Se préparer au pire, espérer le meilleur

Nous y voilà presque. Seize jours encore. Deux petites semaines. Aussi bien dire demain.

Ce sera le Vermont 100 Mile Endurance Run.

J’en serai à ma deuxième année. Mon deuxième 100 mile. J’ai bien sûr envie d’y faire un bon temps, selon mes standards. Un temps meilleur que celui de l’an passé. Mais ce n’est pas le seul but. En fait, le temps ici importe peu. La journée sera longue. On ne court pas 160 kilomètres comme on court un marathon. On ne peut pas courir après le temps sur un 100 mile, à moins bien sûr d’être un coureur élite. Et je suis loin d’en être un. Je n’ai pas la prétention de le devenir, je n’en ai pas non plus le talent. On court un 100 mile pour l’aventure personnelle, pour l’envie de se dépasser à très grande échelle. Pour le voyage intérieur aussi. On ne peut pas courir 160 kilomètres sans aimer être seul à l’intérieur de soi pendant de longs, longs moments. On ne peut pas non plus courir 160 kilomètres sans aimer (un peu) souffrir. Beaucoup. Sans aimer un peu souffrir beaucoup.

***

«Prepare for the worst, hope for the best.»

J’ai lu cette phrase il y a quelques années déjà, dans la revue Ultrarunning. Un proverbe anglais. Anonyme. Qui pourrait être, à ce que j’ai pu comprendre, une interprétation de certains passages de la Bible, notamment dans les Actes de l’Apôtre Paul… Ouais… Je ne lis pas beaucoup la Bible. Jamais pour ainsi dire. Par contre, je lis beaucoup Ultrarunning.

J’ai lu cette phrase il y a longtemps et elle m’est restée. Comme d’autres plus littéraires de Kerouac, d’Henry Miller, de Jim Harrison… Phrases que j’ai souvent du mal à retrouver dans les livres, mais dont j’ai encore le goût, la sensation, la force dans mon esprit… Il y en a une de Jim Harrison. Dans son roman Dalva. Qui parle de chiens perdus qui font des centaines de kilomètres sur les routes de campagnes, sous la pluie, qui dorment sous les ponts, des chiens qui marchent et courent des centaines de kilomètres pour retrouver leur famille… Je ne peux pas la citer mots pour mots, mais je me souviens de sa tristesse, de sa beauté… Je me souviens de sa force. Comme un poème.

«Prepare for the worst, hope for the best.» 

Cette petite phrase, donc, facile à retenir, s’applique parfaitement aux Ultras. Et particulièrement bien aux 100 miles. Ce n’est pas une phrase qui vaut cher. Mais elle n’en reste pas moins forte.

Elle s’applique aux Ultras comme à la vie en générale. On pourrait se dire ça juste avant de venir au monde…

***

J’ai fait ce qu’il fallait en entraînement. Je suis prêt au pire, il me reste maintenant à espérer le meilleur.

Encore seize jours, deux petites semaines, aussi bien dire jusqu’à demain pour me garder à niveau…

***

Timothy A. Olson a remporté en un temps record la dernière édition du Western State 100. Pour ceux et celles qui aimeraient lire son rapport de course:

http://www.irunfar.com/2012/07/laughing-out-loud-timothy-olsons-2012-western-states-100-race-report.html

Non seulement Tim Olson me donne envie de me dépasser et d’être un meilleur coureur, il m’a aussi donné envie de lire Siddhartha d’Hermann Hesse. Je ne l’avais encore jamais fait. On aura jamais assez d’une vie pour lire tout ce qu’on voudrait.

Siddhartha. Ça ne fera pas de moi un coureur plus rapide, mais c’est ce livre qui m’accompagnera jusqu’au Vermont.

Littérature et ultrarunning. Rien à redire.

11 thoughts on “Se préparer au pire, espérer le meilleur

  1. ledernierkilometre 23 juillet 2012 / 13 h 19 min

    Je n’ai pas mot pour décrire ce que j’ai ressenti en voyant les résultats hier. Émerveillement ? Admiration ? Inspiration ? Tout ça ensemble, je crois. Toutes mes félicitations Patrice !!!
    J’espère que tu ne viendras pas nous dire que le pire s’est produit… 😉

    • patgodin 27 juillet 2012 / 14 h 15 min

      Merci! Non, le pire ne s’est pas produit… 😉

  2. Martine boucher 15 juillet 2012 / 21 h 33 min

    Tellement inspirant!

  3. Danie Turmel 13 juillet 2012 / 22 h 59 min

    oui se préparer au pire…et apprivoiser ce pire..pour qu’il ne devienne pas une source de stress….Siddartha je l’ai relu dernièrement…un livre qui m’avait été imposé au Cegep…mais que je relis régulièrement…Bonne lecture…je ne cours peut-être pas encore de longues run encore…mais comme tu dis…cette pensée s’applique à notre vie en général aussi 😉 Bonne préparation et bon entraînement Patrice!

    Danie Turmel

  4. alexmailhot 7 juillet 2012 / 21 h 40 min

    Excellent billet encore une fois Pat, je te souhaite que tout se passe comme tu le souhaites pour ton 100M. Wow 100miles, juste de s’inscrire à ça, je trouve ça un exploit, c’est fascinant! Mais je suis certain que ça ira bien pour toi, tu es prêt physiquement et mentalement. J’ai bien hâte d’avoir de tes nouvelles et je t’enverrai de l’énergie pour les moments plus difficiles. 😉
    J’espère qu’on aura droit à un petit (long!) compte-rendu de ta course.
    Go Pat !
    Alex

    • patgodin 8 juillet 2012 / 13 h 59 min

      Merci Alex!
      Bien sûr, je ferai un suivi!

  5. Pierre 7 juillet 2012 / 8 h 29 min

    Pensée inspirante qui m’accompagnera aussi, dans ce long voyage au Vermont, et dans ce long voyage intérieur. Merci Pat.

    • patgodin 7 juillet 2012 / 10 h 56 min

      Au plaisir de partager quelques kilomètres ensemble! On se voit là-bas!

  6. Christian Vachon 6 juillet 2012 / 20 h 19 min

    Dans la vie la route que l’ont prends a peu d’importance, c’est la facon dont on la parcours qui dit tous! Courir aussi longtemps est un privilaige!

    Gaz au fond Pat!

  7. Emmanuelle Dudon 6 juillet 2012 / 16 h 49 min

    Se préparer au pire et espérer le meilleur, oui c’est une phrase qui résume la vie…J’ajouterai aussi que pour réussir, se dépasser il faut apprendre à perdre, à échouer, à se planter, à rater pour mieux repartir…Sans ratées il n’y a pas ce goût si puissant et indestructible de la réussite…Si on a jamais eu mal, si on a jamais pleuré, si on a jamais douté, on ne sait pas ce que ça veut dire de réussir…Réussir à finir un 100 miles sur ses deux jambes (en courant si possible), réussir un marathon dans un temps qui nous satisfait, réussir surtout a avoir du plaisir alors que notre corps en entier n’est que douleur…Le sentiment indescriptible du matin qui se lève et qui nous voit encore debout, qui nous pousse à avancer…Les odeurs de la nuit, les hallucinations auditives et visuelles, les cris de rage qu’on garde ou qu’on lâche et les kilomètres qu’on compte en minutes puis parfois en heures…La vie est un long 100 miles, sauf que dans la vie on a pas toujours l’option d’abandonner pour mieux repartir, ni vraiment de se dire que l’on prend une pause et qu’on verra comment ça ira…À moins de courir un 100 miles comme on avance dans la vie: Toujours être en mouvement, ne pas s’arrêter longtemps aux stations d’aide , pour ne pas avoir la tentation de ne pas repartir…C’est fou quand on y pense mais tellement tellement enivrant! Alors amuse toi, c’est sérieux et ça ne l’est pas, mais je crois vraiment que c’est un privilège incroyable que l’on a de pouvoir faire des choses aussi débiles!

    Emmanuelle

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