Ici et maintenant

Donc, pas d’Ultra Trail du Mont Blanc pour moi cette année. Pas de mal. Ce n’est que partie remise pour 2013 où j’éviterai cette fois la loterie, étant déjà pré-sélectionné. En août 2012, ce sera l’Italie – plutôt que la France – en vacances et en famille et je me promets quelques kilomètres matinaux le longs des routes de la Toscane. Ça sonne ma foi plutôt bien.

***

Le Virgil Crest 100 est maintenant au programme. 22-23 septembre prochain. Inscriptions dans moins d’une semaine.

Profile du Virgil Crest Ultra. «Out and back», 50 miles. Pour 100 miles, on double la dose.

***

Dimanche matin, 7:30. -22 degrés Celsius. Courir le long du fleuve St-Laurent, sur la rive-sud. Le fleuve qui craque et gèle, la brume glacée qui s’en élève. La beauté blanche et l’ombre lumineuse des arbres givrés qui se profilent de l’autre côté, sur les Îles de Boucherville. Simplement cela.

***

Pourquoi je cours.

Pour ne pas mourir. Peut-être. Pour en retarder le temps.

Je cours parfois pour la vitesse, plus souvent pour la beauté.

Pourquoi je cours.

Pour permettre à mon âme de se pardonner à elle-même et s’offrir à la liberté lorsqu’elle n’en peut plus d’être ternie et oxydée par la connerie et l’absurdité.

Je cours pour être un peu meilleur vis-à-vis moi-même. Vis-à-vis du monde.

Je cours pour avoir la force de marcher.

Pour rager à l’occasion, enrager, grogner et maudire. Puis faire place à l’apaisement.

Pourquoi je cours.

Pour aucune raison. Pour un millier d’autres.

Parce que je cours. Point.

Parce qu’un jour il n’y aura plus rien.

***

Denis Vanier (1949-2000) est un poète violent et tendre, brutal et beau, dont on parle trop peu il me semble.

Ici, deux extraits tirés de son recueil et poème éponyme, L’URINE DES FORÊTS (titre parfait pour les TrailRunners…):

j’ai forcé la démesure

jusqu’au plus plat,

mouillé tel un lac artificiel

où l’eau tourne son dos 

teinté d’essence

au rayonnement des étoiles.

Puis:

Serions-nous de ceux qui se foudroient.

***

«Serions-nous de ceux qui se foudroient»… À méditer. Ou non. Comme ça vous chante.

«You Can’t Always Get What You Want» – The Rolling Stones

Dans moins de quatre jours je serai fixé: ce sera l’UTMB ou ce ne sera pas.  C’est une question de chance maintenant, environ 30-40%. En comparaison, à la loterie du Western State 100 en décembre, c’était plutôt de l’ordre du 10%. Même moins.

Le tirage aura lieu samedi à 10:00 (heure de Paris). À mon réveil je saurai donc si je prendrai place sur la ligne de départ. Si oui, j’aurai une meilleure idée de tout le travail qui m’attend jusqu’au mois d’août prochain. Je pourrai y réfléchir tranquillement en courant dans les rues endormies et enneigées de mon quartier.

Et si ce n’est pas le cas, si la chance n’est pas de mon côté? Aucun mal. J’aurai droit à une priorité d’inscription pour 2013. Ce qui est mieux que rien quand on y pense. On ne peut pas tout avoir. Il suffit de ne faut pas trop s’en faire. De toute manière, peu importe ce qui arrive, il y aura d’autres courses. Encore. Et encore. Je pourrai aussi réfléchir à ça en courant…

***

Dans la nuit de lundi à mardi.

J’ai rêvé comme un dingue que je courrais le Hardrock 100. Pas exactement une petite promenade au parc… Je me suis réveillé à 4 heures du matin, en sueur, complètement épuisé. Vidé, crevé. Incapable de retrouver le sommeil. Un putain de rêve en 3D. Le Hardrock, je veux bien. Mais pas quand je dors. Y aurait pas moyen parfois de rêver d’un «hamac au Mexique» et d’une cerveza por favor…?

Aujourd’hui.

Enrhumé comme rarement. Ceci explique-t-il cela? Trop couru dans mes rêves ou trop couru tout court?

Les mauvaises nuits, le manque de repos, n’aident en rien la bonne récupération.

Et on dirait que j’accumule un peu des deux…

***

Aucun rapport avec la course ici.

Lecture: Les Imperfectionnistes de Tom Rachman. En attente: Les Corrections de Jonathan Franzen.

Musique: All At Once de The Airborne Toxic Event.

***

Quand tout est calme.

Se faire un expresso bien serré. Prendre un bouquin de poésie – peu importe. Dans le cas présent, Octavio Paz. L’ouvrir au hasard, pointer son doigt et y lire:

Le monologue te guette à chaque pas, et ses exclamations, ses signes d’interrogation, ses nobles sentiments, ses points sur les i durant un baiser, son moulin de lamentations et son répertoire de miroirs brisés. Poursuis: tu n’as rien à te dire.

(Promenade Nocturne)

Maintenant, relire…

***

Aller en Alaska, passer par le désert

Il n’y a pas si longtemps, je n’aurais jamais pensé aimer courir au froid. Je n’ai jamais été particulièrement fou de l’hiver, hormis pour le ski alpin et peut-être le patin quand j’étais plus jeune. Mais on change, on évolue. Ce qui est tant mieux pour l’être humain, même si on a parfois l’impression que l’humanité, elle, régresse… Anyway… Pour peu qu’on s’en donne la peine, on arrive tranquillement à apprivoiser les choses qui nous déplaisaient encore la veille. Voilà qu’hier matin, en courant par -16 C (on s’entend qu’il y a pire, mais c’est quand même un bon début) dans les sentiers enneigés du Mont St-Bruno, totalement seul, totalement libre, mais n’ayant pas encore assez d’espace, je me suis pris à penser au Susitna 100*, une course de 100 miles… en Alaska. 100 miles par grand froid, grands vents, grandes étendues gelées. Je me suis mis à rêver à la beauté de ce parcours, beauté immense et blanche de plaines et de montagnes, beauté quasi infinie qui doit être à couper le souffle. En l’espace de quelques secondes, et dans la perspective d’une aventure hors norme, mon regard sur l’hiver, le froid et la neige s’est transformé. Du coup, j’étais solidement partant pour l’Alaska!

Bien sûr, c’est tout à fait impensable d’y être cette année. La course a lieu dans moins de cinq semaines et je suis loin d’avoir la forme en ce moment pour affronter 160 km, qui plus est dans des conditions extrêmes. Mais dans un an, deux, trois peut-être. Pourquoi pas? Ça reste à voir. D’ici là, j’ai encore du temps pour m’entraîner à aimer courir au froid…

Il est toujours bon d’avoir ce genre de truc derrière la tête. Ça entretient le rêve. L’inspiration. Ça entretient la passion.

À l’opposé de Susitna 100, je songe toujours et de façon plus constante au Badwater 135. Dans la chaleur intense, cette fois. Death Valley. 135 miles. Et plus j’y songe, plus j’en ai envie. Seulement, c’est toute la logistique propre à cette course qui me rebute un peu… Ce n’est pas un ultra où l’on peut voyager léger, disons. Enfin… Reste que de penser au Badwater 135 quand on court en plein hiver et qu’on en a fini avec nos rêveries sur le Susitna, c’est une sacrée bonne façon de relativiser le facteur vent.

Susitna. Badwater. Le froid. Le chaud.

Entre les deux, une multitudes d’ultras à différents degrés Celsius de difficultés…

*Dans le même genre, il existe «plus fou» que Susitna 100: Iditarod Trail Invitational. 350 miles et 1000 milesNuff said.

***

Entretenir le rêve. Toujours. Prendre son inspiration quand elle passe, où qu’elle soit. Rechercher la beauté, la lumière, même la nuit. Et se dire que tout ce qu’on a à faire, c’est d’avancer.

***

Demain, au programme, quinze kilomètres de trail. Peut-être en raquettes si le temps reste à l’hiver.

Samedi, 20-25K sur route.

***

You haven’t experienced ultrarunning until you complete 100 miles. It’s so much harder than 50, almost like three 50 milers, and it throws everything at you.

Karl Meltzer in TrailRunner, oct. 2010

2012 – Ce qui est à venir

Ainsi, 2012 est bien entamé et déjà quelques bons kilomètres (94) au compteur.

Voici la liste plus ou moins officielle des courses à venir:

– Demi-marathon Banque Scotia (avril).

– TNF Endurance Challenge 50 mile Bear Mountain (début mai).

– Ottawa 5K et marathon (fin mai).

– Ultimate XC 50K (juin).

– Vermont 100 (juillet).

– UTMB (août) – en attente des résultats de la loterie.

– Virgil Crest 100 (septembre) – alternative à l’UTMB.

– Vermont 50 (septembre) – ???…

– X-Trail Asics Orford 21K (octobre).

Essentiellement, ce sont les même gros morceaux qu’en 2011, sauf pour l’UTMB et le Virgil Crest. À cela pourrait s’ajouter quelques autres courses, 5 ou 10K, à voir selon l’inspiration du moment… Les défis maintenant seront d’augmenter le kilométrage de manière efficace et intelligente, éviter les blessures, améliorer les chronos autant que faire se peut et, le cas échéant, affronter le Mont Blanc de la meilleure façon possible, dans le meilleur état possible.

2012 risque d’être une bonne année.

***

Hier et ce matin, entraînements au Mont St-Bruno. Pas très rapide à cause de la glace cachée sous une mince couche de neige, mais tout à fait agréable de pouvoir parcourir les sentiers en plein hiver. Sans raquettes ni crampons…

Mont St-Bruno, 9 janvier.

***

À méditer ou à se rappeler quand on voudrait rester bien au chaud:

There’s no such thing as bad weather, just soft people. 

Bill Bowerman

Haïkus (l’hiver à méditer)

Ces haïkus sont tombés sous mes yeux en feuilletant un livre au hasard. Ils me semblent particulièrement plein de sens en ce début janvier, surtout avant un entraînement très très tôt le matin… Courir… Courir…

tout simplement

sous la neige qui tombe

Kobayashi Issa

***

Sans savoir pourquoi

j’aime ce monde

où nous venons pour mourir

Natsume Sôseki

(Tirés de Haiku, Anthologie du poème court japonais, Poésie/Gallimard)