De choses et d’autres

Je n’aime pas tuer les araignées. Quand je le fais, j’ai l’impression d’un mauvais karma. Je me fous des mouches, mais j’aime bien les araignées. Autant que faire se peut, si j’en trouve une dans la maison, j’essaie de la sauver et je la remets dehors. C’est ainsi. Je ne me pose pas de question. Les araignées me semblent utiles mais détestées par beaucoup trop de gens. Normal que j’en prenne soin un peu.

J’ai dû en tuer une l’autre soir. Une plutôt grosse qui se faisait patiemment, quasi scientifiquement, torturer par ma chatte. Alors je n’ai pas eu le choix. Mais j’ai mal dormi. Remarquez, c’est peut-être aussi à cause de la caféine. Ça arrive, ces choses-là.

Au printemps.

L’araignée est morte, tuée par moi.

Mais j’aime quand même ma chatte.

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Je dis ça comme ça. Il n’y a aucun rapport entre les araignées et la course à pied.

S’il y a un rapport à faire, il se trouve peut-être du côté du Bouddha ou encore, du côté zen de mon âme – dans ce petit bout de jardin pas encore noirci. Allez savoir.

Les araignées aiment bien les jardins… ***

Essentiellement, ma préparation pour les 50 miles de Bear Mountain est terminée. Depuis janvier, j’ai plus de 1000 kilomètres au compteur, dont la majeure partie en trail. Le 5 mai, je serai donc de retour dans les Catskills, NY, pour essayer de dompter cette montagne de l’ours qui m’a tant fait souffrir l’an dernier. Si j’arrive à bien gérer et balancer ma nutrition et mon hydratation tout devrait bien aller. Je suis prêt au combat. Les deux semaines à venir seront plutôt tranquilles, je vais simplement tenter de reposer mes jambes tout en les gardant actives et alertes.

Dimanche prochain, 29 avril, je serai aussi à la ligne de départ du demi-marathon de la Banque Scotia, sur l’Ile Ste-Hélène. Ce sera le début officiel de ma saison. Si je le sens bien, je vais essayer d’aller chercher un PR (personal record) sur le demi, mais l’objectif état Bear Mountain la semaine suivante, je veux surtout m’amuser de la meilleure façon possible. Un  genre de speedwork de luxe. Sans blessures.

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Toujours à propos de Bear Mountain. LA question: courrai-je avec ma veste d’hydratation Salomon ou avec 2 bouteilles de 16oz dans les mains?  J’imagine que je me déciderai sur place. J’ai beau peser le pour et le contre des deux côtés, je n’arrive toujours pas à choisir. On verra bien.

Je jongle parfois avec l’idée d’une seule bouteille, mais c’est quand même plus risqué…

Aussi, les gels d’endurance qui auront ma faveur mais desquels je devrai me méfier pour éviter un «crash» de sucre sur le long terme: les GU au beurre d’arachides et Expresso Love 2X caféine. Le reste sera melons d’eau, oranges, bananes et patates salées aux stations d’aide.

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Extrait de Courir ou Mourir de Kilian Jornet (je reviendrai plus amplement sur le livre dans un prochain billet):

«Le secret, ce ne sont pas les jambes. C’est avoir le courage de sortir et courir lorsqu’il pleut, qu’il y a du vent et de la neige. Lorsque les éclairs s’en prennent aux arbres, lorsque les flocons de neige ou l’averse de glace te cinglent les jambes et le corps et te font pleurer. Pour poursuivre, tu dois essuyer les larmes pour voir les pierres, les murs ou le ciel. Renoncer à quelques heures de fête, à des dizaines de remarques, dire non à une fille, aux draps qui te recouvrent le visage. Envoyer tout au diable et sortir sous la pluie jusqu’à ce que tes jambes soient en sang après être tombé et te lever encore pour continuer à monter… jusqu’à ce que tes jambes hurlent: ça suffit! Et que tu restes abandonné en plein milieu d’un orage dans les sommets les plus éloignés, jusqu’à la mort.»

Je crois aussi que le secret réside en cela: avoir le courage. Point.

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Si tu baisses seulement

un peu

les bras

lors des combats livrés

à toi-même,

ne sois pas surpris

de te coucher

à même le sol

à l’heure

des grands défis.

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Le Cheval Blanc

Quand nous mourrons, devenons-nous ce que nous avons aimé le plus au monde ou alors sommes-nous vraiment  poussière qui retournons à la poussière…?

Je pose la question. Je n’attends pas de réponse. Ce n’est pas triste. C’est une question comme ça, qui tournera toujours en rond…

Micah True alias Caballo Blanco, le personnage central du livre Born to Run de Christopher McDougall, est mort la semaine dernière en faisant ce qu’il aimait probablement le plus au monde. Il a quitté son hôtel au Nouveau-Mexique pour aller courir. Un 20 kilomètres de routine. Il n’est jamais revenu. Il est mort comme ça. En courant. Libre.

Certains de ceux qui l’ont connu disent qu’il sera maintenant dans chaque petit coin de sentier, dans chaque arbre, chaque pierre, chaque cactus, chaque forêt, chaque montagne, dans chaque désert qu’ils parcourront.

Peut-être ne seront-ils plus jamais seuls puisqu’ils seront désormais et pour toujours porté par le Cheval Blanc…

L’on voudrait qu’il en soit ainsi de ceux que l’on aime et qui nous quittent. Que bien au chaud, tapis dans la mémoire dans notre coeur, ils nous transportent contre vents et marées, nous protègent contre les heurts de notre vie, nous donnent le courage et la force d’avancer.

Et aussi, de devenir de meilleurs hommes, de meilleures femmes.

Je n’ai pas connu Caballo Blanco. Je l’ai seulement côtoyé à la lecture du livre de McDougall. Comme plusieurs, il m’a fasciné, inspiré. Juste ce qu’il faut.

Juste ce qu’il faut pour penser à lui. Maintenant. Ce soir. Et demain.

Demain, j’irai courir. Longtemps. Avec des amis. Et un peu, je sais que je courrai avec lui. Micah True que je n’ai pas connu. Le Cheval Blanc. Juste un peu.

Demain, j’aurai 44 ans.

La vie dure le temps d’un flash. D’une nano-seconde.

C’est en ce moment que ça se passe.

Demain, je courrai pour moi. Mais aussi un peu pour ceux qui ne le peuvent pas. Qui ne le peuvent plus…

Repose en paix, Caballo Blanco…

Repose en paix et cours toujours!

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(Mars: 285.92 km)