Bear Mountain, Dean Karnazes et les hamburgers

The North Face Endurance Challenge Gore-Tex 50 mile Northeast Regional.

Bear Mountain, 5 mai 2012.

Alors?

Alors ç’a été une courte nuit et une longue journée. Une longue et belle journée. 10 heures 56 minutes et des poussières de course pour environ 4 heures de sommeil découpées en rondelles. Sommeil fragile, murs de chambre en carton. Motel un peu cheap, voisins bruyants… Mais comme j’étais pas là pour me reposer, faut pas trop s’en faire.

Pour ce qui est de la course, tout s’est bien déroulé. Bien sûr j’aurais aimé faire un meilleur temps, mais hé! on veut toujours faire un meilleur temps… Je visais les 10 heures, peut-être même un peu moins. Je visais grand, j’ai débordé… Ça arrive. Mais dans l’ensemble, rien à redire. Parcours superbe et difficile à souhait, très bien marqué. De la roche, de la roche et… de la roche. Des racines, de la bouette, de bonnes montées, de bonnes descentes, très peu de bouts plats, quelques sections asphaltées qui sapent légèrement le moral – pas trop quand même, mais de l’asphalte en trail ça fait toujours un peu mal à l’âme…

Du point de vue hydratation, le choix des deux bouteilles à la main était parfait. J’aurais eu chaud avec mon sac sur le dos. Pour la nutrition, ç’a été exclusivement aux stations d’aide: oranges, bananes, patates bouillies, bretzels. Aucun gel d’endurance. Toujours peur, sur la très longue distance, de me bousiller le système digestif avec ça… Et cette année, j’ai réussi à éviter les problèmes gastriques et les crampes musculaires qui m’ont plombé en 2011. Je vais pas m’en plaindre. J’ai pas cherché le trouble.

Le seul côté négatif, c’est que je n’ai jamais eu les pieds aussi trashés après une course. J’ai couru avec mes Salomon S-Lab 3 que j’aime beaucoup. Mais voilà justement, mes S-Lab en avaient déjà pas mal dans le corps – plusieurs kilomètres d’entrainement, Vermont 100, Vermont 50. Résultat: protection moindre et ampoules partout avec six black toenails d’un coup, DOA (ongles d’orteils noircis, morts à l’arrivée). Mon record. Jusqu’à maintenant. J’aurais eu besoin de chaussures un peu moins usées…

Sur les derniers 20 kilomètres, l’état de mes pieds m’a empêché de pousser comme j’aurais voulu, surtout dans les descentes. Comme je sentais chaque petits et gros cailloux, chaque racine, et que j’avais l’impression déplaisante d’avoir un de mes ongles arraché, c’était moins évident…

Mais ça fait quand même partie du plaisir…

On remet ça l’an prochain. Et on va aller les défoncer, les foutues 10 heures!

Départ/arrivée, 3hrs40.

Entre 7:00 et 8:00 approx.

Départ/arrivée, 17:30

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J’ai eu la chance de rencontrer Dean Karnazes après la course. On a jasé quelques instants. Très sympathique. Il se prépare à courir son 9ième ou 10ième Badwater 135 Ultramarathon… 

Pour la 9ième ou 10ième fois…! Euh… D’accord.

 Avec mon ami Fred et Dean K.

Qu’on aime ou non Karnazes, une chose est certaine: il inspire. Grandement. Plusieurs lui reprochent son côté hyper-médiatisé, un peu contraire au profil plus bas d’une vaste majorité d’ultrarunners d’élite. Et alors? Karnazes est médiatisé à l’os, il court sans cesse et il donne envie de bouger à des gens qui autrement resteraient assis sur le divan jusqu’à la mort. C’est quand même pas mal, non?

Lisez  – en anglais seulement – son dernier livre: RUN!

Moi ça me donne juste envie prendre mes souliers et de traverser le pays coast to coast… Quelqu’un pour me commanditer?

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Ah oui! Les hamburgers…

C’est ce que j’ai mangé pendant deux jours dans l’état de New York. Avec de la pizza sur la route. On est aux États-Unis, après tout! Non, c’est vrai, j’ai mangé des pâtes, la veille de la course. Avec un verre de Pinot. Des pâtes aux poulet, tomates, pesto. Des pâtes pas si mal. Mais les hamburgers! Ok, j’avoue, après avoir couru, y a rien qui bat un satané burger, même s’il est froid, même s’il est servi avec juste un peu de ketchup, même si whatever!

Alors à l’arrivée, c’est ce que j’ai mangé. Burger végé. Avec de la bière (en avais pas bu depuis novembre dernier, ouf!). Et pour souper aussi, j’ai bouffé du burger. Plus costaud celui-là, un vrai de vrai. Le bonheur avec encore de la bière et des ailes de poulet!

Après une course, après un ultra surtout, c’est un hamburger que je veux. Un gros si possible. Au boeuf, au gibier, au poulet, à la dinde, végé, peu importe. J’en veux un. Même deux. Mais s’il vous plait, pas au saumon. Ni à l’agneau.

De la bière aussi. Mais seulement après la course…

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Les gagnants du 50 mile: Chez les hommes, Jordan McDougal a terminé en 7:25:22, et chez les femmes, Aliza Lapierre en 9:19:24.

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Beaucoup de québécois ont couru à Bear Mountain. Je ne peux pas tous les nommer, mais c’était un plaisir de se retrouver ensemble au petit matin et après aussi, épuisés, fourbus, heureux. Je suis prêt à parier qu’on sera encore plus nombreux l’an prochain…

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Merci à Fred et Rachel d’avoir partagé la route en voiture avec moi. Merci à Rachel d’avoir couru tout ce parcours de malade en ma compagnie pour une deuxième année de suite. Et un gros bravo à Vincent F. qui, en terminant sous les 12 heures, c’est ainsi qualifié pour courir le Vermont 100 (160km) en juillet! Ça va chauffer, Vince!

Toxique – L’air du temps…

Bon, il n’y a rien à faire. Depuis plusieurs jours que j’essaie, je n’y arrive pas. Je parle de mon rapport de course à Bear Mountain. J’en suis à 3 ou 4 tentatives d’écriture, mais à chaque fois, ça ne prend pas. Tout se barre en couilles, tout s’effondre mollement. Disons que je ne suis pas particulièrement un mordu du rapport classique, hyper détaillé, quasi au kilomètre près. De mon côté, et ce peu importe la course, ça ressemble beaucoup à: Je suis venu, j’ai couru et j’ai vaincu (sort of…) la distance. Mais pour Bear Mountain, je m’étais promis pour une fois d’écrire quelque chose de plus long tout en essayant de rester intéressant. Peine perdue. Quand on s’ennuie soi-même à écrire, mieux vaut aller se couper les ongles d’orteils…

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Alors. Pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi suis-je incapable d’enligner deux phrases à peu près potables sur ma course de 50 miles? L’air du temps, j’imagine. Un peu beaucoup toxique à respirer, autant pour le cerveau que pour le coeur…

Ceci est un blog sur la course à pied, je ne vais pas parler de politique.

Ceci est un blog un peu zen, alors je ne vais pas m’emporter.

J’entends, je lis surtout, un paquet de choses et ça en devient effrayant. On en tremblerait. On en tremble, oui. Mon coeur assis à la cuisine s’emballe parfois de rien alors que je peux courir 24 heures en ligne.

Beaucoup de bruit. Beaucoup de chiens qui jappent et peu de chefs de meute. Et les chefs, ceux qui devraient l’être, ont plutôt le profil de bandits de grands chemins…

Pas de politique, ai-je dit.

Pas d’emportement.

Bien, bien…

Une amie – je devrais plutôt dire une connaissance, mais en ces temps un peu moches, je veux qu’elle le soit, mon amie -, une amie donc a écrit ceci sur Twitter:

«Ce n’est pas les coups de matraques qui m’inquiètent. C’est les déchirures entre les gens…»

Moi aussi, c’est ce qui m’inquiète

Et déchirures il y a. Qui crissent. Terriblement.

Il faudrait peut-être commencer à se remettre la tête et le coeur à la bonne place. Parce que si on attend après certains, on risque de passer le reste de nos jours la tête entre les jambes et le coeur au bord des lèvres.

«…jusqu’à ce jour-là je n’avais encore jamais parlé

avec des hommes sans pesanteur, plus étrangers

à nos présences que les martiens de notre terre

nos mots passaient à côté d’eux en la fixité parallèle

de leur absence…»

Un homme. Un rare vrai par les temps qui courent. Gaston Miron.

Sur la route

Tout s’est bien déroulé au Demi-Marathon de la Banque Scotia, dimanche dernier. Je ne ferai pas un compte rendu kilomètre par kilomètre, puisque c’est somme toute assez simple: Je me suis présenté à la ligne de départ détendu et confiant, la température était parfaite dans l’ensemble – mis à part le vent peut-être, et encore -, et j’ai couru de mon mieux les 21.1 kilomètres qui s’offraient à moi. J’ai eu de petites douleurs – jambier antérieur droit – que j’ai pu ignorer sans trop problème après 4 ou 5 km, des doutes à mi-parcours que j’ai balayés du revers de la main, j’ai gobé deux ou trois gels au beurre d’arachides comme une sorte de test pour l’estomac, et j’ai tenu le rythme que je voulais, même un peu plus. Je me suis senti mal, je me suis senti bien. Et au final, le résultat me convenait parfaitement.

Le plus important, c’est que j’ai aimé chaque instant de ma course. Ce qui n’est pas toujours aussi évident qu’on le pense…

Et après, j’ai croisé des gens qui ont terminé en 1 heure 15, d’autres, en plus de 2 heures 20. Tous et toutes avaient le sourire éclatant, le regard brillant. C’est aussi ça, la beauté de courir. Se dépasser, repousser ses propres limites et par le fait même, se rendre heureux. Point.

Parfois, juste pour cela ça vaut le coup.

***

Encore quelques heures et ce sera le moment

de prendre la route.

Prendre la route, prendre la route,

prendre

la route.

5 ou 6 heures sur la I-87 S, et on sera

rendu

à Central Valley, New York.

Et pas très loin, tout près,

tout près de là,

la montagne,

celle de l’Ours,

Bear Mountain et ses 50 miles,

 ceux du North Face Endurance.

Oui.

Ce sera ça

maintenant.

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«The stillness of this earth

which we pass through

with the precise speed of our dreams.»

Jim Harrison, Returning to Earth

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Prendre la route… Le 11 mai prochain, Sylvain Burguet s’est donné le défi de courir les 265 km qui séparent Montréal de Québec en 30 heures. Tout ça, en soutien à la déficience intellectuelle.

Ça vaut la peine de s’y arrêter un peu, non? www.ledefimontrealquebec.com

Je lui souhaite la meilleure des réussites.

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Quelque part il y a le chaos.

En ton coeur

entretient simplement

la Beauté.

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(Avril: 331,39 km.)