons et que je me suis donné le défi d’en courir un, au moins un. Un de 160 kilomètres. Juste pour voir. Si j’étais capable. Je ne le savais pas à ce moment, mais j’étais déjà sur le chemin. Depuis longtemps. Je n’en étais seulement pas conscient.

La course m’a changé, transformé, comme elle l’a fait, comme elle le fait encore, pour bon nombre de personnes. Des gens en surplus de poids, des gens en dépression. Des gens qui ne croyaient jamais pouvoir un jour franchir le fil d’arrivée d’un 5 km ou d’un marathon. Des hommes et de femmes ayant survécus à de graves maladies, à des infarctus, et qui se sont vu offrir la chance de repartir sur de nouvelles bases. Des personnes âgées n’ayant jamais pratiqué aucun sport et qui se sont mises d’abord à la marche, puis à la course légère, et qui enchaînent maintenant les épreuves sur route de 5, 10 ou 21 kilomètres. Des plus jeunes aussi. Des enfants qui s’élancent sur des 1 ou 2 km avec leurs parents lors de grands événements comme le Marathon d’Ottawa. Des gens qui viennent de partout, de toutes les sphères de la société.

J’ai un ami – salut Benoît! – qui lutte contre le cancer depuis deux ans et qui espère pouvoir courir à nouveau à mes côtés aux 24 heures de course de la Fondation du Centre Jeunesse de la Montérégie en septembre prochain. La course, malgré ce qu’il vit en ce moment, est toujours dans ses pensées. Je souhaite de tout cœur pouvoir partager ce moment avec lui. Je ne peux rien faire d’autre pour l’aider, le soulager. Sinon l’accompagner. À ma façon. À travers ce lien qui nous unit. La course.

Courir, ce n’est pas la vie. Et la vie, ce n’est pas courir. Mais courir, je le crois, nous garde vivants. Tant de corps que d’esprit.

Et je parle de course car il s’agit de mon sport. Il y a d’autres voies, aussi. Il s’agit de les trouver, de s’y engager. Ce n’est pas toujours simple. Mais ça en vaut la peine.

Quelqu’un m’a déjà demandé – le plus sérieusement du monde – ce que je fuyais en courant de la sorte.

Rien. Je ne fuis pas quand je cours. J’avance.

Route. Paysage d’hiver. Photographie tirée du Web.

2018 est là. Je vous souhaite une belle, une bonne année. Foncez. Aimez. Rêvez. Grandissez. Encore. Toujours.

Si tu veux connaître le futur, prends soin de ton esprit. -Mathieu Ricard

En ne s’attachant pas aux choses, on les traverse librement. – Linji Yixuan

Citations tirées du livre 365 pensées, Sur les traces de Bouddha.

9 Comments on “Perspectives

  1. Bonne année à vous aussi ,
    Vos textes m’ont donné le petit coup au derrière pour reprendre …. Première sortie de l’année … aujourd’hui, un peu frais mais heureuse q’elle Soit faite !

  2. Bonne année 2018 a toi et ta famille .
    Merci beaucoup pour ton texte c’est très motivant. Ça me donne de l’énergie pour continuer mon rêves de faire un marathon en sept. à Mtl. J’ai quand même 65 ans et c’est tout un défi pour moi.

  3. Tellement beau, tellement vrai ! Philosophie de vie inspirante et aussi, réconfortante. Des kilomètres de bonheur pour 2018 ! Merci pour ce beau billet !

  4. J’adore vous lire, une vraie source d’inspiration. Pour 2018, pleins de santé de vitalité et plusieurs Kilomètres de plaisir.

  5. Je suis content de voir ton blogue reprendre un nouveau souffle. Tout en étant personnel, on s’identifie toujours un peu dans tes propos. Keep writing!

  6. Merci Pat, toujours motivant de te lire, quand on n’a abandonné et que l’on veut repartir. Merciiiii
    Une Magnifique Année a Toi et aux Tiens 🙏

  7. Bonne année 2018, toujours agréable de te lire et en espérant que on se croise dans une course future.

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