Quand les choses ne se déroulent pas comme on le veut

Marathon d’Ottawa. 25 mai 2014.

Pas le résultat que j’escomptais.

Mais pas tout à fait le fiasco que ça aurait pu être.

Du départ jusqu’au 23-24ième km, tout allait comme il faut. Je suivais mon plan de match, j’étais sur le bon pace, le bon rythme. Depuis le kilomètre 20, je devançais le lapin de 3:25. Je m’étais retenu pendant un bon moment pour ne pas le passer avant la mi-parcours, mais au 20ième, puisque j’y étais… Admettons qu’à ce moment je filais pour finir en près de 3 heures 20. La qualification pour Boston dans mon groupe d’âge est de 3 heures 25. Contrairement à plusieurs, le marathon de Boston n’est pas un rêve ni un but, mais si je me qualifie, bien sûr que je serai partant! En plus, j’adore cette ville. Donc, au 23-24ième km, c’était encore tout à fait possible. Je gérais bien mon énergie, le moral était bon. Je m’attendais naturellement à une baisse de régime dans les kilomètres à venir, mais j’étais prêt à y faire face. Je sentais bien un léger début de crampe dans l’ischio-jambier droit, mais rien pour m’inquiéter vraiment. Je n’ai jamais eu trop de problème avec les crampes, quelques fois en trail,  rien de terrible. J’aurais dû me méfier…

J’ai senti le SNAP! dans ma jambe. Et je suis parti à sautiller en courant, la jambe droite quasi hors-service. Je n’avais encore jamais senti une douleur comme ça en courant. Je me suis accroché et j’ai réussi tant bien que mal à garder le bon rythme. Je savais que ma famille et mes amis allaient être de l’autre côté du pont Alexandra. Je me suis dit que j’allais m’arrêter près d’eux, prendre le temps de m’étirer et de juger des dommages. Puis, j’ai pensé au risque probable d’abandon si je faisais un arrêt à cet endroit, avec eux. Il me semblait élevé. Et il n’en était pas question! J’ai abandonné ce même marathon en 2011 pour des raisons que je m’explique encore mal. Cette fois-ci, malgré la douleur, j’allais tenir le coup. Et finir. Peu importe comment.

J’ai fait un premier arrêt étirement sur Sussex, dans la descente, puis je suis reparti en serrant les dents. À partir de ce moment, ç’a été une succession de course-arrêt-étirement. Pas vraiment la joie. Les descentes, surtout, me faisaient mal. À un point d’aide médical, j’ai demandé des Advil – ce que je ne fais jamais. On m’a donné des Tylenol. Ok. J’ai gobé ça avec une gorgée d’eau et hop!

J’ai commencé à encourager les coureurs/coureuses autour de moi qui en arrachaient eux aussi, ça me permettait de penser à autre chose qu’à ma propre douleur. Le lapin de 3:25 m’a dépassé, suivi de celui de 3:30 quelques minutes plus tard. Décidément… J’ai choisi d’en rire, mais juste un peu. En remontant Sussex, j’ai recommencé à marcher. Puis j’ai repris la course. J’avais beau regarder ma montre et essayer d’évaluer le temps que ça allait me prendre pour finir, je n’y arrivais pas (moi et les chiffres!). Sur ma Suunto Ambit, j’ai activé la fonction autostop pour la course sur route, très pratique quand on doit s’arrêter aux feux de circulation en entrainement. Là, avec tous les petits arrêts non-prévus, le temps de course affiché sur ma montre ne valait plus rien. Je pensais maintenant finir dans les 3 heures 45. Au mieux. J’attendais de voir passer le lapin… C’était très loin de ce que j’avais envisagé. Et alors? J’allais finir, non? C’est ce qui m’importait. Faut savoir s’adapter.

Dans les quatre derniers kilomètres, j’ai tenté de ne plus m’arrêter. Impossible. Je me suis étiré la jambe une dernière fois et j’ai marché le dernier point d’eau. Puis j’ai «attaqué» le 41ième kilomètre à 5:09min/km. Quand je suis passé devant ma gang qui m’encourageait en criant, je n’ai pas oublié de leur sourire. J’étais au moins encore capable de ça!

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3:34:34. Mon temps officiel. Mon deuxième meilleur temps sur la distance. Pas si mal compte tenu des circonstances.

En 2013, une semaine jour pour jour après avoir couru les 100 miles du Massanutten, j’ai fait un temps de 3:37:29.

En 2012, mon record personnel de 3:30:30.

En 2015, sans bobos, ça devrait y être pour un bon PR.

Maintenant. Était-ce une bonne idée de poursuivre avec une blessure?

Non. Cent fois non. Mais l’orgueil jumelé à trois précédents abandons dont je ne suis pas fier et aussi le fait de ne pas avoir pris le départ de mes deux premières courses de la saison – le 50 km Intérieur (malade) et le Demi de la Banque Scotia (horaire trop chargé) – m’ont poussé à prendre le risque. Il est possible que je le regrette. Si c’est le cas, je saurai au moins à qui m’en prendre.

Claquage, élongation ou contracture? À ce que j’en lis, j’ai une élongation du muscle ischio-jambier. Un claquage, comme je l’ai d’abord cru, m’aurait stoppé net. L’élongation m’a permis de poursuivre tout en ralentissant mon rythme. Donc, au menu pour les prochains jours: repos, glace, compression et élévation. Je prends naturellement congé de course pour le reste de la semaine. Je verrai lundi prochain (2 juin) où en sont les choses. Si tout va bien, si tout se replace comme il faut, début du «vrai» entrainement pour l’UTMB.

Sinon, ce sera un détour par la physio.

Et j’irai marcher avec mon chien.

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La Chute du Diable – Prise 2

Connaissez-vous Max KingMax King est une bombe, littéralement. Dans le monde des athlètes d’ultra-distances. Et il vient  juste de «détruire» le record (vieux de 26 ans) du Ice Age Trail 50 Mile. Son temps? 5:41:07… 5 heures 41 minutes 07 secondes sur 80 kilomètres! Une bombe, donc. Et cette bombe sera de la deuxième édition officielle de La Chute du Diable Mountain Hardwear/Montrail où il courra le tout nouveau parcours de 80 kilomètres qui s’ajoute cette année à ceux de 50, 21, 10, 6, 3 et 1 km.

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Max King (Bib#202) au départ du Ice Age Trail 50

Monsieur King ne sera pas seul à la ligne de départ. Sébastien Roulier y sera aussi et le duel que vont se livrer ces deux athlètes de haut niveau risque d’être très intéressant.

D’autres coureurs de calibre international seront sur place, dont plusieurs membres de l’équipe Montrail.  Qu’un évènement comme La Chute du Diable commence à attirer les coureurs et coureuses Élite des États-Unis est une bonne nouvelle. La compétition s’en trouvera naturellement rehaussée. Nous avons d’excellents coureurs de trail au Québec. II suffit de regarder les résultats du dernier 50 Mile TNF Endurance Challenge à Bear Mountain pour s’en convaincre:  dans le top 10, on retrouve trois québécois chez les hommes et chez les femmes, Hélène Michaux et Rachel Paquette sont respectivement 2 et 3ième sur le podium derrière Rory Bosio. Il est tout à fait normal que notre élite ait l’occasion de se battre sur son propre terrain. De plus, nos sentiers n’ont absolument rien à envier à certains parcours que l’on retrouve aux USA. Je le répète, le 50 km de La Chute du Diable est un des plus beaux que j’ai eu la chance de parcourir. Le 80 km sera impeccable, je n’ai aucune crainte!

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Lors de la conférence de presse en avril dernier avec Michel Lampron, Mario Villemure, Jacques Aubin, qui donnera une conférence le 29 août en soirée, et Dalva, ma future partenaire de trailrunning. (Photo: Le Nouvelliste)

Bien qu’étant à nouveau le Président d’Honneur de l’évènement cette année, je ne pourrai malheureusement pas être sur place. Par contre, la raison en est une bonne puisque je serai au même moment en train de me mesurer à l’UTMB en Europe. Déçu de manquer la Chute? Oui, absolument. Mais il est bien entendu et promis que je serai là, quoiqu’il advienne, pour l’édition 2015!

La Chute du Diable Mountain Hardwear/Montrail aura lieu les 30 et 31 août 2014. Pour vous inscrire, il suffit de cliquer ici.

Bon début de saison!

Bon entrainement!

Bonnes courses!

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Update: Très intéressant cet extrait d’une conférence TED de David Epstein: Are athletes really getting faster, better, stronger? (Merci à Pierre Lequient pour le lien.)

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Update #2: Je viens de corriger le temps de Max King au Ice Age Trail. Il n’a pas couru les 80 kilomètres en 5 heures 53 minutes comme je l’avais écrit, mais plutôt en 5 heures 41 minutes 07 secondes!